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Friday, September 22 2006

La délinquance, c’est aussi un problème de justice

Extraits de la déclaration de Nicolas Sarkozy

« J'ai le plus grand respect pour l'indépendance de la justice, je suis avocat et j'ai été plus longtemps avocat que ministre de l'Intérieur ». « Je sais que l'immense majorité des magistrats font leur travail avec compétence, honnêteté et volonté de bien faire ». « Ce n'est pas mettre en cause l'indépendance de la justice que de pointer du doigt lorsqu'il y a des défaillances et lorsqu'il y a des choix idéologiques qui entraînent des conséquences sur une politique de sécurité ». « Ce n'est une remise en cause de personne, ce n'est une contestation d'aucun principe de la République, mais simplement, parfois il faut regarder les choses en face, voir ce qui marche, et le dire, et ensuite voir ce qui ne marche pas, et le dire aussi ». « Quand on critique l'action de la police, et parfois c'est nécessaire, je ne m'en offusque pas, je n'en appelle pas aux grands principes de la République, chacun d'entre nous est soumis à la critique et c'est parfaitement normal » « Je veux que chacun assume sa part de responsabilité et que l'on sorte des querelles stériles. Je redis que la délinquance, c'est aussi un problème de justice, et que nous avons tous des comptes à rendre aux Français ». « Pour moi, le vrai juge c'est le sentiment des Français ».

Thursday, September 14 2006

Discours de M. Nicolas Sarkozy, président de l'Union pour un Mouvement Populaire



Convention pour la France d'après Contre la précarité, permettre à chacun d’être propriétaire Jeudi 14 septembre 2006

Mesdames et Messieurs, Chers amis,

Permettez moi d'abord de remercier tous ceux qui ont contribué à faire de cette Convention sur le logement un succès et un vrai moment de débat pour la France d'après. Merci très sincèrement à Jean-Louis Borloo, ministre de la cohésion sociale et du logement, qui a bien voulu être présent parmi nous ce matin pour ouvrir la Convention. Merci à Marc-Philippe Daubresse et Pierre-André Périssol, tous les deux anciens ministres du logement, qui depuis plusieurs mois animent la réflexion de notre mouvement sur la politique du logement. Plus largement, merci à tous ceux, élus, professionnels de l’immobilier, universitaires, chefs d’entreprises, représentants du monde associatif, chercheurs, qui ont accepté de participer à nos réflexions, en nous faisant partager leur savoir et leur expérience.

C’est vrai, nous n’avons pas été d’accord sur tout aujourd’hui. Mais quel sens y aurait-il à organiser des Conventions sur des sujets où il n’y aurait ni débat, ni enjeu, ni aucune nécessité de faire des choix ? Au contraire, votre participation nombreuse confirme avec force la vocation de l'UMP : celle d'une grande formation ouverte et populaire, soucieuse d'apporter sa contribution au débat politique, sans parti pris et sans a priori idéologique, et désireuse de préparer ainsi un avenir meilleur pour notre pays et pour les Français.


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Le logement est absolument au cœur des préoccupations de nos concitoyens. Il l’est d’abord pour une raison simple : comme le disait Le Corbusier, le logement est « le temple de la famille ». Notre logement concourt à définir qui nous sommes. Il est l’une des premières sécurités que chacun veut offrir à sa famille. Il est le lieu où se vivent et se partagent les plus grandes joies et les plus grandes peines. Il est un élément essentiel de la qualité de chaque vie, car il conditionne le temps de transport entre la maison et le travail, détermine l’environnement de la vie quotidienne, génère des relations avec le voisinage.

On dit que les Français consacrent au moins 25% de leur budget à leur logement, 30% avec les impôts locaux, les charges, les assurances. Beaucoup plus en fait, si l’on ajoute l’ameublement et l’équipement du foyer. Nous consacrons en réalité une part majoritaire de nos revenus à notre logement parce que nous avons besoin d’y demeurer en paix, de nous y sentir protégés. Comme l’a écrit Christian Julienne, président d’Héritage et Progrès, dans le livre qu’il vient de consacrer au logement, il y a une demande de logement, mais il y a aussi un désir d’habitat.

Le logement est également au cœur de notre politique d’aménagement du territoire et de la gestion de nos villes. Qui peut dire que ce n’est pas une question essentielle dans la France d’aujourd’hui ? Qui peut ignorer que la situation de nos banlieues, la ségrégation urbaine, la densification des villes, sont des enjeux majeurs pour les Français et pour les responsables politiques que nous sommes ? Qui peut feindre de croire qu’il n’y a pas, là aussi, matière à débat devant les Français, avec les Français ? Dans le même livre que je viens de citer, j’ai été frappé par ce chiffre : près de 90% de ceux qui achètent un logement avaient une raison forte de l’acheter là. Ils habitaient déjà le quartier, ils y avaient passé leur enfance, ils y avaient des amis… Et n’est-il pas frappant de constater que les habitants des quartiers sensibles sont à la fois toujours prompts à dénoncer les injustices dont ils sont l’objet et toujours soucieux de rappeler à quel point ils sont attachés à leur cité ? Le logement, ce n’est pas seulement des murs. C’est aussi un quartier, un besoin d’ancrage territorial. Les politiques d’aménagement du territoire sont complexes parce qu’elles se heurtent à des milliers de décisions individuelles dont la logique nous échappe parfois, mais qui font sens pour ceux qui les prennent. C’est précisément pourquoi je n’ai jamais cru que ces politiques pouvaient être autoritaires. Elles doivent être visionnaires, accompagnatrices et profondément à l’écoute des ressorts profonds des choix individuels d’installation.

Voilà pourquoi le logement est une question si sensible et si intime et voilà pourquoi la politique du logement n’est pas une politique comme les autres.


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Notre pays affronte depuis plusieurs années une crise du logement, à la fois terrible et paradoxale.

Jamais depuis l’après-guerre, la construction n’a été aussi dynamique dans notre pays. Le niveau des mises en chantier atteint les 450 000 logements par an, quand nous plafonnions à 300 000 en 2001. Et jamais, depuis plusieurs décennies, la mobilisation publique n’a été aussi forte en faveur du logement. Incitation à l’investissement locatif, prêt à taux zéro, plan de Cohésion sociale, plan de rénovation urbaine : depuis quatre ans, notre famille politique s’est donnée les moyens de répondre à l’urgence et d’offrir aux Français les logements dont ils ont besoin.

Et pourtant, en dépit de cette mobilisation, la situation du logement demeure préoccupante pour beaucoup de Français, qui peinent à percevoir les résultats de nos efforts.

L’habitat pèse d’un poids de plus en plus grand dans le budget des ménages. Au cours des années récentes, les prix de l’immobilier se sont littéralement envolés et, depuis cinq ans, les loyers progressent chaque année deux fois plus vite que l’inflation. L’augmentation des prix de l’énergie aggrave évidemment ce phénomène.

L’accès au logement reste difficile pour bon nombre de Français. Dans les zones tendues, louer est un parcours du combattant avec des exigences de plus en plus dures de la part des bailleurs. Le logement social, qui constitue un maillon essentiel de la chaîne du logement, est statique. Les écarts de loyers sont tels entre le monde HLM et le parc locatif privé, qu’une fois entré dans le parc social, on n’en sort plus. A Paris, un logement social ne change de locataire qu’une fois tous les 20 ans. Les effets pervers de la crise du logement se diffusent en cascade à travers la société : le logement étudiant est un point noir du marché du logement, les jeunes adultes sont obligés de différer leurs projets d’installation, 100 000 de nos compatriotes vivent en camping à l’année, et, chaque jour, 50 000 personnes dorment à l’hôtel, faute d’avoir trouvé mieux. Enfin, pour trop de Français, le rêve de l’accession à la propriété fait figure de mirage. Devenir propriétaire de sa maison ou de son appartement pour y loger sa famille, préparer sa retraite, laisser quelque chose à ses enfants, est devenu inatteignable. C’est une cause certaine du désarroi de beaucoup de nos concitoyens face à un avenir qui n’est plus ressenti que comme un trou noir.

Si le logement s’est imposé parmi les principaux sujets d’inquiétude des Français, c’est aussi parce qu’au-delà de leur sort individuel, ils constatent que le mal logement n’est toujours pas éradiqué dans un pays pourtant si fier de son modèle social. Selon la Fondation Abbé Pierre, près de trois millions de personnes vivraient dans des logements dépourvus du confort élémentaire, dans des squats insalubres et dangereux ou dans des situations de surpeuplement aggravé. 90 000 personnes sont sans domicile fixe. Ce n’est faire injure à personne que de le reconnaître et de faire acte de modestie devant un sujet difficile, qui dépasse largement la seule problématique du logement, et qui ne se résout certainement pas à coup de grandes déclarations. La tempête suscitée par l’objectif du « zéro SDF » l’a bien montré.


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Face à ces difficultés, il nous faut d’abord identifier les raisons de la crise.

De toute évidence, l’augmentation de la demande de logements au cours des années récentes – qui se nourrit du vieillissement de la population, des séparations conjugales et de la diminution de la taille des ménages – n’a pas été anticipée. On prévoyait que la taille moyenne des ménages français serait de 2,4 personnes pour la décennie 2000 – 2010. Elle est en fait de 2,3 selon le recensement de 2004. Cela paraît insignifiant, mais cela représente en fait un déficit de 700 000 à 1 million de logements. En outre, nous ne construisons pas toujours là où les besoins sont les plus grands.

Il nous faut également reconnaître que la politique actuelle du logement, malgré son volontarisme, a certainement atteint ses limites. Le meilleur modèle social, j’ai déjà eu l’occasion de le dire, c’est celui qui offre un emploi à chacun. Ce n’est donc plus le nôtre. C’est aussi celui qui permet à chaque Français de se loger selon ses moyens et qui ne laisse personne à la rue en plein hiver. Là encore, ce n’est plus le nôtre. Le mal logement, voire le non logement, frappe encore des centaines de milliers de Français tandis que des millions d’autres sont en situation de logement subi. Clairement, il y a quelque chose qui ne va pas.

Nous consacrons plus de 26 milliards d’euros à la politique du logement. Nous versons une aide au logement à près d’un quart des ménages français. 66% des ménages sont éligibles à l’attribution d’un logement social. Je ne dis pas que ces aides sont inutiles. Elles sont hélas indispensables. Mais je considère qu’on ne peut pas se satisfaire d’une situation où la collectivité publique est censée aider deux Français sur trois à se loger. Une aide saupoudrée ne peut pas être une aide juste. Elle est forcément insuffisante pour ceux qui en ont le plus besoin. Et, de fait, nous ne savons résoudre ni la question du mal logement, ni celle de la ségrégation urbaine.

Je veux le dire clairement. Le projet socialiste, c’est de couvrir la France de HLM et de faire entrer tous les Français dans le logement social. Construction de 120 000 logements sociaux chaque année ; sanctions renforcées contre les communes qui ne respectent pas le seuil de 20% de logements sociaux ; « bouclier logement » pour ceux qui sont logés dans le logement social… Voilà le projet socialiste.

Notre projet, c’est de donner aux plus de ménages possible, l’autonomie et surtout le choix, en particulier le choix de devenir propriétaire parce que la propriété est la meilleure des protections contre la précarité.

Nous vivons dans un monde où la mobilité devient de plus en plus nécessaire. Mobilité dans son travail. Mobilité dans l’espace. Ce n’est pas seulement un mal d’ailleurs. La mobilité, c’est aussi l’occasion de saisir de nouvelles opportunités. Mais si nous ne voulons pas que la mobilité se transforme en précarité, nous devons organiser des sécurités. Or, la propriété en est évidemment une. La propriété est une sécurité en cas de chômage ou de changement professionnel, elle est une garantie de niveau de vie au moment de la retraite ou pour reprendre une formation, elle est un capital à transmettre à ses enfants.

Du logement social, il doit évidemment y en avoir, parce que c’est une étape indispensable dans le parcours résidentiel de beaucoup de ménages. De fait, en 2007, il se construira 100 000 logements sociaux supplémentaires quand le gouvernement de Lionel Jospin en a construit 51 500 en moyenne entre 1997 et 2001. Mais notre projet, ce n’est pas le logement de tous, à vie, dans le parc social. Nous devons assumer ce choix et l’expliquer aux Français. D’autant plus que 68% des ménages à bas revenus ne sont pas logés dans le logement social, mais le sont dans le parc privé, voire sont propriétaires de leur logement. Par conséquent, il y a une hypocrisie certaine à se focaliser sur le logement social pour se parer des vertus de la justice tout en sachant parfaitement que ce n’est pas forcément dans les HLM que les injustices sont les plus grandes.


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Peut-on donner l’espoir aux Français qu’avec notre projet, la situation du logement va s’améliorer rapidement et durablement ? C’est la question à laquelle nous devons répondre aujourd’hui.

La première priorité est de libérer des terrains disponibles pour la construction, car la première raison de la crise du logement est le déséquilibre entre l’offre et la demande. Je propose bien sûr que les terrains disponibles de l’Etat et de ses établissements publics - cent fois promis et rarement vendus – soient enfin consacrés au logement. Je pense que l’Etat et les collectivités doivent organiser, partout où cela est possible, le déplacement des zones industrielles en dehors des villes, comme cela a été le cas pour Renault sur l’île Seguin. Il faut mettre en place une fiscalité incitative à la vente des terrains constructibles plutôt qu’à la spéculation foncière. Je crois enfin, et surtout, qu’il faut encourager les élus bâtisseurs. Ceux qui construisent doivent être encouragés par abondement d’une des dotations de l’Etat, parce que nous avons tous besoin qu’il se construise plus de logements en France.

Dans les zones particulièrement tendues, en particulier en Ile-de-France, il faut poser sereinement la question du juste équilibre entre le renforcement de la densité dans les zones déjà construites et l’extension du périurbain pour satisfaire l’aspiration de nombreux ménages à la maison individuelle. La construction est quasiment gelée en Ile-de-France au-delà des 30 km autour de la capitale et la partie construite ne représente que 15% du territoire de l’Ile-de-France. Compte tenu de la pénurie de logements dans cette région, je ne vois pas comment nous pouvons renoncer à une politique de libération foncière. Je pense que nous pouvons le faire de manière équilibrée : d’une part, en veillant à une utilisation optimale du sol dans les zones déjà urbanisées, d’autre part, en recherchant des solutions écologiques pour étendre le périurbain. L’exigence écologique n’est pas le repli sur soi. C’est une autre manière de vivre la consommation, les transports, la ville, le logement, le travail. Cette manière, c’est à nous de l’inventer. Et je crois que nous avons là un projet formidable, qui est celui de concevoir la ville de demain, dense au centre, plus étalée en périphérie, afin que chacun ait le choix, mais le tout dans un environnement nouveau, agréable à vivre.


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Notre deuxième priorité doit être de permettre à tous ceux qui le souhaitent de réaliser leur rêve de propriété, en particulier dans les milieux populaires.

Aujourd’hui, il y a deux types de locataires. Il y a ceux qui font le choix d’être locataires parce que c’est plus commode, moins contraignant, que l’on peut changer plus souvent. Le loyer qu’ils dépensent chaque mois est le prix de leur liberté. C’est leur droit. Et puis il y a ceux, l’immense majorité en réalité, qui sont locataires parce qu’ils ne peuvent pas devenir propriétaires. Le loyer qu’ils dépensent chaque mois est le coût de leur infortune. Et c’est une grande injustice en réalité.

Permettre à chacun de se constituer un patrimoine en versant ses loyers, voilà un vrai progrès social ; voilà qui donne les mêmes cartes à ceux qui sont riches et à ceux qui sont pauvres ; voilà qui instille de l’égalité des chances ; voilà une vraie mesure de justice.

Le premier moyen d’y parvenir, c’est d’utiliser le crédit hypothécaire. Cela paraît très compliqué, mais c’est en réalité très simple. C’est ce qui permet à près de 70% des Britanniques et des Américains d’être propriétaires de leur logement, contre 56% en France. Dans ces deux pays, les crédits sont garantis par l’existence du bien. En France, nous privilégions la garantie sur les personnes, ce qui conduit les établissements bancaires à écarter du marché du crédit tous ceux dont la situation professionnelle n’est pas assez stable pour assurer des revenus durables. Cette tradition n’est pas une fatalité. Il suffit de changer les règles prudentielles imposées aux banques, de simplifier le recours à l’hypothèque et d’en réduire le coût.

Il faut ensuite tirer les conséquences de l’inversion des circonstances qui avaient conduit à la création du prêt à taux zéro. Quand le PTZ a été créé, et l’on sait le succès qu’il a eu, les prix de l’immobilier étaient encore raisonnables, mais les taux d’intérêt étaient élevés. Aujourd’hui, les taux d’intérêt sont beaucoup plus faibles, mais les prix ont explosé du fait de l’augmentation massive du foncier. Beaucoup de ménages sont exclus de l’accès à la propriété parce qu’ils n’ont pas le capital de départ suffisant pour acheter leur logement. Il nous faut donc imaginer un système qui permette aux ménages de devenir propriétaire tout en retardant le moment où la marche de l’acquisition du foncier doit être franchie. Un prêt foncier à taux zéro pourrait être créé à cet effet. L’acquéreur serait immédiatement propriétaire de l’ensemble, mais commencerait par rembourser le bâti, avant de rembourser plus tard le foncier, le prêt de longue durée nécessaire à ce décalage étant gratuit.

Je pense qu’il faut s’appuyer sur le réseau des HLM pour proposer à de nombreux Français modestes un parcours d’accès sécurisé à la propriété. Je suis convaincu que la fixation d’une obligation annuelle de vente de 1% du parc social, soit 40 000 logements environ par an au lieu des 6 000 actuels, permettrait de rendre le rêve de propriété accessible à beaucoup de Français qui s’en pensent exclus, et contribueraient à la pacification des relations de voisinage au sein du parc social. Bien sûr, ces ventes devraient être compensées par la construction d'un nombre équivalent de logements neufs. De manière complémentaire, je souhaite que les bailleurs sociaux se voient fixer comme objectif le développement d’une formule d’accession sécurisée à la propriété. En cas de difficultés temporaires, un rééchelonnement des paiements pourrait être octroyé. Si les difficultés persistaient, le bailleur pourrait alors actionner une garantie de rachat et offrir un relogement à la famille en difficulté dans le parc locatif social. Il n’est, pour moi, pas question de laisser se briser le rêve de la propriété de certains ménages fragiles. J’attache donc une grande importance à la sécurisation des parcours d’accession des plus modestes. Je pense que, sur ce terrain, l’innovation doit être résolument au pouvoir.

Enfin, certains accédants à la propriété, issus des classes moyennes et modestes, risquent, malgré toutes ces mesures, de supporter des charges de remboursement très lourdes. Pour les y aider, nous pourrions étudier la réintroduction d'un crédit d'impôt sur les intérêts des crédits immobiliers.

J'ajoute que je voudrais dire que j’ai toujours été choqué par le fait que les personnes qui sont atteintes d’une maladie grave ou qui l’ont été sont parfois dans l’impossibilité de contracter un crédit immobilier. Quand on a déjà eu la malchance de traverser une telle épreuve, c’est profondément injuste de devoir en plus en subir des conséquences financières et patrimoniales, parfois toute sa vie. S’il est bien un domaine dans lequel la solidarité nationale doit s’exercer, c’est celui-là. Il faut aller plus loin que la convention Belorgey ou que la nouvelle convention AERAS et créer un système d’assurance mutualisé permettant à toute personne qui présente un risque aggravé de santé de contracter néanmoins un emprunt. Pour les banques ou l’Etat, ce serait un coût minime, pour les personnes concernées, ce serait le rétablissement d’un droit élémentaire.

Et puis, nous devons concilier l’accession à la propriété avec le besoin ou le désir de mobilité. Il ne faut pas que la propriété soit un obstacle à un déménagement professionnel et réciproquement. A cet effet, je propose que les droits de mutation soient supprimés en cas de déménagement pour motif professionnel.


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Notre troisième priorité doit être d’engager un programme important et immédiat en faveur du logement étudiant. Dans le cadre plus général de la nécessaire relance de l’effort au profit de l’enseignement supérieur, la France ne peut se satisfaire d’une situation où les CROUS ne peuvent offrir que sept lits pour 100 étudiants, sept pour 1 000 à Paris, le plus souvent, au surplus, dans un état déplorable. Verser des aides complémentaires aux étudiants revient souvent malheureusement à enrichir des propriétaires qui répercutent dans les loyers le montant de l’aide ainsi consentie. J’estime donc préférable d’accorder des avantages fiscaux spécifiques aux bailleurs qui acceptent de louer leur bien à des étudiants. Parallèlement, il faut d’urgence construire des résidences étudiantes et doter nos universités de campus dignes de ce nom. L’absence de campus universitaires est une cause très importante de notre insuffisance d’attrait auprès des étudiants, des chercheurs et des professeurs étrangers.


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Nous voulons promouvoir la propriété. Nous voulons aussi promouvoir le libre choix. Une orientation importante est de continuer à développer l’offre locative et, surtout, de substituer une relation gagnant-gagnant entre les propriétaires et les locataires à la relation perdant-perdant actuelle. Personne n’est satisfait aujourd’hui du fonctionnement du marché locatif. Jamais les bailleurs ne se sont autant plaints des risques de la location. Jamais les locataires n’ont autant souligné leurs difficultés d’accès au logement, les garanties exorbitantes qu’ils doivent présenter pour espérer décrocher un bail, voire les discriminations dont certains sont l’objet sur un marché très tendu.

Je souhaite tout d’abord que l’on crée un cadre fiscal unique, incitatif à l’investissement locatif. Ce cadre serait stable et, en contrepartie, moins coûteux pour les finances publiques. Car ce que les investisseurs préfèrent, c’est d’abord la stabilité de la législation. Ce cadre serait composé de deux étages. Le premier serait une déduction ou un amortissement concernant tous les investissements locatifs, qui tous méritent d’être encouragés. Le second conférerait un avantage fiscal supplémentaire, qui augmenterait à mesure que les avantages consentis aux locataires augmenteraient eux aussi. Ceux qui louent à des personnes particulièrement modestes ou dans des conditions de bail particulièrement favorables seraient ainsi plus aidés que ceux qui louent aux conditions du marché.

Je propose ensuite que l’on fasse cette chose simple dans une démocratie qui s’appelle le respect de la loi. Si les droits du propriétaire sont bafoués par un locataire de mauvaise foi, la justice doit pouvoir intervenir plus rapidement. Je propose également que tout bailleur ait la possibilité de se prémunir des risques locatifs par une garantie à coût réduit. En échange, il convient de rechercher les conditions d'une suppression du dépôt de garantie de deux mois et des obligations de caution à la charge des locataires, parfois humiliantes quand on est obligé à 35 ans de demander à ses parents de bien vouloir se porter caution. De part et d'autre, nous nous donnerions ainsi les moyens de rétablir la confiance.


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Le logement social est une absolue nécessité. 10 millions de nos concitoyens y vivent. Je veux réaffirmer que nous avons besoin de logements sociaux supplémentaires en France. Je n’ignore pas que le logement social est, pour beaucoup de nos concitoyens, le seul et unique moyen de s’installer dans la vie. Aussi, pour satisfaire plus rapidement le besoin de logements sociaux dans les zones tendues de l’Ile-de-France, du Sud-Est, et des grandes agglomérations, je crois nécessaire de développer, sans parti pris idéologique, des formules associant les intérêts publics et privés, comme cela peut se faire chez certains de nos voisins, en Allemagne notamment. Concrètement, un immeuble serait construit par un opérateur privé au titre du logement social, puis basculerait, au bout d’une période pouvant aller de neuf à 15 ans, dans le parc privé normal. Les locataires remplissant toujours les conditions d’éligibilité au parc social seraient relogés dans celui-ci.

Nous avons aussi besoin de logements sociaux de qualité. Ce n’est pas parce qu’on est une famille modeste et qu’on occupe un logement aidé par la collectivité qu’on a moins le droit au confort et à la tranquillité pour les siens. Je dois dire que, pour m’être rendu tant de fois dans les quartiers sensibles, je comprends profondément le désespoir de ceux qui vivent dans des HLM dégradés, surpeuplés et sans entretien depuis des années. Je me réjouis que le plan de rénovation urbaine permette de réaliser plus de 30 milliards d’euros de travaux dans plusieurs dizaines de zones urbaines sensibles. Mais je veux également affirmer que, lorsqu’on est logé dans le parc social, on a également le devoir de respecter le bien de la collectivité.

Nous avons besoin de plus de transparence dans les modes d’attribution des logements sociaux. Il me paraît indispensable que les logements sociaux soient attribués en fonction de critères objectifs.

Mais le plus grand défi qui est devant nous est toutefois de restituer un fonctionnement plus juste et plus souple au logement social.

Le logement social doit retrouver son rôle d’accès au premier logement et d’étape avant le basculement vers le parc locatif privé ou vers l’accession à la propriété. Je ne me résous pas à accepter que beaucoup de nos concitoyens soient aujourd’hui assignés à résidence dans le parc social, sans horizon, sans espoir d’évolution hors du HLM. Il est vital que les uns puissent évoluer, réaliser leur projet d’accession à la propriété et sortir de leurs logements sociaux, pour que d’autres - notamment les jeunes - puissent y entrer à leur tour. Croyez-moi, il est vital de faire fonctionner à nouveau la chaîne du logement.

A cet effet, je pense qu’il serait juste que les loyers dans le parc social soient réellement modulés en fonction des revenus des locataires. Les locataires qui dépassent les plafonds de ressources et qui souhaitent partir devraient être aidés à le faire par la restitution des surloyers versés antérieurement. Notre but n’est pas d’engranger plus de loyers, mais de faciliter la mobilité résidentielle en aidant ceux qui peuvent partir à se constituer un capital de départ.

Je propose enfin une simplification profonde des aides à la personne, autour d’une aide unique, plus réactive par rapport aux aléas de la vie des bénéficiaires, et indexée automatiquement sur l’indice de référence des loyers. A revenu égal, l’aide personnelle doit être plus importante si le loyer est plus élevé. C’est une mesure coûteuse, mais d’élémentaire justice et qui faciliterait considérablement la mobilité entre le parc social et le parc privé.


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Le parti socialiste a proposé dans son programme une mesure qui fera date : demander au Conseil économique et social une étude sur la possibilité de rendre le droit au logement opposable. Nous avions déjà eu les deux rapports sur la réforme des retraites et aucune réforme effective pendant les années Jospin. On nous promet maintenant une étude sur le logement.

L’UMP elle propose d’agir. La question n’est pas de commander une énième étude sur la possibilité de rendre le droit au logement opposable. Elle est de le faire, parce que le logement est un droit essentiel, parce que sans logement il n’y a pas d’intimité, pas de dignité, pas de famille, pas de travail, pas d’espoir. Notre projet est de rendre possible l’accès à la propriété pour tous. Mais je veux aussi, au même niveau, avec la même détermination, qu’il soit de rendre le droit au logement opposable, tout simplement en le rendant effectif.

Ce n’est pas en désignant une autorité, une administration, ou un juge que nous donnerons un logement à ceux qui en manquent. Ce n’est pas en agitant la menace factice de réquisitions que nous apaiserons l’angoisse des mal logés. Tout simplement parce que le taux de logements vacants est à son niveau le plus bas depuis 20 ans et qu’il n’y a plus rien à réquisitionner, sinon des logements inhabitables. Le droit au logement mérite bien mieux que des incantations. Rendre le droit au logement opposable, c’est développer une offre abondante de logements, à tous les niveaux de la chaîne, et faciliter le passage d’un statut d’habitation à l’autre, au fil de la vie, au gré des besoins. C’est l’engagement que je vous propose.

Je veux aussi que, dès maintenant, nous repensions les conditions dans lesquelles nous accueillons en urgence ceux qui n’ont pas de domicile. La polémique de cet été sur les tentes distribuées aux personnes sans domicile fixe a bien montré que l’hébergement de nuit, qu’il faut quitter au petit matin, ne satisfait pas le besoin minimum d’intimité et de stabilité que toute personne éprouve. Il faut donc améliorer nos modalités d’accueil, créer plusieurs types d’hébergement selon les besoins de chacun, assurer le passage de l’un à l’autre, permettre à ceux qui le veulent de rester autant de temps que nécessaire dans les centres d’hébergement, en d’autres termes ne plus mettre à la porte dès lors que l’on a accueilli.

Toute personne se trouvant sans abri dans notre pays devrait pouvoir être hébergée, si elle le souhaite, dans un cadre adapté à sa situation, au lieu d’être contrainte de passer la nuit dans une tente, dans une voiture ou sur un banc ou de repartir à l’aube dans le froid et la nuit. Cela, je ne l’accepte plus. A celui qui se trouve à la rue et qui veut s’en sortir, nous devons toujours tendre la main. Je suis tout à fait convaincu que nous en sommes arrivés à ce moment de civilisation où nous ne pouvons plus tolérer que quiconque soit contraint de dormir dehors. La France d’aujourd’hui peut mieux faire. Et elle doit le faire dès que possible.

Dans ces conditions, vous comprendrez que demain, pas plus qu’hier, il ne sera question pour moi de continuer à tolérer l’existence de squats. Jamais en tant que responsable politique, je n’accepterai la responsabilité de laisser des gens s’entasser dans des lieux insalubres, dangereux et qui, au bout du compte, sont perdus pour tout le monde : pour les squatters, car on ne vit pas dans un tel lieu, on survit tout au plus ; pour les propriétaires, qui ne peuvent récupérer leur bien et réaliser les travaux de réfection nécessaires. C’est ce qui m’a conduit à faire respecter la loi et à faire procéder à l’expulsion de squats tout au long de mon passage au ministère de l’intérieur. Pour chaque personne en situation légale du squat de Cachan, nous avons, proposé ou nous allons proposer un vrai logement.


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Mesdames et Messieurs, notre dernier objectif doit être de bâtir des villes belles, agréables à vivre, diverses et respectueuses de l’impératif de développement durable.

La ville est aujourd’hui perçue comme un problème en soi, auquel d’ailleurs les « politiques de la ville » ont consacré des moyens considérables – plus de 45 milliards d’euros au cours des 10 dernières années –, sans jamais atteindre l’objectif de cohésion sociale. La politique du logement n’est bien sûr pas en première ligne dans le combat contre le mal-être d’un grand nombre de nos cités : le chômage, l’insécurité, une immigration non régulée, la désertion des services publics et le recul coupable de l’autorité de l’Etat sont des sujets qu’il convient de traiter en priorité si nous voulons réunifier nos territoires urbains. Cela ne signifie pas pour autant que le logement puisse s’exonérer de contribuer à la cohésion de la Nation et au renouveau de nos villes.

A cet égard, je propose que, saisissant l’occasion du renouvellement urbain qui se concrétise actuellement dans plusieurs centaines de quartiers sensibles, notre pays engage un effort profond de renouvellement architectural, pour rendre nos villes à la fois plus belles et plus habitables. Nous prenons à présent la pleine mesure de certaines erreurs de l’architecture moderne et de nos politiques urbaines. Avec tous ses défauts, la ville ancienne nous apparaît rétrospectivement comme plus diverse, plus conviviale, mieux partagée. Mais le passé ne peut être notre modèle et le défi qui se trouve devant nous, c’est l’invention d’une nouvelle ville. Je souhaite que les architectes, les urbanistes et les responsables politiques de notre pays partagent cette ambition et relèvent ce défi dans tout le pays.

La politique du logement ne doit pas non plus renoncer à poursuivre l’objectif d’une véritable diversité sociale de nos villes, aujourd’hui largement compromis. Nous le savons, le mélange des conditions sociales est un facteur reconnu de réussite scolaire, de promotion sociale et de cohésion. Il remporte un soutien absolument massif de la population. Pour autant, la ségrégation urbaine n’a jamais été aussi forte dans notre pays.

De fait, si j’ai toujours considéré que nous devions donner vie à cet objectif de diversité sociale, je veux affirmer aussi que l’obligation d’atteindre 20% de logements sociaux dans toutes les communes grandes et moyennes, m’apparaît insuffisante pour y parvenir. La loi feint d’ignorer d’abord que le statut d’habitation des personnes modestes n’est pas uniquement celui de la location : plus d’un quart d’entre elles sont propriétaires ou accédants. Il n’y a donc aucune logique à ne pas prendre en considération l’accession sociale à la propriété ou la location-accession, pourtant ouvertes aux mêmes populations que celles qui ont accès aux logements sociaux. Par ailleurs, certaines communes concentrent les logements sociaux à des taux qui excèdent parfois 60, 70 voire 80%. Est-ce que la diversité sociale la plus élémentaire ne supposerait pas là-bas, en revanche, de développer d’autres formes d’habitat ?

Je souhaite que notre pays se donne les moyens d’une véritable politique de diversité sociale, et pas simplement d’une politique de façade où l’invocation quasi-magique de la mixité sociale confère bonne conscience à ses promoteurs, mais ne règle aucune des difficultés au fond. Si l’objectif est bien celui d’une véritable et profonde diversité sociale de nos villes, alors il convient d’intégrer dans l’obligation tous les statuts d’habitation qui permettent d’accueillir des ménages modestes, y compris l’accession sociale à la propriété. Dans mon esprit, il ne s’agit en aucun cas d’affaiblir le niveau d’exigence actuel : il m’apparaîtrait donc normal que le taux de 20% soit majoré en contrepartie de cette modification.

Je propose également, dans les zones où cela est nécessaire, de fixer un quota obligatoire de logements sociaux dans tout programme immobilier nouveau.

Je crois enfin à la nécessité d’inscrire nos politiques urbaines et notre politique du logement dans le cadre du développement durable. Dans le logement neuf, cette orientation passe notamment par le développement du label HQE. Mais il convient aussi de réduire la contribution de l’habitat ancien aux émissions de gaz à effet de serre : l’isolation thermique de tous les logements anciens permettrait de réduire de 10% nos émissions de gaz à effet de serre, soit la moitié des émissions de l’industrie. A cette fin, je propose d’assurer, d’ici cinq ans, l’isolation de tous ces logements, par la création d’un prêt à taux zéro de l’ADEME, ainsi que par un partage équitable des responsabilités et des économies d’énergie entre les bailleurs et les locataires.


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Il n’est guère envisageable enfin de chercher à mettre en place une nouvelle politique du logement sans s’interroger sur la question de sa gouvernance. Je considère comme indispensable que puisse être expérimentée une décentralisation accrue de la politique du logement au niveau des agglomérations et des départements. En contrepartie de l’acceptation de la responsabilité entière du logement sur leur territoire, les collectivités volontaires recevraient, d’une part, une enveloppe globale de moyens correspondant aux aides à la personne ainsi qu’aux aides à la pierre, d’autre part, disposeraient d’une latitude d’adaptation locale des règles nationales en matière de logement.


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Mesdames et Messieurs,

La politique du logement est l’une des plus belles politiques publiques, tant à la fois elle est mêlée aux rêves les plus intimes des Français et repose sur les pouvoirs publics. C’est dans cette humanité et cette responsabilité qu’il nous faut aujourd’hui puiser la force de rendre cette politique, à nouveau, juste et efficace. Efficace pour donner à chaque Français la possibilité de se loger conformément à ses moyens. Efficace pour que celui qui est aidé à réaliser son projet libère ou crée une place pour celui qui cherche un logement. Juste parce qu’elle aidera davantage celui qui a plus de difficultés. Juste, enfin, parce qu’elle n’oubliera pas l’aspiration légitime de chacun à posséder un toit pour protéger les siens. C’est ainsi que nous ferons du logement l’exemple d’une politique sociale, à la fois populaire et solidaire.

Je vous remercie.

Tuesday, September 12 2006

Daughters of the American Revolution - Washington

Nicolas Sarkozy, ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes le 12 septembre 2006. C'est un moment particulier pour l'Amérique. Il y a cinq ans jour pour jour, l'Amérique et le monde se sont réveillés, comme le chante Bruce Springsteen, "face à un ciel vide". Je veux vous dire que les Français ont été profondément choqués par l'horreur des attentats qui ont frappé New York et l'Amérique. Leur cœur a battu au même rythme que celui de tous les Américains.

A l'invitation de la French American Foundation, je suis venu aux Etats Unis parler de l'amitié entre nos peuples. C'est le jour pour le faire. Aujourd'hui vous vous recueillez dans le souvenir de vos compatriotes, peut-être de vos amis, de vos proches, qui sont restés dans les tours jumelles. J'ai voulu être au milieu des New Yorkais pour commémorer les victimes de cette tragédie, j'ai voulu rencontrer les héros du 11 septembre : les policiers, les pompiers, tous ceux qui ont fait la fierté et l’honneur de cette ville meurtrie. J'ai décoré au nom de la République Française les pompiers et le chef de la police de New York, car au-delà des dissensions qui alimentent parfois la relation entre nos deux pays, il y a la compassion des Français pour la souffrance des Américains et leur respect pour l'énergie et la combativité dont ils ont fait preuve. Et les Français de New York, que j'ai rencontrés hier, n'ont pas oublié non plus que plusieurs d'entre eux ont péri dans les tours jumelles.

Il semble que la relation entre nos deux pays a toujours été particulière. Par particulière, vous pouvez comprendre compliquée. Et ce depuis George Washington. Au départ de tout il y a notre amitié. Elle précède tout le reste. Le 19 octobre 1781, c'est un jeune homme de 24 ans, Lafayette, qui mena l'assaut final sur le camp anglais de Yorktown. Il y avait autant de soldats français sur le champ de bataille que de soldats américains. Mais lorsque le général anglais O'Hara, l'adjoint de Cornwallis, tendit son épée au comte de Rochambeau, chef du corps expéditionnaire français, celui-ci refusa et c'est à George Washington, le chef des rebelles américains, que le vaincu dut remettre son épée et se rendre. Et les Français ont montré il y a deux ans en Normandie qu'ils n’avaient pas oublié et qu'ils n'oublieraient jamais le sacrifice de centaines de milliers de jeunes Américains qui ont traversé l’Atlantique pour sauver par deux fois, en 1917 et en 1944, notre continent au bord du suicide.

La relation entre les Etats Unis et la France occupe une place à part. On me dit que la France bénéficie d'une large couverture dans la presse américaine, et, disons-le, rarement positive. Je vais vous faire une confession : les Etats-Unis sont traités de la même manière dans la presse française. Inutile donc de faire l'analyse de ce que les journalistes français et américains écrivent sur nos pays respectifs. Ils sont souvent si loin de la vérité ! La vérité, c'est que les Français écoutent Madonna après avoir aimé Elvis et Sinatra, vont comme moi au cinéma voir Miami Vice et revoient avec plaisir le Faucon maltais ou la Liste de Schindler, lisent James Ellroy et relisent comme moi Hemingway, portent des jeans américains, et adorent manger des hamburgers et des pizzas américaines. Rien ne les rend plus fiers que de voir un acteur français dans un film américain ou un musicien français travailler avec les plus grands d'outre-atlantique. Et chaque parent en France rêve d'envoyer son enfant dans une université américaine.

Vous devez comprendre la virulence de la presse et d'une partie des élites françaises contre les Etats Unis comme une forme de jalousie devant votre réussite éclatante. Car derrière les critiques si souvent fondées sur des a priori voire des inexactitudes, personne en France n'ose nier la vérité. Les Etats-Unis sont la première puissance économique, militaire et monétaire du monde. Votre économie est florissante, votre vie intellectuelle est riche, la recherche aux Etats Unis est organisée de telle façon que les meilleurs chercheurs du monde travaillent dans vos universités et deviennent rapidement des patriotes américains. Ce qui montre par là même que le modèle d'intégration américain est toujours aussi efficace, puisque plus de la moitié des Prix Nobel américains sont des immigrés. Quant aux arts, qu'il s'agisse de musique, de cinéma ou de spectacle vivant, les productions dites populaires, que par ailleurs nous aimons (presque) tous, n'empêchent pas une création artistique originale, exigeante, profondément moderne, de vivre et d'influencer la création dans tout le reste du monde. Je pense notamment à l'art contemporain, dont New York est depuis longtemps la capitale mondiale, et qui bénéficie d'une politique fiscale incitative particulièrement intelligente.

Allons donc plutôt de l'avant.

Il y a quelque chose que les Français n'ont pas assez clairement perçu. La crise que nos deux pays ont traversée en 2003 est sans doute la plus grave depuis 1966 et le départ des forces américaines des bases de l'OTAN en France. Ce fut une crise grave car ce fut une crise émotionnelle qui a rencontré un écho très profond dans le peuple américain. Vous les Américains avez été atteints au cœur le 11 septembre 2001 et vous n'avez pas compris l'opposition française à l'intervention en Irak, que vous avez alors ressentie comme une trahison.

Fallait-il que vous nous ayez détestés à ce moment-là, pour que la France ait à subir une campagne de presse aussi hostile ! Au plus fort de la guerre, la France était censée avoir donné un passeport et un visa à Saddam Hussein, et livré des armes à l'Irak. Alors même qu'au pire de cette confrontation politique, nos services secrets travaillaient tous les jours ensemble. Je suis bien placé pour le dire, j’étais déjà ministre de l’Intérieur. Notre collaboration était parfaite, et c'était bien normal, car nos adversaires sont les mêmes. Ben Laden a visé New York comme il aurait pu viser Paris. Alors, même si cette période difficile est derrière nous, je me dois de vous le dire en ami. Si vous avez été indignés de l'attitude de la France, sachez que les Français, et pas seulement les 300 000 qui vivent en Amérique, ont souffert d'être à ce point calomniés.

Je crois que nous commençons à surmonter cette crise. Heureusement, car la cote de popularité de la France aux Etats Unis était à cette période-là inférieure à celle de la Libye. En contrepoint, je me dois de vous dire que l'Amérique était vue à l'époque en France et dans toute l'Europe comme une menace à la paix du monde. Mais les faits sont là : nous sommes frontaliers du même océan, et nos deux pays sont très engagés l'un avec l'autre. Avec un stock de 150 milliards de dollars, la France vient au second rang des investissements étrangers au Etats Unis. 3 000 sociétés françaises sont installées aux Etats-Unis, qui emploient directement ou indirectement 600 000 travailleurs américains. 1 milliard de dollars est échangé tous les jours entre la France et les Etats-Unis. Et surtout, et c'est une fierté pour nous, je veux rappeler que les meilleurs soldats français paient le prix du sang en Afghanistan en combattant depuis plusieurs années aux côtés des soldats américains contre les Talibans. Mais il est juste de dire que cette crise a provoqué une réapparition dans chacun de nos pays de toutes les idées fausses colportées sur nos deux peuples. D'où vient donc que cette relation est si complexe et si passionnée ?

Les Etats Unis et la France sont à peu près l'un pour l'autre le seul pays avec lequel ils n'ont jamais été en guerre. Et pourtant chacun sait que dans leur histoire nos deux pays ont fait la guerre avec presque tous les grands pays qui composent aujourd'hui la communauté internationale. Mon attachement à la relation avec les Etats-Unis est connu; il me vaut bien des critiques en France. Mais je ne suis pas lâche. Cette amitié, j’en suis fier, et je la revendique. N’ayons pas peur de le dire, les relations entre la France et les Etats-Unis sont souvent difficiles. Il ne faut pas le nier. Pour autant nos désaccords m’ont toujours paru secondaires par rapport à ce que nous partageons.

Car le paradoxe, c'est que nos deux peuples sont séparés par des valeurs communes. Les valeurs de liberté que nous portons sont les mêmes. Les Etats-Unis et la France se sont chacun donnés une mission universaliste : celle de la promotion de la démocratie, la défense de la liberté et des droits de l’Homme. Certains font l'analyse que nous nous ressemblons. En conséquence, nous nous détesterions en même temps que nous nous admirerions.

Pouvons-nous en attendre une issue positive ? J'en suis sûr.

Je crois que cet universalisme que nous partageons doit nous renforcer et nous unir au lieu de nous séparer. On nous dit incompatibles, rivaux. Je ne partage pas cette perception : notre vision commune doit nous rassembler pour travailler à assurer un monde de paix, de tolérance et de sécurité. Est-ce que ça veut dire que nous devons aligner nos positions sur les vôtres ? Certainement non. Que la France ait une position autonome vis à vis des Etats-Unis, tant mieux, c'est souvent nécessaire ! Mais il n’y a pas d’avenir dans l’opposition entre vous et nous.

Je suis convaincu que nos relations souffrent de trop d’incompréhensions causées par un manque de dialogue et parfois, de la mauvaise foi. Je ne veux pas chercher de coupable, mais trouver des solutions. Nous devons rebâtir la relation transatlantique sur un socle de confiance et de responsabilité partagée. On doit pouvoir échanger, dialoguer sans être d’accord sur certains points. Il y aura de nouveaux désaccords, d’autres mésententes dans le futur. Elles sont inévitables, même entre alliés. Mais elles ne doivent pas se transformer en crises. Elles doivent au contraire être l’occasion d’un dialogue constructif, sans arrogance, sans mises en scène. On peut parfaitement avoir des désaccords, mais on doit se souvenir, dans l’expression de ces désaccords, que nous sommes amis depuis longtemps et pour longtemps. Je reconnais que la France n’est pas exempte de reproches : bien qu’il me semble que nos désaccords aient souvent été légitimes, il y a différentes façons de les exprimer. Il n’est pas convenable de chercher à mettre ses alliés dans l’embarras, ou de donner l’impression de se réjouir de leurs difficultés. J’ai toujours préféré l’efficacité dans la modestie plutôt qu’une grandiloquence stérile. Et je ne veux pas d'une France arrogante et pas assez présente.

Nous sommes les enfants d’un même combat, celui contre les totalitarismes nazi et soviétique dans lesquels le rôle des Etats-Unis fut si déterminant, voire existentiel. Je considère notre relation avec les Etats-Unis comme l’un des piliers de la politique étrangère au côté d’une Europe politique forte. Il est temps à mes yeux d’ouvrir une nouvelle ère dans les relations transatlantiques, débarrassée des malentendus et des grands discours qui bloquent tout vrai dialogue. Nous devons refonder une alliance autour des nouvelles menaces du XXIème siècle et défendre nos valeurs et nos intérêts communs.

Les défis auxquels nous faisons face nous imposent de travailler ensemble. Partageant des valeurs communes, une même vision, ce n’est qu’ensemble que nous pourrons faire face à de nouveaux fléaux transnationaux : la prolifération d’armes de destruction massives, le terrorisme, les Etats faillis, les catastrophes écologiques, humanitaires ou encore les pandémies.

Dans tous ces combats, l’Amérique est le partenaire évident et naturel de l’Europe. Et celle-ci doit être forte, présente dans le monde, responsable. Après des siècles de guerre et de haine, après la Shoah, les nations européennes se sont engagées dans l’une des entreprises les plus ambitieuses de leur histoire : la construction d’une aire de paix, d’union, de solidarité. Les Etats-Unis furent toujours au premier rang de cette construction, la soutenant, la finançant par le Plan Marshall, la protégeant de l’impérialisme communiste. Aujourd’hui, les Etats-Unis ne doivent pas, ne peuvent pas, s’inquiéter de cette nouvelle étape que les Européens veulent atteindre : la constitution d’une Europe politique forte et influente sur la scène internationale. Ne vous y trompez pas : celle-ci ne se veut pas un adversaire de l’Amérique. Il est impensable que l’Europe bâtisse son identité en opposition aux Etats-Unis, ni à qui que ce soit d’ailleurs. Que l'on croie ou non au concept de civilisation, il est évident que les liens qui unissent l’Europe aux Etats-Unis sont uniques et irremplaçables.

C'est de l'intérêt des Etats-Unis que cette Europe politique soit gouvernable et cohérente. Elle doit répondre aux besoins quotidiens de ses citoyens. C’est pourquoi je m’oppose avec vigueur à la vision d’une Europe étendue sans fin, une Europe sans frontière, donc sans identité. A cet égard, le rejet de la constitution européenne l’an dernier ne doit satisfaire personne : il retarde considérablement l’émergence de l’Union européenne comme une puissance responsable sur la scène internationale. Nous devons donc sans attendre nous donner des règles de fonctionnement qui nous permettent à nouveau de prendre des décisions.

Renouveler la relation transatlantique est une nécessité si nous voulons atteindre nos objectifs de long terme en matière internationale. Quels sont ces objectifs ? Nous devons d'abord assurer la protection de nos intérêts vitaux, c'est-à-dire avant tout la sécurité de nos territoires et de nos compatriotes. Nous devons ensuite assumer nos responsabilités de membres permanents du conseil de sécurité et promouvoir nos valeurs démocratiques sur la scène internationale. Parce que c'est un devoir moral, mais aussi parce que c'est la seule manière d'assurer une stabilisation en profondeur des Etats fragilisés par des conflits internes ou externes, en favorisant leur développement économique, et en les aidant à créer de véritables Etats de droit et des sociétés civiles ouvertes. A ces deux objectifs de long terme répondent deux nouveaux types de défis auxquels nous sommes confrontés ensemble.

1/ D'abord, nous faisons face à de nouvelles menaces. L’Empire soviétique n’existe plus, et l’Europe a pu retrouver ses frères de l’Est trop longtemps abandonnés derrière le rideau de fer. Le monde d’aujourd’hui est complexe, ses dangers nombreux et multiformes. Il est souvent plus inquiétant : certains sont même parfois nostalgiques d’un ordre ancien supposé plus stable et plus rassurant. Je ne suis pas de ceux là. Il faut se réjouir de l’effondrement du totalitarisme et je ne regrette en rien les jours de l’équilibre de la terreur et de la destruction mutuelle assurée.

Ministre de l’intérieur depuis plusieurs années, je ne suis cependant que trop conscient des nouvelles menaces auxquelles nos démocraties font face. Lorsque les terroristes attaquent New York, Londres, Amman, Madrid, Alger, Tel Aviv, Le Caire, Nairobi, Jakarta et d'autres capitales encore, je sais que demain, Paris pourrait être à nouveau victime de cette nouvelle forme de barbarie. Cette idéologie de la haine de la démocratie, de la liberté, de la modernité, de l’égalité hommes femmes ne fait pas de distinction, pas de classement entre ses ennemis.

Ignorer ce danger serait une folie. La perspective d’un nouvel attentat, cette fois avec des armes chimiques voire nucléaires ne peut être écartée que par le renforcement de notre coopération en matière de renseignement. Je l'ai dit, je suis bien placé pour souligner que celle-ci fut jusqu’ici exemplaire, et qu'elle a résisté à toutes les crises politiques. J’ai d’ailleurs rappelé à Condoleezza Rice, Alberto Gonzales et Michael Chertoff la détermination de la France dans cette lutte commune. La tragédie du 11 septembre nous a rappelé à tous la fragilité de notre mode de vie, la nécessité de le défendre à tout instant. Cette lutte sera longue, incertaine, mais un nouveau drame est inévitable si nous ne consacrons pas toutes nos ressources à travailler ensemble.

Bien sur, la crise stratégique majeure à laquelle nous faisons face aujourd’hui est la question du nucléaire iranien. La position de la France est claire, sans ambiguïté : dans le cadre du traité de non-prolifération nucléaire, l’Iran n’a pas le droit de chercher à se doter de l’arme nucléaire. Bien que les Iraniens aient le droit souverain de se doter d'une capacité nucléaire civile, chacun sait que les soupçons pèsent trop lourd sur les réelles intentions de Téhéran. Nous ne pouvons pas courir ce risque.

Le régime iranien, par son soutien au Hezbollah, par les propos inacceptables de son président sur l’Holocauste et l’existence d’Israël s’est mis lui-même au ban des nations. La perspective d’un tel régime doté d’armes aussi destructrices que des missiles nucléaires est terrifiante. Elle ouvrirait la voie à une course aux armements meurtrière dans la région car d'autres pays pourraient souhaiter sauter le pas. Elle serait aussi une menace constante pour l’existence d’Israël. L’Histoire nous a montré les conséquences de la complaisance face à l’agression et au fondamentalisme. Nous devons faire preuve de la plus grande fermeté et d’unité pour régler cette question. La diplomatie doit être notre arme principale mais il faut laisser toutes les options ouvertes.

Le débat sur le programme nucléaire iranien, relayé dans d’autres pays qui envisagent eux-aussi de se doter de programmes d’enrichissement de l’uranium, doit inciter la communauté internationale à agir fortement sur le marché nucléaire mondial. J'ai la conviction que cette source d’énergie continuera de s’imposer comme une solution majeure pour l’avenir, face à la pénurie des énergies fossiles. Je veux donc faire ici une proposition : pourquoi ne pas créer, sous l’égide de l’AIEA, une Banque mondiale du combustible nucléaire ? Celle-ci serait abondée financièrement ou en nature par les puissances nucléaires et garantirait la livraison de combustible nucléaire civil ainsi que le retraitement des matières fissiles à tous les Etats désireux de développer l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, mais qui naturellement renonceraient à l’option nucléaire militaire. Ainsi, me semble-t-il, la communauté internationale, représentée par l’AIEA, offrirait-elle toutes les garanties d’accès sécurisé aux bienfaits de l’énergie nucléaire, sans risque de détournement militaire. Elle ôterait en outre à certains pays potentiellement proliférateurs le prétexte du droit à accéder à l’énergie nucléaire civile ou de l’indépendance énergétique.

Nous ne pourrons pas non plus esquiver longtemps entre nous le débat sur les menaces environnementales. C'est un sujet de débat avec l'actuelle administration américaine. Il faut sauver la planète des conséquences d'une suractivité humaine. La moitié des forêts primitives ont déjà disparu de la surface du globe, les glaces du Groenland fondent, les émissions mondiales de gaz carbonique vont augmenter d’au moins 75 % dans les 25 ans à venir alors que la situation est déjà critique. L’effet de serre, la pollution des océans, le pillage des ressources naturelles n’auront pas pour seuls effets que le changement climatique, la désertification, l’appauvrissement de la biodiversité, la dégradation de la santé ou la mise en péril de la vie des plus fragiles. Les guerres de la faim et les guerres de l’eau qui menacent le monde à venir pourraient bien être les plus terribles que l’humanité ait connues parce que ce seront des guerres désespérées. Le problème de l’environnement n’est plus seulement désormais le problème de la qualité de la vie mais le problème de la vie tout court. Nous devons cesser de tirer des traites écologiques sur les générations à venir. Car cette dette a ceci de tragique qu’elle n’est pas remboursable. La vie détruite ne ressuscitera pas. Je défends donc l’idée qu’à côté du droit international du commerce, il doit exister avec la même force juridique un droit international de l’environnement.

2/ Ensuite, dans le monde d'aujourd'hui, nous agissons sous le regard informé et curieux de l'opinion publique nationale et mondiale. De ce fait, nous ne pouvons plus échapper à notre devoir moral de promotion de nos valeurs démocratiques. Avec la mondialisation, c’est une banalité, le monde est devenu un village. Mais puisqu’on est rapidement informé de tout, le silence devient davantage coupable. Le silence peut être expliqué et excusé par l’ignorance. Le silence n’est pas acceptable quand on sait. Or, la caractéristique du monde d’aujourd’hui, c’est qu’on sait tout et en temps réel. Dans le passé, on finissait par tout savoir, mais il y avait un décalage entre l’événement et la connaissance de l’événement. Ce décalage pouvait prendre des mois ou des années. Désormais, il se compte en heures. La conséquence de la mondialisation, c’est que le silence est devenu inacceptable. Il est donc de notre devoir de tenter de mettre fin ensemble aux conflits qui mettent le feu aux poudres au Moyen Orient. Nous ne pouvons pas accepter de rester impuissants devant la montée des tensions et l’agressivité de certaines forces régionales. Or l'expérience des derniers mois montre que lorsque nous travaillons ensemble, Américains et Français, nous sommes efficaces. Ainsi en a-t-il été avec le vote de la résolution 1559 du conseil de sécurité de l'ONU sur le Liban, qu'ensemble, Américains et Français, nous avons inspirée. C'est cette unité et cette détermination qui nous ont permis de soutenir la réaction nationale des Libanais et de provoquer le départ des troupes syriennes. Aujourd'hui, je me réjouis du vote de la résolution 1701 et soutiens sans réserve la décision du président Chirac d’envoyer 2000 soldats au Liban pour servir au sein de la FINUL. On peut juger maladroite et disproportionnée l’intervention israélienne au Liban. La vérité est qu'il n’y a eu qu’un agresseur et c’est le Hezbollah. Israël avait le droit et le devoir de défendre ses citoyens. Le Hezbollah, quant à lui, a décidé de prendre en otage le peuple libanais dans une aventure insensée.

Je crois également indispensable que nous continuions à travailler ensemble à tenter de résoudre les conflits en Afrique. Je pense en particulier à la situation au Darfour. L’horreur quotidienne qui s’y est installée a rendu ce nom tristement familier. Le degré de violence et de cruauté à l’œuvre rappelle les pires tragédies que le continent africain ait connues au cours des dernières décennies. Je connais l'implication du président Bush sur cette question. Il y a maintenant urgence à agir, pour que le Darfour ne reste pas une page honteuse de notre propre histoire, parce que notre indifférence, notre aveuglement, notre manque de courage, ou peut-être un peu tout cela à la fois, nous aurait fait détourner le regard du premier crime contre l’humanité du 21ème siècle.

Je l’ai dit, les défis sont nombreux, complexes. Nous nous heurterons probablement à de nouveaux échecs, à de nouvelles déconvenues. Mais le plus grand échec serait celui de l’inaction. Nous saurons faire face si nous sommes ensemble, forts de ce qui nous rapproche, et enrichis de nos différences. La division signifierait la reculade. Divisés nous perdrons. Alors c'est au nom de notre amitié vieille de plusieurs siècles que je vous dis, Mesdames et Messieurs, que les Français continueront à être pour vous des amis, c'est-à-dire des amis exigeants, des amis debout. Si nous sommes couchés, nous ne sommes pas des amis. Comptez sur moi pour continuer à vous dire notre part de vérité, mais en ami.

Friday, September 8 2006

Que faire des surplus de recettes fiscales ?

M. le Député Jean-Jacques DESCAMPS

Des rentrées fiscales supérieures aux prévisions permettent au gouvernement de prévoir quelques promesses qu'il juge intéressantes aux Français en utilisant en partie cette "cagnotte" (encore elle!) pour des "cadeaux" aux Français les plus modestes. Dominique de Villepin les a esquissées l'autre soir et devrait les préciser jeudi 1er août dans sa conférence de presse. Ces recettes supplémentaires sont une bonne nouvelle et montrent que, grâce aux mesures prises depuis 2002, l'économie française se redresse et c'est une excellente chose. Ne gâchons pas ce succès. Mais sur l'utilisation de ces premiers résultats pour modifier le budget 2006, présentée par le gouvernement actuel, je ne suis d'accord, ni sur la méthode ni sur le fond. Je suis d'abord surpris (eh oui, j'y croyais encore!) que la Commission des Finances, dont je suis un des vice-présidents, ou au moins ses parlementaires de la Majorité, n'ait pas été interrogée avant de faire ces choix que nous allons être obligés de voter sauf à créer encore des problèmes au sein de notre Groupe et vis à vis du Gouvernement. J'aurais, par exemple, aimé savoir si toutes les promesses précédentes faites depuis le vote du budget 2006 ont été financées par les recettes prévues initialement. Je pense en particulier aux annonces du Ministre Philippe Bas sur la politique de la famille. Ensuite, je croyais que le désendettement était notre priorité. La dette devrait effectivement diminuer légèrement en 2006, mais avec quelques techniques de gestion de cette dette qui ne marchent qu'une fois et pas du fait de la seule réduction des dépenses. On ne devrait donc pas utiliser ces recettes supplémentaires à autre chose qu'à réduire la dette, surtout lorsqu'on sait que les taux d'intérêt montent et que l'emprunt ne couvre pas seulement des dépenses d'investissement mais aussi de fonctionnement ce qui n'est pas sain. Il n'est pas sain non plus de faire des cadeaux à crédit, même pour des raisons qui peuvent paraître utiles pour augmenter le pouvoir d'achat des Français, car c'est reporter le poids de ces cadeaux sur les générations futures. Seul l'investissement qui produira de la valeur ajoutée future justifie le recours à l'emprunt. C'est d'ailleurs la règle pour les collectivités locales!

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Enfin, les dépenses supplémentaires envisagées ne me paraissent pas les plus opportunes, car celles qui ont été choisies créeront inévitablement des effets pervers et donc autant d'insatisfaits que de contents! Ainsi du chèque transport qui sera long à mettre en place et le sera surtout dans les grandes entreprises en zone urbaine et non dans les PME des zones rurales où les déplacements sont les plus chers. Et ces chèques créeront aussi des charges supplémentaires pour les entreprises qui n'en ont pas besoin et surtout les PME qui attendront certainement un peu avant de s'y résoudre, ou alors grignoteront sur les hausses de salaires, ce qui n'est évidemment pas le but! D'où des inégalités entre salariés. Et quid des chômeurs pour retrouver du boulot et des jeunes pour leur premier emploi et des mères de famille pour emmener les enfants à l'école? Pourquoi ne pas avoir tout simplement baissé la TIPP? Ainsi de la prime pour l'emploi, qui est un cadeau toujours bon à prendre, mais en fait un salaire supplémentaire payé par l'Etat sans contrepartie économique! et qui favorisera finalement surtout l'achat de produits importés, donc les entreprises étrangères! Pourquoi ne pas plutôt avoir réduit les charges salariales sur les heures supplémentaires des salariés les moins qualifiés pour encourager surtout le travail et réduire les effets des 35 heures? Tout ceci, qui concerne un sujet réel qui est celui du pouvoir d'achat des Français, aurait mérité débat avant de faire des effets d'annonces qui risquent de nous mettre en difficulté par rapport à nos propres engagements, lorsqu'il s'agira de voter le budget rectificatif dans les prochaines semaines. Et qui redonne du grain à moudre à l'opposition pourtant bien en difficulté actuellement. Encore une fois le Parlement et sa majorité sont bien obligés de suivre l'exécutif sauf à créer une crise politique qui n'en vaut pas la peine six mois avant les élections. Mais c'est le signe d'une dérive de nos institutions ou de nos coutumes politiques à laquelle il faudra rapidement remédier!

Texte du 4 septembre publié avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Thursday, September 7 2006

Rentrée

M. le Député Jean-Jacques DESCAMPS

Me voilà revenu de trois bonnes semaines de vacances. Au risque de surprendre certains, j'étais fatigué de travailler! Il était temps de me reposer en août! Un mot de réponse à ceux qui m'ont écrit sur ce blog pendant ce silence de ma part. A ceux qui m'ont interpellé sur ma position négative sur le mariage des homosexuels et l'adoption par des couples homos, je réponds d'abord que pour moi, le simple bon sens implique que, sexuellement ou dans tous les autres domaines de l'activité humaine, un homme et une femme soient fondamentalement différents. Même si, à l'inverse du passé, hommes et femmes peuvent espérer maintenant l'égalité des chances dans toutes ces activités, les comportements des femmes et des hommes seront toujours différents. Une femme politique ne raisonnera pas complètement comme un homme politique, ni un gendarme comme une gendarme, par exemple. C'est cette différence qui fait l'équilibre de la nature humaine et de notre civilisation. Et l'acte sexuel, qui est d'abord procréateur, a une valeur bien plus naturelle quand il est pratiqué entre un homme et une femme. Banaliser, sinon encourager l'homosexualité, que comme libéral je ne réprouve évidemment pas s'il s'agit d'une décision individuelle(chacun a le droit de faire ce qu'il veut tant que cela n'entache pas la liberté des autres), serait une erreur fondamentale pour l'avenir des générations futures. A partir de ces réflexions qui mériteraient d'être développées, je répond enfin sur le mariage. La famille, recomposée ou non, c'est pour moi la cohabitation d'un homme, d'une femme et d'enfants, qui reflètent une micro population à l'image de la démographie française. C'est une cellule de base de cette population équilibrée, conforme à ce que la nature humaine a créé. La non discrimination des sexes pour créer une famille aboutirait à une véritable cacophonie intellectuelle et morale de la société. Il n'y a donc aucune raison de modifier la notion de mariage républicain telle qu'est inscrite dans le code civil que je lis dans ma mairie aux futurs mariés et qui parle de ce fondation équilibrée de la famille, pour l'adapter à des couples homosexuels fondant une famille non équilibrée dès l'origine et obligée d'utiliser des artifices pour procréer! Je n'ai d'ailleurs, en son temps, pas approuvé l'idée du Pacs que certains trouvent être la bonne solution pour protéger les intérêts d'homosexuels vivant en couple en cas de décès ou autres accidents de la vie. Peut-être faut-il, pour des raisons sociales, l'accepter. Mais cela ne correspond pas à la notion qui m'est chère d'une vraie reconnaissance républicaine, morale, sociale, fiscale d'une famille qui se crée d'abord pour former un couple hétéro uni dont l'objectif est de faire (au pire d'élever seulement s'il y a stérilité biologique) des enfants qui feront de même plus tard et formeront la séquence des générations futures. Et s'il faut ce Pacs, acceptons le non comme le début d'une évolution inéluctable vers le mariage homo mais comme l'exception qui confirmera la règle de notre mariage républicain actuel, qui forme d'ailleurs pour moi l'occasion d'une complémentarité avec l'engagement du mariage religieux. Bien sûr on trouvera toujours des exemples de couples et de familles homos qui fonctionnent sereinement. Mais si toutes les barrières tombaient face à l'homosexualité, que deviendrait notre société? Et que seraient les repères moraux et sociaux d'une population de jeunes dont on aurait banalisé, par la loi, les rapports sexuels entre individus de tout sexe!

Quant à l'adoption, je suis bien placé pour savoir que c'est déjà très difficile d'élever des enfants non biologiques dans une famille de parents hétérosexuels, pour ne pas y ajouter les effets pervers d'un manque d'équilibre sexuel au niveau des parents. Il est de bons sens dans les familles de penser que le rôle du père est très complémentaire de celui de la mère! Voilà quelques réflexions apportées au débat sur ce sujet Mais si sur ce thème je suis en accord avec Philippe de Villiers, ce n'est pas pour autant que je le vois Président! Bien au contraire, ce serait un danger public! Car, l'ayant connu à ses débuts au parti Républicain, je suis déçu de son évolution populiste et sans nuances sur des sujets aussi graves que la mondialisation , l'Europe et l'immigration. Décidément le populisme est à la mode, car Ségolène Royale n'y va pas non plus avec le dos de la cuiller à gauche. Elle passe la main dans le dos de toutes les composantes de la Gauche, en faisant plaisir à chacune, et sans que cela représente une politique cohérente. Un seul exemple, elle propose de revaloriser la valeur travail, et dans le même discours approuve le projet socialiste qui préconise le retour aux 35 heures. Et elle propose d'accueillir et de régulariser tous les étrangers en situation irrégulière sans pouvoir leur promettre le moindre emploi! nous aurons l'occasion d'en reparler. La France semble pourtant se passionner pour elle. Mais attention! Nous fêtons ces jours-ci le 62 ème anniversaire de la libération en 1944. Au début 44, la France plébiscitait Pétain. A la fin c'était De gaulle! Six mois avant mai 81, Giscard était largement donné gagnant. C'est Mitterand qui a gagné! Notre pays se laisse souvent entraîner par l'air du temps. Et donne le sentiment de préférer souvent le "people" à la réflexion de fond. jusqu'au moment ou elle se rend compte que le moment est important et qu'il faut faire des choix réfléchis. Attendons donc la campagne électorale, et les débats de fond qui, j'espère, la nourriront pendant ces six prochains mois, pour commencer à y voir clair!

Bonne rentrée à toutes et à tous et bons débats.

Texte publié avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Monday, September 4 2006

Discours de Nicolas Sarkozy à l'Université d'été des jeunes populaires UMP

Marseille - dimanche 3 septembre 2006

A vous voir si nombreux, je n'ai qu'un mot à la bouche pour exprimer mon émotion ce matin mais, chacun doit le comprendre, c'est vraiment du fond du cœur que je veux vous le dire : merci !

Longtemps j'ai réfléchi à ce que la politique avait à dire à la jeunesse. Longtemps je me suis demandé comment il fallait parler en tant qu’homme politique à une jeunesse qui a cessé d’écouter les hommes politiques et surtout de leur faire confiance.

Si elle ne les écoute pas c'est parce qu’elle ne les comprend pas. Si elle ne leur fait plus confiance c'est parce qu’elle a le sentiment qu'elle a souvent été trahie. C'est conscient de cette réalité que j'ai appelé à une rupture dans nos comportements, dans nos méthodes, dans notre façon d'appréhender le débat d'idées. Aujourd'hui je persiste et je signe : la rupture est nécessaire.

Toute jeunesse a quelque chose à prouver. Elle a besoin de croire qu’elle peut transformer le monde. Elle a besoin d’imaginer que tout est possible. Elle rejettera la classe politique si celle-ci continue à répéter : « je n’y peux rien ». Elle condamnera une politique qui prétendra construire le monde de demain avec les idées d’hier.

Je veux une politique qui rende possible ce qui est nécessaire. Je veux tourner le dos à une politique qui explique que ce qui est nécessaire est impossible.

Cette fascination pour la fatalité coupe les ailes de la jeunesse. Mais en coupant les ailes de la jeunesse, chacun doit être conscient que l’on coupe les ailes à la société tout entière. Car dans un monde où les rêves de la jeunesse ne se réalisent jamais, les portes de l’avenir se ferment pour tous, quel que soit leur âge. C’est quand la jeunesse commence à devenir une espérance que l’histoire cesse d’être un recommencement pour devenir une invention. C’est quand les hommes de la Renaissance se sont mis à croire que tout était possible que tout a pu changer. La Renaissance s’est laissée alors porter par les rêves de la jeunesse.

Jeune, j'ai été ému par la prière de Michel-Ange : « Seigneur accordez-moi la grâce de toujours désirer plus que je ne peux accomplir ». C'est ce que je veux souhaiter à chacun de vous, que dans vos vies vous gardiez toujours l'envie de vous surpasser, le désir de réaliser, la volonté de faire de votre existence quelque chose de grand et de fort. L’histoire nous enseigne que c’est de l'imagination fiévreuse de la jeunesse que sont sorties toutes les grandes révolutions des temps modernes.

La Révolution Française a été accomplie par des jeunes gens. Les fédérés marseillais qui montaient à Paris en 1792 n’avaient pas 20 ans pour la majorité d’entre eux. Les soldats de l’An II n'étaient pas plus vieux et ils étaient commandés par des généraux de 25 ans. Après avoir été les héros de Valmy, de Jemmapes et de Fleurus, ils eurent l'énergie d'être encore les acteurs d’Austerlitz, d’Iéna et d’Eylau… Quand la Révolution fut terminée, quand Napoléon eut cessé « de faire ses plans de bataille avec les songes de ses soldats endormis », leurs enfants s’éveillèrent de leurs rêves de gloire et de conquête. « Alors s’assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse ». Elle se releva pour inventer le romantisme, la peinture moderne, la révolution industrielle. Quand le XXe siècle s’ouvrit ce furent encore des poètes et des peintres de 20 ans et des savants de 26 ans qui refirent le monde.

En 14-18 la jeunesse française fut héroïque. Sur 1,3 million de morts un tiers avaient moins de 30 ans. En 18 on mobilisa les jeunes Français à 18 ans. Après l’armistice, une fois de plus assise sur un monde en ruines, cette jeunesse meurtrie, à peine sortie du massacre était convaincue que le monde était absurde et que l’homme était seul. Et pourtant elle aussi sut se relever. Elle fit jaillir de sa souffrance et de son doute le surréalisme, le cubisme. Elle échoua hélas à faire mettre la guerre hors-la-loi.

En 40 les premiers résistants avaient à peine 16 ans. Les cinq martyrs du lycée Buffon avaient entre 15 et 18 ans quand ils furent assassinés par l’occupant. Guy Môquet 17 ans et demi quand il fut fusillé. Il écrivit à ses parents avant de mourir : « J’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. 17 ans et demi… Ma vie a été courte ! Je n’ai aucun regret si ce n’est de vous quitter tous ». On peut être grand quand on a 17 ans… Ses camarades gravèrent sur les murs de leur cellule « nous vaincrons quand même ». La jeunesse ne doit jamais s'avouer vaincue…

Cette génération de la Résistance, rescapée des camps et des maquis, dont l’épreuve avait décuplé l’ardeur, voulut réussir là où ses pères et ses grands-pères avaient échoué. De l’âme blessée de cette jeunesse, de son innocence perdue d’avoir vu de si près la mort et la barbarie, de ses mains encore tremblantes d’avoir tenu les armes, jaillit la reconstruction, les Trente Glorieuses, la décolonisation, l’Europe, et la sécurité sociale. La jeunesse peut être invincible…

Après le drame algérien, sur fond de guerre du Vietnam et de guerre froide une génération nouvelle se leva à son tour. Elle proclama vouloir vivre sans contrainte et jouir sans entrave. En mai 68, au plus fort de la révolte étudiante, Georges Pompidou avait dit : « je ne vois de précédent dans notre histoire qu’en cette période désespérée que fut le XVe siècle, où s’effondraient les structures du Moyen-Age et où, déjà, les étudiants se révoltaient en Sorbonne… ».

En juin 1969, alors qu’il venait d’être élu Président de la République, il déclarait : « Le monde a besoin d’une Renaissance et aucun de ceux qui détiennent des responsabilités – qu’elles soient politiques, économiques, sociales, intellectuelles ou proprement spirituelles – n’a le droit de penser qu’il n’est pas concerné ».

Le progrès matériel ne suffisait plus à la génération de mai 68. Elle aspirait à l’idéal. Elle y aspirait d’autant plus qu’elle était l'enfant du plein emploi et de la croissance. Elle dilapida l’héritage sans apporter ce supplément d’âme dont elle dénonçait le manque. Elle installa partout, dans la politique, dans l’éducation, dans la société, une inversion des valeurs et une pensée unique dont les jeunes d’aujourd’hui sont les principales victimes. Au cœur de cette pensée unique qu'ici je veux dénoncer, il y a le jeunisme, cette idéologie qui dit à la jeunesse qu’elle n’a que des droits et que tout lui est dû. C'est faux.

Il y a, dans le même temps, la dévalorisation du travail et le mépris pour les travailleurs. J'ose le mot car il ne m'écorche pas la bouche. J'ai toujours fait du travail une valeur cardinale de ma vie.

Une partie de la gauche a fait sienne cette idéologie du jeunisme et des 35 h forcées. Elle a trahi la gauche de Jaurès et de Blum. Quand Jaurès disait aux lycéens : « Il faut que, par un surcroît d’efforts et par l’exaltation de toutes vos passions nobles, vous amassiez en votre âme des trésors inviolables » c'était le contraire du nivellement prôné par la gauche d’aujourd’hui.

Quand Blum leur disait : « l’émulation scolaire est une forme de l’égalité vraie, qui n’est pas l’uniformité, mais le développement entièrement libre des puissances individuelles » c'était le contraire de l'égalitarisme vanté par la gauche d’aujourd’hui.

La gauche qui a trahi c'est celle, héritière de mai 68, qui demande aux enfants ce qu’ils ont envie d’apprendre, qui dit à l’élève qu’il est l’égal du maître, qui part en guerre contre l’élitisme républicain qui traumatiserait les mauvais élèves, qui explique aux professeurs que pour enseigner les mathématiques à Paul il faut d’abord connaître Paul plutôt que les mathématiques, et qui promet qu’on donnera le bac à tout le monde. Cette gauche là, au final, accepte la pauvreté pour peu qu'il n'y ait que des pauvres, tolère les retards pour peu que personne ne soit à l'heure, s'accommode des injustices si chacun en est également la victime. Cette société là, je veux le dire clairement, je n'en veux pas.

Je refuse d'expliquer que le niveau de l'enseignement monte alors qu'il n'y a jamais eu autant d'enfants qui ne savent ni lire ni écrire, que la méthode globale est une réussite, que la démocratisation de l’enseignement est un succès. La vérité c'est que les étudiants qui se sont révoltés en mai 68 étaient des enfants gâtés par les 30 glorieuses. Vous êtes les enfants de la crise. Ils ont vécu sans contraintes. Vous payez aujourd’hui la facture.

Vous voyez le chômage, la précarité, l’exclusion et vous vous posez tant de questions sur votre avenir. Vous voyez la discrimination, le racisme, l'antisémitisme et vous enragez de voir la patrie des droits de l'homme mettre au 2ème tour d'une présidentielle Jean-Marie Le Pen. Vous voyez des gens qui dorment sur le trottoir et l’enfant du tiers monde qui meurt de faim. Vous voyez des malheureux qui sur leur pirogue affrontent l'océan pour gagner ce qu'ils croient être la terre promise et qui perdent la vie avant de toucher le rivage. Et vous n'acceptez pas que le monde qui n'a jamais été aussi riche laisse autant de pauvres sans perspective. Vous voyez la planète saccagée et vous êtes révoltés de voir l'humanité danser sur un volcan.

Au milieu de tant d’espoirs, de rêves et de promesses que vous offre le monde, au milieu de tous les obstacles que la société dresse devant vous et qui vous empêchent de prendre votre élan j'ai conscience que la jeunesse hésite sans cesse entre la joie de vivre et la peur de vivre. Le jeune internaute qui s’enferme dans son monde virtuel a peur du monde réel comme le jeune qui s’enferme dans son quartier a peur du monde extérieur. Le jeune qui allonge indéfiniment ses études a peur du monde du travail, comme le jeune qui se drogue a peur de lui-même. Mais on ne peut pas vivre en s’enfermant ou en fuyant.

Je vous demande de m'aider à agir si vous ne voulez pas subir. Dans la vie il y a les spectateurs et il y a les acteurs. Il y a ceux qui regardent et il y a ceux qui agissent, ceux qui ont des désirs et ceux qui les réalisent. La France a besoin des rêves et des désirs de sa jeunesse. Mais à quoi servent les rêves inaccomplis ? Désirer une France nouvelle sans être capable de la construire ou bien chercher à la construire sur des utopies comme les trente cinq heures c’est se condamner à l'échec. La France sera réveillée par ceux qui se lèvent tôt, par ceux qui retroussent leurs manches pour réaliser leurs rêves. Oui, il est possible de construire la France dont vous rêvez et je veux la construire avec vous. Nous la construirons ensemble.

Je ne suis pas venu pour proposer le nième plan quinquennal pour la jeunesse. Je suis venu vous demander d'être l'âme du changement, d'être les acteurs d'une rupture dont je suis certain, qu'au fond de vous-même, vous l'appelez de vos vœux. Je vous demande par dessus tout de recommencer à espérer parce que si nous sommes ensemble, unis, déterminés, tout sera possible.

Vous voulez la vérité ! Cela tombe bien : je refuse le mensonge !

La vérité c’est qu’à vous maintenir indéfiniment dans un état de dépendance et d’assistance, on risque de vous faire perdre l’estime de vous-mêmes. La vérité c’est qu’on ne rend pas service à la jeunesse en dépréciant l’effort. On ne rend pas service à la jeunesse en disqualifiant le mérite. Pourquoi travailler à l’école si la société ne reconnaît pas la valeur du travail ? Comment croire à la valeur de l’effort si l’école ne l’a pas inculqué ?

On ne rend pas service à la jeunesse en détruisant l’autorité du professeur et la légitimité du savoir. On ne rend pas service à la jeunesse en l’enfermant dans la « culture jeune » et en lui enseignant qu’il est inutile qu’elle perde son temps avec tout le reste. On ne rend pas service à l’élève de 4e auquel on demande d’écrire une autre fin au « Cid » comme s’il était le rival de Corneille. On ne rend pas service à la jeunesse en lui enseignant que tout se vaut. On ne rend pas service à la jeunesse en lui faisant croire que tout est gratuit.

La vérité c’est que la jeunesse n’excuse pas tout. La vérité c’est que si la société a des devoirs envers la jeunesse, la jeunesse a aussi des devoirs envers la société, que si la famille a des devoirs vis-à-vis de ses enfants, les enfants ont des devoirs vis-à-vis de leur famille. La vérité c’est qu’on ment à la jeunesse en l’infantilisant. Je ne suis pas venu vous proposer de vous aider à rester des enfants. Je suis venu vous proposer de vous donner les moyens de devenir des adultes à part entière. Je ne suis pas venu vous proposer de construire votre avenir à votre place. Je suis venu vous proposer de construire ensemble une société où chacun recevra selon son mérite et où chacun aura sa chance. Je ne veux pas briser vos rêves. Je veux vous donner les moyens de les vivre. Je veux vous rendre non la certitude d’un avenir tout tracé, mais l’espoir que vous pourrez vivre la vie que vous aurez choisie. Je veux vous rendre l’espoir que vous pourrez vous construire une vie meilleure, que l'avenir peut cesser d'être une menace pour redevenir une promesse. Je veux vous redonner ce qu’on vous a fait perdre de plus précieux : l’envie d’avoir envie. A ceux qui veulent partir, je veux redonner l’envie de rester. A ceux qui sont découragés, je veux redonner l’envie de réussir. A ceux qui ne veulent plus rien, je veux redonner l’envie de vouloir. Je veux redonner à chacun l'envie de relever tous les défis.

Aux enseignants je veux dire comme Jules Ferry : « formez des hommes, non de grands enfants ». Je veux leur dire : vous faites un métier formidable, le plus beau, celui qui transmet le savoir -ce métier, vous le faites dans votre immense majorité en vous donnant pleinement à ce qui pour vous est une vocation- vous avez une autorité à reconquérir. L’Etat peut vous y aider mais vous avez le devoir de le vouloir, parce que le rapport du maître à l’élève ne peut pas être un rapport d’égalité, même si l’élève a vocation, un jour, à dépasser le maître. L’école, dans le primaire et dans le secondaire, ce n’est pas la délibération, ce n’est pas le colloque permanent. L'école c’est la transmission des savoirs, des normes et des valeurs et au premier rang d'entre elles, de celle du respect.

Je veux une école du respect où les élèves se lèvent quand le professeur arrive, où l'élève différent n'est pas victime de la vindicte des autres, où celui qui a eu le moins de chance en aura autant de réussir que celui que la vie a ménagé. Je veux leur dire aussi que leur mission n’est pas l’intégration à une société qui est de toute façon la leur, mais la préparation à la vie dans cette société, que la partie de la jeunesse qui souffre le plus ne vit pas une crise de l’intégration mais une crise du rapport à soi et du rapport aux autres, une difficulté croissante à vivre en société, à vivre avec soi, même parmi les autres. Je veux dire aux pédagogues que s’il ne faut pas écraser la personnalité de l’enfant, ni étouffer sa spontanéité, qu’il faut l’encourager à développer toutes ses potentialités, il ne faut pas pour autant renoncer à l’instruire.

Je veux leur dire aussi que si la jeunesse sait d’instinct qu’elle conquiert sa liberté en apprenant à dire non, ce n’est pas une raison pour lui dire toujours oui. Aux parents, je veux dire qu’ils ont une responsabilité primordiale dans l’éducation de leurs enfants et qu’ils ne peuvent s’en exonérer. Je veux leur dire que la société peut et doit les aider à assumer cette responsabilité. Mais je veux leur dire aussi qu’ils seront tenus pour responsables de ne pas avoir voulu l’assumer. A ceux qui sont encore à l’école, et qui ont à apprendre. A ceux qui sont sur le point d’achever leurs études mais qui seront demain les éducateurs de leurs enfants, je veux dire que la vie est un combat. Je veux dire qu’il n’y a d’appropriation d’un héritage culturel que si celui-ci est conquis et pas seulement hérité. Je veux dire par-dessus tout que tout se mérite, que rien n'est acquis, que rien n'est donné. C'est bien tout cela qui, au final, confère à l'homme sa dignité et sa liberté.

Vous voulez l’égalité ! Je la veux avec vous.

Je veux que la société vous permette de devenir des adultes, des adultes comme les autres, avec les mêmes devoirs mais aussi les mêmes droits, et la même considération, pas des adultes qu’on traite comme des enfants, pas des adultes qu’on met deux ans à l’essai, qu’on peut licencier sans explication, qu’on peut payer avec un demi-SMIC, pas des adultes au rabais mais des adultes à part entière qu’on respecte, dont on reconnaît le talent, la compétence, le travail, à leur juste valeur. Des adultes auxquels leur travail procure de quoi se loger, de quoi vivre, de quoi fonder une famille. Je veux pour vous les mêmes opportunités quand vous avez fait les mêmes études et ce, quel que soit le quartier d’où vous venez, quelle que soit la consonance de votre nom, ou la couleur de votre peau. Vous voulez la justice et l’équité entre les générations parce que les générations qui vous ont précédés ont les créances et que vous aurez les dettes.

Je vous propose de relever le défi de la République.

Je suis de ceux qui pensent qu’elle ne fait pas assez de place à la diversité. Je vous propose une République plus respectueuse de la différence. Je ne veux pas d'une République de l'égalitarisme et du nivellement. Je vous propose une République fondée sur le mérite et où chacun aura sa chance, où l'on ne craindra pas de compenser les handicaps économiques, sociaux, éducatifs par une discrimination positive qui sera l’autre nom du volontarisme républicain ou de l'égalité réelle, et qui témoignera de notre volonté de combattre les injustices. Dans la République personne ne doit être laissé de côté. Mais il ne peut pas y avoir de solidarité sans contrepartie. Je vous propose une République où les droits seront la contrepartie des devoirs. Je vous propose une République qui renouera avec le civisme comme fondement d’une morale partagée et du lien social. Je vous propose de réinventer la République en créant un service civique par lequel chaque jeune Français entre 18 et 30 ans donnera aux autres 6 mois de son temps. Ce service pourra être effectué en une fois ou fractionné, à temps plein ou à temps partiel, réalisé en France ou à l’étranger, dans toute activité revêtant un caractère d’intérêt général. Faut-il qu’il soit obligatoire ? Ce mot ne me fait pas peur. Je crois qu'après une expérimentation à grande échelle, car l'entreprise est ambitieuse et complexe, il faut qu'il le soit. Il n’y a pas de République sans obligations de chacun envers tous. Il y a dans l’obligation une pédagogie du devoir et une exigence morale qui permettront à la jeunesse de donner le meilleur d’elle-même et qui imposeront à toute la société de faire une place à la jeunesse. Mais dans sa mise en oeuvre cette obligation ne doit pas être un obstacle de plus pour les études ou pour l’entrée dans la vie active. Elle doit être adaptée aux situations, aux parcours, aux aspirations de chacun. Elle doit pour certains être l'occasion d'engager une formation qui a manqué. Elle doit offrir à chacun un enrichissement, une expérience, un moyen de se réaliser, une occasion de s’engager pour une cause qui lui tient à cœur.

Jeunes Français, la République est à vous. La République c’est vous. Vous la trouvez austère et exigeante, intransigeante parfois, mais vous lui devez beaucoup. En lui donnant un peu de vous-même vous manifesterez votre appartenance à cette communauté d’hommes libres, égaux en droits et en devoirs. Car la République est l’affaire de tous. Votre pays a besoin de vous. La société a besoin de vous. Soyez au rendez-vous de la France.

Ne vous y trompez pas, sans la République vous n’aurez pas plus de liberté individuelle, pas plus de justice et de démocratie. Vous aurez le communautarisme, la loi des tribus, chacun renvoyé à ses origines ethniques, à sa religion, vous aurez la citoyenneté à géométrie variable, vous n’aurez pas moins d’intolérance mais davantage. La République n'est pas un choix. Pour chacun de nous, ce doit être une exigence et un devoir.

Avec vous je veux construire la République du 21ème siècle où sera reconnu le droit pour chacun de faire quelque chose de sa vie et non le droit pour tous de se laisser vivre. Pour cela je vous propose cinq droits nouveaux.

Le premier de ces droits est le droit à l’excellence dans l’éducation et la formation.

Vous voulez être libres ! Vous avez raison. Sachez que cette liberté se mérite. L’ignorant ne peut pas être libre.

L'éducation c'est d'abord la famille si fragilisée par la vie moderne, et pourtant si précieuse pour l'enfant par l'amour, par la protection, par la solidarité qu'elle lui offre, par les valeurs qu'elle est la seule à pouvoir transmettre. Dans le désarroi d'une partie de la jeunesse, il y a des familles désemparées qui n'arrivent plus à faire face à l'éducation de leurs enfants. Ces familles, il faut les aider. Il faut aider la jeune mère trop vite sortie de la maternité. Il faut aider les jeunes parents dans ces premières années d'éducation qui vont peser si lourd par la suite. Je propose qu'on fasse faire les devoirs à l'école pour que l'enfant dont les parents travaillent ne soit pas livré à lui-même. Mais le meilleur service que l'on puisse rendre aux familles c'est la qualité de l'école.

Contre l'angoisse des familles qui s'inquiètent pour l'avenir de leurs enfants, contre le nivellement par le bas, contre la dévalorisation des diplômes, je vous propose un projet éducatif fondé sur l’excellence. Je ne veux pas installer une sélection qui ne serait que le paravent d’une politique malthusienne qui réserverait les études supérieures à une toute petite fraction de la jeunesse. Mais je ne veux pas non plus d'études supérieures qui soient synonymes d'échec, de déqualification et de chômage. Je veux qu'un nombre plus important de jeunes aient accès à l'enseignement supérieur. Mais je veux que ce soit pour accroître leurs chances de réussite.

Oui, je l'assume, je veux relever le niveau d’exigence de sorte que chacun soit incité à l’effort et au dépassement de soi, de sorte aussi, pourquoi ne pas le dire, que ceux qui n’ont pas envie de travailler ne puissent pas empêcher ceux qui veulent étudier de le faire. Je propose d’en finir avec le passage en 6e d’enfants qui ne savent ni lire ni écrire, car c'est les condamner à un échec certain. Je propose d’en finir avec le passage automatique dans la classe supérieure jusqu’en 3e des élèves qui n’arrivent pas à suivre, car c'est les condamner à en faire des exclus au sein de notre école républicaine. Je propose que lorsque les handicaps sont trop lourds on organise des classes de 15 élèves et que soient créés pour les bons élèves issus de familles modestes des internats d’excellence, pour que chacun ait la chance de bénéficier d'un environnement favorable. Je propose d’en finir avec l’abaissement du niveau du bac pour pouvoir le donner plus facilement à tout le monde. Je propose d’en finir avec l’obligation pour l’université d’accueillir des étudiants qui ne sont pas suffisamment préparés aux études supérieures, au point que les deux tiers d'entre eux abandonnent avant la fin de la deuxième année. A l'amertume s'ajoute la perte de temps. Je propose que l’Université reçoive davantage de moyens mais qu’elle soit plus autonome, plus proche du monde de l’entreprise, plus impliquée dans la recherche, qu'elle puisse réguler l’accès à certaines filières dont les débouchés sont faibles, pour qu’enfin tant d’étudiants ne se retrouvent plus engagés dans des voies sans issues. Je propose de construire ensemble un projet éducatif qui aura pour finalité de faciliter le passage de la jeunesse à l’âge adulte, non de le retarder. Je veux construire une école qui donne envie d’apprendre. Je veux construire une école qui renoue avec une conception exigeante de la culture et du savoir. Je veux construire une école capable d'être le creuset d’une culture commune. Chacun est libre de mettre ce qu’il veut dans le mot « culture », libre de trouver son plaisir où il l'entend. Je n’ai jamais partagé l’idée selon laquelle la culture populaire serait une sous-culture, la chanson serait un art mineur, et la valeur d’une œuvre d’autant plus grande qu’elle serait ésotérique et confidentielle. Chaque génération invente des formes de pensée, d’art et de culture, des idéaux, des manières de vivre qui lui sont propres. Vous êtes en train d’inventer les vôtres.

Vous êtes la génération de la communication et des marques. Vous êtes la génération d’internet, du portable, du rap et de la techno. Nul ne refera le monde d’avant les SMS, les blogs et les jeux vidéo. Nul ne refera le monde d’avant la société de consommation, d’avant la globalisation. Mais il faut s’entendre sur le rôle de l’école. L’école n’est pas faite pour apprendre aux jeunes à être jeunes. L’école est là pour vous donner les moyens de penser par vous-même, pour vous mettre en contact avec les plus grandes œuvres de l’esprit, pour vous apprendre à faire la différence entre Madame Bovary et un compte-rendu de fait-divers dans un journal, entre Antigone et Harry Potter. Après, vous lirez ce que vous voudrez. La démocratisation de la culture c’est se donner les moyens de faire comprendre et aimer Sophocle, Shakespeare ou Racine au plus grand nombre. Ce n’est pas supprimer Sophocle, Shakespeare ou Racine des programmes pour qu’un plus grand nombre d’élèves puisse suivre plus facilement. Ce n’est pas alléger le programme de mathématiques pour faciliter la vie de ceux qui doivent faire un effort. C’est faire aimer et comprendre les mathématiques même à ceux qu’elles rebutent. La démocratisation de la culture c’est qu’un nombre de plus en plus grand de jeunes s’engage dans la vie avec dans la tête des notions de science et d’humanité qui leur permettront de se comprendre et de comprendre le monde. C’est qu’un nombre de plus en plus grand de jeunes affrontent l’existence avec l’esprit ouvert pour accueillir toute la beauté du monde et les moyens d’exprimer ce qu’ils éprouvent.

Les maîtres qui ont enseigné à ma génération nous ont fait un cadeau dont alors nous n’imaginions pas le prix en nous faisant réciter les fables de La Fontaine et quelques vers de Verlaine ou de Victor Hugo. C’est le drame d’une partie de la jeunesse actuelle de n’avoir pour s’exprimer que la violence ou le repli sur soi parce qu’on ne lui a pas donné la culture. Vous ne perdrez jamais votre temps avec les grandes œuvres de l’esprit. Elles auront toujours quelque chose à vous inspirer. Vous ne perdrez jamais votre temps avec les peintres, les poètes et les musiciens parce que les peintres, les poètes et les musiciens vous feront voir la beauté des choses. Ils vous apprendront à exprimer l’indicible. Vous ne perdrez jamais votre temps avec les savants et les philosophes. Ils vous apprendront à chercher votre vérité. Mais je veux construire une école qui n’opposera pas le corps et l’esprit et qui ne confondra pas le sport avec l’éducation physique. Je veux construire une école où le sport sera considéré comme une discipline fondamentale parce que le sport est une morale de l’effort et une éthique. Parce que le sport c’est le dépassement de soi et le respect des autres. Je veux construire une école où la culture technique sera partie intégrante de la culture générale et qui fera découvrir aux élèves les cultures et les métiers de l’artisanat pour que chacun puisse choisir sa voie en fonction de ses goûts et pas seulement à travers la sélection par l’échec. Je veux que l’apprentissage soit une vocation et non un pis aller. Au fond je veux que l’apprentissage devienne une filière d'excellence

Vous voulez trouver un emploi ! C'est une juste revendication. Et ma plus grande ambition c'est que dans 5 ans le taux de chômage soit tombé dans notre pays à 5 %. Vous voulez vivre de votre travail ! Ce doit être un droit pour chacun.

Alors je vous propose de relever le défi du chômage de la seule façon possible, en revalorisant le travail parce que c’est le travail qui crée le travail. Je vous propose de moins taxer le travail pour enrichir le contenu en emploi de la croissance. Je vous propose de gagner plus si vous travaillez plus. Je vous propose de ne plus payer aucun impôt ni aucune charge sur les heures supplémentaires. Je vous propose d’encourager l’embauche en sécurisant les parcours professionnels plutôt que les emplois, c'est-à-dire en faisant en sorte que chacun ait un emploi, tout en acceptant que l'emploi change. Je vous propose de remplacer la logique du partage par celle de la croissance, car il faut créer la richesse avant de la distribuer. Je vous propose de relever le défi de la société de la connaissance. Dans la société de la connaissance c’est la formation qui fait la compétitivité. Dans la société de la connaissance c’est le capital humain qui fait la croissance. Dans la société de la connaissance on ne peut pas s’arrêter d’apprendre. Dans la société de la connaissance on ne peut pas vivre sur ses acquis. Dans la société de la connaissance l’inégalité d’accès au savoir est la pire des inégalités. Dans la société de la connaissance l’égalité des chances c’est donner à chacun tout au long de sa vie l’accès au savoir.

Le deuxième droit nouveau que je vous propose, c’est le droit à l’éducation et à la formation tout au long de la vie.

Je vous propose non un nouveau droit pour la jeunesse, mais un droit pour tous grâce auquel la jeunesse d’aujourd’hui pourra construire le monde de demain. Je propose que soit reconnu à chacun un droit à l’éducation et à la formation, que chacun reçoive un compte épargne formation c'est-à-dire un capital initial de formation par exemple de 20 années qui s’épuisera au fur et à mesure des années d’études et qui se reconstituera au fur et à mesure que les années d’activité professionnelle amèneront de nouveaux droits. Je propose que ces droits soient librement transférables, qu’ils soient applicables à tous les types de formation qu’elles soient intellectuelles ou professionnelles, sous forme scolaire, sous forme de stages ou en alternance. Je propose qu'en même temps que seront améliorées les bourses et les facilités de logement des étudiants, l'on crée pour eux un système de prêt à taux zéro garanti par l'Etat. Il s’agit d’opérer une véritable révolution culturelle. Il s’agit de changer les mentalités et les comportements. Il s’agit de passer entre la société et les jeunes qui veulent étudier, qui veulent se former, un contrat qui comporte des droits et des devoirs. Le droit à la formation tout au long de la vie va du reste obliger toute la société à une réflexion en profondeur sur l'autonomie de la jeunesse étudiante.

Il faut que soit reconnu un véritable droit à la deuxième chance. C’est le troisième droit nouveau que je vous propose. Je propose que soient étendues et multipliées les formules comme le Conservatoire National des Arts et Métiers ou la capacité en droit qui permettent à n’importe quel âge de poursuivre les études supérieures sans le bac. Je propose que le compte épargne formation comporte un volet qui soit un capital deuxième chance. Je propose que soit développé sur une grande échelle le système de l’école de la deuxième chance. Marseille a créé avec succès la première d’entre elles. Le moment est venu de tirer les leçons de cette expérience réussie et de la généraliser avec le soutien de l’Etat. L’objectif devrait être de créer au moins une école de la deuxième chance par département en cinq ans et une par bassin de 100 000 habitants en dix ans.

Le quatrième droit nouveau que je vous propose, c’est le droit à la première expérience professionnelle.

Je propose que chaque jeune puisse utiliser son droit à formation pendant les six premiers mois de sa première expérience professionnelle. Je propose que le service civique obligatoire contribue à rendre effectif ce droit à la première expérience pour tous. Ce droit aura pour contrepartie le devoir pour la société en particulier pour l’Etat, les collectivités locales, les associations qui reçoivent de l’argent public et les entreprises qui bénéficient de la commande publique d’offrir une place à tous les jeunes qui veulent se confronter au monde du travail.

Le cinquième droit nouveau que je vous propose, c’est le droit à la création.

Vous voulez être des créateurs ! Je veux vous donner les moyens de réaliser vos projets parce qu’ils portent en eux le monde de demain. Je vous propose de construire une société de créateurs et d’entrepreneurs.

Je vous propose que chaque université soit dotée d’un dispositif d’aide à la création d’entreprise. Je vous propose que les projets à buts non lucratifs soient autant soutenus que les projets à buts lucratifs. Je vous propose que des écoles de projets vous aident à réaliser vos ambitions. Je vous propose de développer le micro crédit pour financer les micros projets. Je vous propose des prêts aux jeunes créateurs à taux zéro, parce que l’intérêt c’est le prix du temps, parce qu’un taux zéro c’est un acte de foi dans l’avenir. Malraux voulait créer partout des Maisons de la culture pour mettre la culture à la portée de chacun. Dans notre époque où c’est l’intelligence collective qui enfante l’avenir, où c’est le métissage des cultures et des idées, le mélange, le brassage qui est la principale force de création dans tous les domaines, je propose de créer partout des Maisons des créateurs où se retrouveront tous ceux qui aspirent à inventer, à créer, à entreprendre dans tous les domaines, où ils pourront trouver des soutiens, des conseils, des formations, des aides, mais aussi où ils échangeront, où ils croiseront leurs expériences, leurs idées, leurs projets, où ils formeront des projets communs, où ils inventeront ensemble l’avenir.

Vous voulez être citoyens du monde. Vous le serez par votre engagement dans le combat contre la dégradation de la planète. Il faut sauver la planète des conséquences d'une suractivité humaine. Chaque être raisonnable et responsable peut et doit partager ce constat. Car la Terre est menacée de mort lente par asphyxie, par épuisement des ressources, par disparition des espèces. Quand la moitié des forêts primitives ont déjà disparu de la surface du globe, quand les glaces du Groenland fondent, quand on prévoit que les émissions mondiales de gaz carbonique vont augmenter d’au moins 75 % dans les 25 ans à venir alors que la situation est déjà critique, vous sentez bien qu’on ne peut plus attendre. L’effet de serre, la pollution des océans, le pillage des ressources naturelles n’auront pas pour effets que le changement climatique, la désertification, l’appauvrissement de la biodiversité, la dégradation de la santé ou la mise en péril de la vie des plus fragiles comme ce fut le cas lors de la canicule il y a 3 ans. Les guerres de la faim et les guerres de l’eau qui menacent le monde à venir pourraient bien être les plus terribles que l’humanité ait connues parce que ce seront des guerres désespérées. Pour éviter demain une société de privation, il nous faut organiser aujourd’hui une société de modération. Vous sentez bien que le problème de l’environnement n’est plus seulement désormais le problème de la qualité de la vie mais le problème de la vie tout court. Votre génération ne doit pas refaire les erreurs que nous avons faites. C’est à vous qu’il appartient en priorité de sauver l’avenir. C’est à vous qu’il appartient de faire la leçon aux générations précédentes et de faire triompher le point de vue de la vie. En matière d’environnement, ce sont les jeunes qui font l’éducation de leurs parents. Quand le tri sélectif réussit à s’imposer, c’est grâce aux enfants. Quand il s’agit de sauver des espèces animales menacées de disparition ce sont les enfants qui poussent leurs parents à s’engager. Vous héritez d’un monde au bord de la catastrophe. Ce monde vous voulez le sauver parce qu’il est déjà le vôtre et parce qu’il sera celui de vos enfants et de vos petits-enfants. Mais personne ne sauvera la planète sans l’effort de chacun. Pour préserver l’avenir il faut cesser de préempter toutes les ressources des générations futures au profit des générations présentes. Il faut que chacun d’entre nous cesse de tirer des traites écologiques sur les générations à venir. Car cette dette a ceci de tragique qu’elle n’est pas remboursable. La vie détruite ne ressuscitera pas. L’équité entre les générations est une nécessité vitale et morale. Elle exige que chacun paye ce qu’il consomme. Elle exige que chaque génération supporte entièrement le coût des décisions qu’elle prend.

Vous voulez sauver la planète et vous avez raison ! Vous ne la sauverez pas avec les idéologues du retour à la nature. Vous ne la sauverez pas en reniant l’économie, la science et le progrès mais en les mettant au service d’un développement durable. Le développement durable ce n’est pas la fin du travail, c’est l’emploi durable. Ce n’est pas la croissance zéro, c’est la croissance durable. Ce n’est pas le rejet de la technique, c’est la technologie propre. Ce n’est pas l’abolition du marché, c’est le principe pollueur-payeur. Ce n’est pas la frilosité, c’est la responsabilité. Tous les partis ont failli. Nous avons tous failli. Il est temps de réagir. Je vous propose d’accomplir ensemble quatre révolutions. La première, c’est que le libre-échange ne puisse pas s’affranchir de la responsabilité écologique. Je propose que la France défende l’idée qu’à côté du droit international du commerce qui veille au respect du libre échange il doit exister avec la même force juridique un droit international de l’environnement, un droit international du travail, un droit international de la culture et de l’éducation ou encore de la santé, de sorte que la logique marchande ne soit pas la seule à prévaloir et que la loi de la concurrence et du profit ne soit pas la seule loi du monde. Chacun de ces droits doit avoir sa juridiction, et chacune doit avoir l’obligation de soumettre aux autres sous forme de question préjudicielle les questions qui ne relèvent pas de sa compétence. En attendant, la France, pour elle-même, doit donner l’exemple au monde.

La deuxième révolution que je vous propose, c’est de faire du développement durable le critère de toutes nos politiques publiques. En changeant nos modes de décision, de production, de transport. En mettant des objectifs environnementaux dans la politique de la commande publique. En consacrant deux jours du service civique obligatoire à expliquer le développement durable à tous les jeunes. En investissant massivement dans la recherche et le développement des énergies renouvelables en des énergies nouvelles. En investissant dans le nucléaire qui ne produit pas de gaz à effet de serre.

La troisième révolution que je vous propose, c’est de réformer en profondeur notre fiscalité. Puisque la délocalisation de l’emploi oblige à chercher des alternatives à la taxation du travail, je propose que l’on se décide enfin à substituer en partie la taxation des pollutions, en particulier de l’énergie à effet de serre, à la taxation du travail. Je vous propose enfin, et c’est la quatrième révolution, qu’en matière d’environnement la responsabilité des personnes morales ne soit plus limitée mais illimitée de sorte que chaque maison-mère soit pleinement engagée par le comportement écologique de ses filiales.

Il faudra aussi que la démocratie progresse. Ce sont les régimes les plus antidémocratiques qui ont été responsables de la plupart des grandes catastrophes écologiques du siècle dernier. Il n’y a pas de place pour le débat sur l’environnement dans les dictatures. Il faudra surtout que le problème du sous-développement soit résolu. Il est bien difficile de se projeter dans le futur quand on meurt de faim. Mais on ne résoudra pas le problème du sous-développement seulement par la compassion et la charité. On ne le résoudra pas non plus en développant les uns au détriment des autres. On ne nourrira pas le Tiers Monde en détruisant l’agriculture européenne mais en assurant l’autosuffisance alimentaire de chaque région du monde. On ne sauvera pas la planète en faisant du Tiers Monde la poubelle industrielle de l’Occident. Le vrai défi c’est celui du co-développement.

Je vous propose que le service civique offre la possibilité à toute la jeunesse qui le souhaite de s’engager dans les grandes causes humanitaires du monde et dans le co-développement.

Ce qui est sûr c’est que ce monde qui change a besoin d’un nouvel humanisme. Ce nouvel humanisme nous allons contribuer à le construire ensemble. Il ne peut pas avoir seulement pour but de rendre supportable à l’homme moderne sa condition tragique. Il ne peut pas être seulement une forme de consolation. Il ne peut pas être non plus une forme réactualisée du remords. Et encore moins de la bonne conscience. Mais il doit être ce par quoi nous allons pouvoir repenser le monde en termes de liberté et de volonté, ce par quoi nous allons penser l’avenir non en termes de précaution mais de responsabilité, ce par quoi nous allons penser notre rapport aux autres non en termes de charité mais de fraternité. Au fond c'est cela la noblesse de la politique : porter le débat démocratique vers le plus haut et tourner le dos à tout ce qui le rabaisse, le rapetisse, l'avilit.

Mais vous ne serez pas d’autant plus citoyens du monde que vous serez moins citoyens français. Vous serez d’autant plus citoyens du monde que vous serez davantage citoyens en France. C’est la fierté d’être Français qui rendra à la jeunesse française la force d’écrire sa propre histoire. C’est elle qui portera l’élan collectif par lequel vous redeviendrez capables de transformer le monde. La France est votre pays, c'est votre nation, c'est votre patrie et vous n’en avez pas d’autre, même si vos parents ou vos grands-parents sont venus d’ailleurs. Haïr la France c’est se haïr soi-même. Manquer de respect à la France c'est perdre sa dignité. Ne pas aimer la France quand on est Français c'est se renier soi-même. Aimez la France ! Elle le mérite. Donnez-vous les moyens de la transformer si vous trouvez qu’elle n’est pas à la hauteur de l’idée que vous vous faites d'elle. Prenez vos responsabilités, mobilisez-vous, agissez pour l’élever jusqu’à l’idéal que vous souhaitez la voir incarner. Battez-vous pour construire, non pour détruire. On ne change pas le monde en brûlant la voiture du voisin, en renversant la table, en insultant son professeur. C'est une lâcheté qui finit par devenir une complicité, que celle qui consiste à excuser l'inexcusable. Je n'ai pas l'intention de me taire devant des comportements inacceptables. La France est à vous. Elle est votre héritage. Votre bien commun. Ne lui demandez pas d’expier ses fautes. Ne demandez pas aux enfants de se repentir des fautes des pères. Ne réécrivez pas l’histoire et ne jugez pas le passé avec le regard du présent. Après la guerre De Gaulle n’a pas dit à Adenauer : « expiez d’abord, nous verrons après ». Il lui a dit : « De tant de sang et de larmes, rien ne doit être oublié mais, chacune renonçant à dominer l’autre, la France et l’Allemagne ont discerné ensemble quel était intérêt commun ». Et à la jeunesse allemande il n’a pas dit : « vous êtes coupable des crimes de vos pères ». Il lui a dit : « je vous félicite d’être de jeunes Allemands, c’est-à-dire les enfants d’un grand peuple qui parfois, au cours de son histoire, a commis de grandes fautes ». Je ne vous propose pas l’oubli des origines, le reniement de soi, l’uniformité. Je vous propose de prendre en partage un extraordinaire héritage de langue, de pensée, d’histoire, d’art, de science, de musique, de mœurs et de le faire fructifier. Ce que je vous propose c’est quelque chose en plus, pas quelque chose en moins. Ce que je vous propose c’est de retrouver les raisons d’être fiers d’appartenir à un grand peuple qui a quelquefois commis des fautes… Ce que je vous propose, c’est d'apporter votre pierre à cette culture commune qui se définit elle-même non comme un particularisme mais comme l’héritière de la raison universelle et de toutes les civilisations qui ont apporté quelque chose à l’idée d’humanité. Une culture qui depuis des siècles oppose l’universalité de ses principes au déterminisme des généalogies et des racines, ne devrait avoir aucun mal à s’accommoder d’identités multiples pourvue que la volonté de participer à une communauté de destin et de pensée soit réelle. Et si vous doutez alors écoutez, jeunes de France ce que disait Senghor le poète de la négritude : «Nous, politiques noirs, écrivains noirs, nous nous sentons, pour le moins, aussi libres à l’intérieur du Français que dans nos langues maternelles. Plus libres, en vérité, puisque la liberté se mesure à la force de création». Les enfants des Etats-Unis, qui sont une nation d’immigrés, écoutent l’hymne américain et saluent la bannière étoilée la main sur le cœur. Pourquoi les jeunes Français ne devraient-ils être fiers de leur pays que lorsque l’équipe de France marque des buts ? Chanter la Marseillaise n'est pas ringard. S'émouvoir devant le drapeau tricolore n'est pas démodé. Aimer sa patrie n'est pas dépassé. Je ne vous propose pas de défendre une exception française qui voudrait rester à l’écart des changements du monde. Nous ne sauverons pas le français face à l’anglais en interdisant à nos enfants d’apprendre l’anglais mais en leur faisant apprendre une troisième langue et en exigeant de tous nos partenaires que dans leurs trois langues il y ait le français. Nous ne retiendrons pas la jeunesse en essayant de l’empêcher de partir mais en la faisant voyager et en lui offrant la possibilité de réaliser ses rêves ici ou ailleurs. Je vous propose d’inventer un nouveau modèle français.

A la jeunesse qui a voté non à la constitution européenne malgré le formidable travail de préparation du Président Giscard d'Estaing, je veux dire : L’Europe est votre avenir parce que l'Europe est un projet de paix et de civilisation. L'Europe ne doit pas rester la propriété des spécialistes. Je vous propose de construire une Europe où les peuples se reconnaîtront dans les décisions qui sont prises en leur nom. Je ne veux pas d'une Europe condamnée à devenir une simple zone de libre-échange, je veux rester fidèle au projet d'Europe politique des pères fondateurs. Je vous propose une Europe qui se dotera de frontières car tous les pays n'ont pas vocation à intégrer l'Union. Une Europe qui ne craindra pas d'affirmer sa volonté d'établir une préférence communautaire. Au fond ce que je veux pour vous c'est une Europe qui soit une puissance pas une virtualité. L’Europe ne doit pas subir. L'Europe doit agir. L’Europe a besoin d’un souffle nouveau, d’une vision neuve de son avenir. L’idéal européen agonise ? Eh bien, ressuscitons-le ! Parce que s’il meurt, c'est l’humanisme européen qui mourra aussi. L’homme européen, l’idée qu’il se fait de la dignité humaine, son attachement à la liberté de l’esprit, ses valeurs spirituelles seront alors menacées de disparaître parce qu’aucune nation européenne ne sera par elle-même assez forte pour les opposer valablement à l’uniformisation du monde et pour faire entendre sa voix avec assez de force dans le dialogue des cultures. Malraux avait raison : « l’Europe ne sera pas un héritage, ce sera une volonté ou la mort ». Cette volonté, s’il doit y en avoir une ce doit être la vôtre.

Jeunes d’aujourd’hui on vous dit que les jeunes d’hier étaient heureux et que vous seriez condamnés au malheur. Mais souvenez-vous, elle n’allait pas très bien la jeunesse française en 1815, en 1918, ou en 1940. On dit que les jeunes sont égoïstes et qu’avant vous la jeunesse était généreuse. Mais jamais jeunesse ne s’est montrée aussi concernée par les grands problèmes humanitaires, jamais autant de jeunes ne se sont sentis aussi concernés par les grandes causes du monde qu'aujourd'hui. On dit que les jeunes n'ont pas de conscience politique. Mais la jeunesse étudiante de 68 qui célébrait Mao et Castro, tyrans du monde, en avait-elle davantage ? On dit que les jeunes d'aujourd'hui ont peu de culture. Mais jamais autant de jeunes ne sont allés aussi longtemps à l’école. Jamais jeunesse n’a su autant de choses que ses parents ne savaient pas. A qui la faute si pour une grande partie de la jeunesse la transmission s’est arrêtée ? On dit que les jeunes ont perdu leur âme. Mais jamais depuis des siècles la quête spirituelle pour autant de jeunes n’a été aussi intense et jamais jeunesse n’a exprimé autant d’exigence morale. Jean Paul II était et restera une référence pour la jeunesse du monde. Parce que sans complaisance, sans hypocrisie, sans lâcheté il a su lui parler. On dit que les jeunes sont blasés et désenchantés. Mais qui le dit ? Ceux qui empêchent de croire, de rêver, d’imaginer, empêtrés qu'ils sont dans une aigreur désabusée. Ne vous laissez pas décourager. Ne vous laissez pas dévaloriser. Ne vous avouez pas vaincus. Jeunes d’aujourd’hui vous êtes semblable à toutes les jeunesses d’hier. Comme elles vous aspirez à un monde meilleur. Comme elles vous avez soif d’absolu. Comme elles vous portez en vous le ferment des révolutions à venir. Comme elles ont pleuré leurs premières amours, vous pleurerez à votre tour. Et ces blessures intimes vous feront grandir. Comme elles ont vécu l’angoisse de partir vers leur propre destinée, vous la vivrez à votre tour. Jeunes de France ce qu’ont fait vos parents vous pouvez le faire aussi. Jamais le monde n'a donné à sa jeunesse autant d'opportunités. Ce qu’ont accompli les hommes de la Renaissance à partir du jour où ils se sont mis à croire que tout était possible, vous pouvez l’accomplir aussi. Comme la jeunesse de la révolution a balayé le vieux monde, comme la jeunesse de la Résistance a mis un terme à la guerre civile européenne. Comme la jeunesse tchèque a pris sa revanche sur le printemps de Prague. Comme un jour la jeunesse chinoise finira par effacer Tien-An-Men, vous changerez le monde si vous ne laissez personne vous voler vos rêves.

Tout est possible. Tout est possible si on le veut. Et ici à Marseille je suis venu vous dire que nous le voulons plus qu'ailleurs. Plus que jamais. Plus que quiconque ne l'a jamais voulu !

Thursday, August 31 2006

Sud-Liban : la France ne pouvait pas se défausser

Par Nicolas Sarkozy, président de l’UMP Tribune parue dans Le Figaro du 30 août 2006

Jeudi dernier, le Président de la République Jacques Chirac a annoncé solennellement la décision de la France de prendre pleinement ses responsabilités dans l'établissement de la paix au Sud-Liban.

J'approuve pleinement l'orientation fixée par le Président, et je considère qu'il s'agit là d'un des axes essentiels de la politique étrangère de la France qu'il nous faudra maintenir au-delà des échéances électorales de l'année prochaine.

Quel était en effet l'enjeu de cette décision ?

Chacun le sait, une longue histoire d'amitié et de fraternité unit notre peuple au peuple libanais. La France, qui est à l'origine de la naissance du Liban moderne au lendemain de la 1ère guerre mondiale, garde une responsabilité particulière à son égard. Or ce pays, ami de la France avec lequel nous avons des liens anciens, à la fois culturels, linguistiques, religieux et économiques, a payé dans sa chair depuis quatre décennies les contrecoups des guerres israélo-arabes et du conflit israélo-palestinien. Bombardé par les uns, longtemps occupé par les autres, il vient de subir à nouveau cet été le coût terrible d'une guerre provoquée par des Etats tiers, relayée par des milices radicales.

Pouvions-nous laisser ce pays continuer à subir la destruction de ses infrastructures et les victimes en grand nombre dans sa population civile ? La réponse est bien évidemment non, et la France a joué comme elle le devait un rôle majeur dans l'imposition d'un cessez-le-feu en prenant la tête des pressions exercées par la communauté internationale.

Il n'y a pas de politique étrangère sans morale. Et il est bien que la France ait su porter haut les principes qui sont les siens. Mais pouvions-nous, une fois le cessez-le-feu obtenu, laisser les choses en l'état avec la certitude à plus ou moins court terme, de voir reprendre les hostilités : tirs de missile des milices d'un côté et représailles d'Israël de l'autre. La réponse est évidemment non. Le renoncement et le cynisme ne sauraient être la marque de notre politique étrangère. D'autant qu'au-delà des principes, il y a également les intérêts de la France en tant que puissance majeure à l'échelle du monde, soucieuse de la paix en Europe et dans sa périphérie, c'est-à-dire au Moyen-Orient. La réalité, c'est aussi les conséquences que ne manquerait d'avoir sur la paix en Europe et dans le monde, la persistance d'un affrontement direct entre Israël et l'Iran, lequel s'est désormais invité en première ligne du conflit israélo-arabe.

En somme, la France, en raison de ses liens anciens avec le Liban et Israël, de son rôle de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, mais également aussi en raison du risque encouru pour la paix au Moyen-Orient et dans le monde ne pouvait pas choisir l'inertie ou l'abstention, et simplement renoncer à ses responsabilités de grande puissance. Il fallait donc que nous prenions toute notre place dans le rétablissement de la paix dans cette région. C'est ce que le Président de la République vient d'annoncer et je m'en félicite.

Chacun comprend aujourd'hui que le gouvernement libanais seul ne pourra pas obtenir la démilitarisation des milices, donc le retrait des soldats israéliens, et qu'il appartient dès lors à la communauté internationale d'épauler le peuple libanais pour la reconquête de sa souveraineté au sud du pays.

Mais fallait-il alors annoncer d'entrée de jeu, la participation militaire de la France à une nouvelle action de l'ONU, sans prendre le temps de garantir que les conditions soient réunies pour le succès de cette mission ?

Certains à l'étranger, mais également en France, hélas n'ont pas manqué de critiquer les uns, la "frilosité", les autres, les "atermoiements" de la diplomatie française. Mais comment ne pas voir que la sagesse et la prudence exigeaient, avant d'engager la vie de nos soldats, que nous ayons pleinement obtenu de l'ONU et des principaux acteurs concernés les garanties nécessaires quant à la mission de cette nouvelle force onusienne, quant aux conditions d'engagement des soldats et au fonctionnement de la chaîne de commandement entre le siège des Nations Unies à New-York, les capitales des pays contributeurs, et surtout les forces déployées sur le terrain.

Bien sûr, compte tenu de l'extrême difficulté libanais et du conflit régional, aucune de ces garanties ne sera jamais parfaite. Mais l’essentiel de ces conditions a été réuni à l’insistance de la France, et nous éviterons – du moins je l’espère – de renouveler les erreurs de passé. Parmi celles-ci, je pense notamment à l’intervention, au nom d’un concept humanitaire, généreux mais flou, de nos soldats en Bosnie avant 1995, où quatre-vingt de nos soldats avaient perdu la vie alors que ni la mission, ni les conditions d’engagement n’avaient été préalablement fixées. Je rappelle que c’est le recadrage de cette mission sous l’impulsion de Jacques Chirac et de John Major en juin 1995 qui avait permis de mettre fin au conflit et d’ouvrir la voie aux accords de Dayton. Engager nos armées sous drapeau de l’ONU, de l’Europe, voire de l’Alliance pour des missions de paix ou de reconstruction est digne du rôle que la France doit avoir dans le monde, mais à la double condition de définir pleinement la mission et les modalités d’action de nos soldats sur le terrain.

Pour autant, je mesure toute la difficulté de cette nouvelle mission au Liban, tous les risques aussi qui sont devant nous, et auxquels devront faire face nos soldats et je veux leur rendre hommage. Tout le monde garde en mémoire les attentats perpétrés il y a 23 ans au Liban contre les soldats américains – 250 morts – et les soldats français de Drakkar, 59 victimes. Là encore avec beaucoup de sagesse le Président de la République a fixé une clause de rendez-vous dans six mois pour faire le point du déroulé de l’opération. Il est important que l’ensemble de la classe politique et notre peuple tout entier soient unis en soutien à la mission de paix que la France s’est engagée à entreprendre.

Aider l’armée libanaise à reprendre le contrôle du Sud-Liban, aider le gouvernement libanais à obtenir le désarmement du Hezbollah ne sera pas une mince affaire. Certains diront que nous n’avons rien à faire dans cette entreprise, que mettre le doigt dans l’engrenage nous engagera à être pris dans une guerre qui n’est pas la nôtre.

A ceux là je voudrais dire : quelle est alors l’alternative ? Faut-il que la France abandonne le Liban, qu’elle le laisse se transformer en un avant-poste du chiisme radical, qui à terme déstabilisera l’ensemble du monde arabe ? Fallait-il que nous acceptions l’idée de ne plus peser sur les destinées du Proche-Orient, dont chacun pour autant voit bien qu'elles engagent la sécurité des Européens et de tous les Français.

Parce que je ne me résigne pas, parce que j'ai moi aussi une certaine idée du rayonnement de notre pays, parce que j'ai conscience du poids de la France, non seulement au Liban, mais dans l'ensemble du monde arabe, parce que je veux aussi que la France soit pleinement engagée dans la sécurité d'Israël, je considère que la France ne pouvait pas se défausser devant une telle mission, malgré tous ces risques et toutes ces difficultés.

L'ambition, mais également la morale et la paix sont au cœur du projet qui est le mien pour le rayonnement de la France dans le monde. Il est indispensable que le peuple de France tout entier soutienne la mission de nos soldats au Liban.

Monday, August 21 2006

A la recherche du ségolisme…

Roger KAROUTCHI, Sénateur des Hauts-de-Seine, secrétaire national de l'UMP, dénonce "une opération de séduction sans proposition" de Ségolène Royal.

Ségolène Royal a réussi un tour de force : elle fusionne la Pythie de Delphes dont les propos, énigmatiques, étaient interprétés par chacun comme il le souhaitait, et Alice qui s’émerveille de l’engouement qu’elle suscite, en se demandant visiblement si sa simple apparition miraculeuse, pour une gauche moribonde, suffit, ou s’il faut vraiment qu’elle dise quelque chose.

Sur l’immigration, elle condamne les expulsions… est-elle favorable à une régularisation massive ? à des expulsions sélectives ? Là-dessus c’est la Pythie de Delphes avec un zeste d’hypoPythie….

Sur la valeur travail, que fera-t-elle des 35 heures ? de l’ouverture du dimanche ? du dialogue social ?... Pythie de Delphes à nouveau…

Sur la sécurité ou les jeunes ? Alice au pays des merveilles avec des propos lénifiants mais elle a voté contre les crédits au Parlement, et semble défendre une conception passéiste de la société et de la famille.

Alors le ségolisme ? Pour le moment une opération de séduction sans proposition, une absence volontaire de vrai projet pour ne froisser personne… On croyait que le Parti Socialiste était d’abord un fourmillement d’idées… en ce moment c’est plutôt Forrest Gump.

Wednesday, August 16 2006

Interview de Nicolas SARKOZY au Journal de 20H00 sur FRANCE 2

Des régularisations au cas par cas pour une intégration réussie



CAROLE GAESSLER Nicolas SARKOZY bonsoir, merci d’être avec nous.

NICOLAS SARKOZY Bonsoir, merci de m’avoir invité.

CAROLE GAESSLER Un mot sur cette situation au Liban. Pour vous, quelle doit être la position de la France, l’importance de la France dans cette force internationale ?

NICOLAS SARKOZY La France a beaucoup travaillé pour la paix au Liban. Je veux saluer l’action du président de la République. Qu’est-ce que voulait la France ? D’abord, qu’on arrête… que les ministres du Hezbollah arrêtent d’envoyer des missiles et des roquettes sur Israël. Le droit à la sécurité pour Israël c’est quelque chose sur laquelle on ne peut pas transiger. La France voulait également et dans les mêmes conditions, l’indépendance du Liban. Le Liban qui a tellement souffert et qui doit être débarrassé de toutes les influences étrangères. La France voulait un accord politique entre les différentes, parce qu’on n’envoie pas une force internationale s’il n’y a pas d’accord politique. Cet accord semble être conclu. Et la France, ensuite, voulait une force d’interposition à laquelle, moi, je souhaite qu’elle puisse participer – la France – à cette force d’interposition.

CAROLE GAESSLER Le commandement, notamment…

NICOLAS SARKOZY Il appartiendra au président de la République de dire combien d’hommes et dans quelles conditions. Mais aujourd’hui, on ne peut qu’être satisfait de voir enfin un espoir renaître dans cette région du monde. Ca ne veut pas dire que tout est réglé. Ca ne veut pas dire qu’on ne danse pas sur un volcan. Ca veut dire simplement que la France a fait tous ces efforts pour que de chaque côté on comprenne qu’il n’y avait d’espérance que dans la diplomatie, que dans la discussion et que dans le compromis.

CAROLE GAESSLER Alors vous restez avec nous, puisqu’on va évoquer la question de la menace terroriste après le complot déjoué jeudi dernier en Grande Bretagne. On regarde tout de suite ces images de l’aéroport d’Heathrow toujours perturbé, British Airways a encore annulé plusieurs dizaines de vols aujourd’hui ; la sécurité reste draconienne même si le niveau d’alerte a été baissé hier. Dans le cadre de l’enquête on apprend qu’un nouveau suspect vient d’être arrêté par la police britannique. Alors demain vous allez participer à Londres, à une réunion sur la sécurité antiterroriste, vous partez dans quelques instants. Vous venez, il y a quelques heures, de faire le point Place Beauvau. Aujourd’hui, quel est l’état de la menace terroriste sur la France ?

NICOLAS SARKOZY La menace terroriste sur la France – je dois mesurer mon vocabulaire mais il doit être précis et compris – la menace terroriste sur la France est élevée et permanente. Les deux mots…

CAROLE GAESSLER Plus élevée…

NICOLAS SARKOZY Les deux mots ont un sens, elle est élevée et elle est permanente et s’agissant de ce qui s’est passé en Grande Bretagne, les services spécialisés de la lutte antiterroriste française prennent ce qui s’est passé en Grande Bretagne avec le plus grand sérieux. Nos amis anglais nous ont communiqué un certain nombre de renseignements précis et matériels, tout au long des différentes perquisitions, qui nous amènent à considérer que ceci, ce qui s’est passé ou ce qui aurait pu se passer, était une grande menace.

CAROLE GAESSLER Ampleur mondiale et préparation imminente.

NICOLAS SARKOZY Ampleur mondiale ? Je ne sais ! Préparation imminente ? C’est incontestable. Et des éléments concrets qui nous ont été communiqués nous ont amenés à renforcer nos mesures de précaution.

CAROLE GAESSLER Vous maintenez ces renforcements ?

NICOLAS SARKOZY Oui.

CAROLE GAESSLER Les fouilles notamment sur certaines destinations, Israël, les Etats Unis ?

NICOLAS SARKOZY Les fouilles à cent pour cent sur les destinations : Grande Bretagne, Amérique, Israël et je veux dire d’ailleurs à tous les passagers qui vont prendre des avions dans cette direction, que la décision que le gouvernement a prise d’interdire d’emporter dans son bagage à main – en cabine, comme l’ont dit – des bouteilles d’eau, de liquide, c’est pour leur sécurité. J’ai parfaitement conscience que ça va compliquer un certain nombre de voyages, que ça fait perdre du temps mais moi j’ai la responsabilité d’assurer la sécurité de nos compatriotes. Et tant que je ne sais pas exactement dans quelles conditions les attentats se préparaient, qui auraient pu faire usage d’explosifs, que nous ne connaissons pas, dans des récipients banalisés et que l’on peut amener en bagage à main, je préfère prendre des mesures de sécurité plus sévères, en accord ave le Premier ministre et le président de la République, plutôt que de prendre le moindre risque. La menace est élevée, elle est permanente ; il n’est absolument pas question de baisser la garde. Et c’est la raison pour laquelle, demain, j’aurai avec le ministre de l’Intérieur britannique, John REID et le ministre de l’Intérieur allemand, Monsieur SCHAUBLE, une réunion qui nous permettra de faire le point, d’échanger nos informations et si possible d’harmoniser la réponse à la menace terroriste.

CAROLE GAESSLER D’affiner. Alors, autre dossier sensible, c’est bien sûr le dossier des demandes de régularisations des familles sans papiers d’enfants scolarisés. Avant de faire un point sur le chiffre, on regarde ce reportage sur deux familles. L’une est soulagée, elle vient d’apprendre qu’elle sera régularisée ; l’autre déçue et inquiète, son dossier a été refusé. Et pourtant, elle pensait répondre à tous les critères de vote circulaire. // Reportage sur la régularisation des enfants scolarisés //

CAROLE GAESSLER Alors, on va faire le point précisément sur ces chiffres. Combien de demandes de régularisation avez-vous reçues en préfecture, à ce jour ?

NICOLAS SARKOZY Un peu moins de 30.000.

CAROLE GAESSLER Sur ces 30.000, combien seront régularisées ?

NICOLAS SARKOZY Les estimations dont je dispose me permettent de dire environ 6.000

CAROLE GAESSLER Mais estimations, c’est-à-dire… sur quoi vous vous fondez pour avancer ce chiffre de 6.000, que vous aviez déjà avancé en juillet ?

NICOLAS SARKOZY C’est très simple, dans votre reportage je n’accepte pas les mots qui ont été employés par cette dame. Il n’y a aucune traque aux enfants. La question qui est posée est assez simple : est-ce que la France a le droit de décider de qui peut venir sur son territoire ou de qui doit le quitter ? Un certain nombre d’associations font assaut de démagogie et, permettez-moi de le dire, d’irresponsabilité. Pourquoi ? parce qu’il ne suffit pas de rentrer en France pour avoir le droit d’être en France. Si on peut faire n’importe quoi, rentrer n’importe comment, alors ça veut dire que la France serait le seul pays au monde qui n’aurait pas le droit de décider de qui a le droit d’être sur son territoire. Dans l’exemple que vous avez montré, je ne comprends absolument pas cette situation. Si ce Monsieur dit qu’il a ses papiers et si c’est bien sa femme, et si c’est bien ses enfants, il y a une procédure qui s’appelle “ le regroupement familial ” qui est un droit…

CAROLE GAESSLER Il venait de se marier, donc c’était encore une situation…

NICOLAS SARKOZY Ah bon…

CAROLE GAESSLER Voilà… on a dit du cas par cas…

NICOLAS SARKOZY Permettez… non, non… Madame, excusez-moi, il faut être précis. On ne vient pas à la télévision pour dire : Regardez, je suis depuis dix ans en France, j’ai une femme et j’ai des enfants, on ne me donne pas de papiers. Ce n’est pas vrai.

CAROLE GAESSLER Mais justement, vous disiez que des cas particuliers…

NICOLAS SARKOZY Ce n’est pas vrai. Non, mais nous…

CAROLE GAESSLER On étudiera cas par cas…

NICOLAS SARKOZY Nous devons la vérité aux Français. Qu’est-ce qui s’est passé ? En 1997, le gouvernement de Lionel JOSPIN a pris une lourde responsabilité, il a régularisé 80.000 personnes… 80.000. C’est bien la preuve que la régularisation massive ne fait que compliquer le problème. A la suite de cette régularisation, Madame, le nombre de demandes d’asile a été multiplié par quatre ; on est passé de 20.000 par an à 80.000. Pourquoi ? Parce qu’on a envoyé un signal au monde entier que tout le monde pouvait venir en France.

CAROLE GAESSLER Nicolas…

NICOLAS SARKOZY Non… mais c’est très sérieux…

CAROLE GAESSLER Nicolas SARKOZY, laissez-moi juste savoir…

NICOLAS SARKOZY Mais je veux faire le point, moi et je veux expliquer que…

CAROLE GAESSLER Je comprends bien…

NICOLAS SARKOZY Expliquer que ces gens qui sont dans notre pays, sans papiers, sont le résultat d’une politique laxiste où on a laissé à penser que tout le monde pouvait venir en France…

CAROLE GAESSLER Comment…

NICOLAS SARKOZY Et je dois, moi, prendre les dossiers un par un… un par un… ce que nous avons fait. Et je voudrais d’ailleurs dire quelque chose de très important. Je veux rendre hommage au travail remarquable des employés des préfectures qui ont été insultés par des gens qui ne connaissent pas les dossiers…

CAROLE GAESSLER Monsieur…

NICOLAS SARKOZY Nous avons regardé les dossiers un par an…

CAROLE GAESSLER Justement…

NICOLAS SARKOZY Et ceux qui ont des attaches avec la France, on leur donne des papiers. Ceux qui n’ont pas d’attaches on les renvoie.

CAROLE GAESSLER Comment vous pouvez avancer le chiffre de 6.000 ?

NICOLAS SARKOZY Eh bien c’est très simple… c’est très simple Madame GAESSLER. Hier, nous avons décidé de renvoyer en Ukraine, une famille ukrainienne. Pourquoi ? Il se trouve que le père ne parlait pas un mot de français, pas un mot ; qu’il nous avait expliqué qu’il était menacé dans son pays ; nous avons mené une enquête très précise, il n’y avait aucune menace contre lui ; et ses enfants plus âgés avaient trois ans, donc on ne peut pas dire qu’ils étaient scolarisés puisque, comme vous le savez, la scolarisation à trois ans est facultative, puisqu’elle commence à six ans. Et j’estime que renvoyer en Ukraine des Ukrainiens n’a rien à voir avec la traque aux enfants.

CAROLE GAESSLER Alors là, ceux-là…

NICOLAS SARKOZY Ou alors il faut simplement me dire qu’avoir des papiers ou pas de papiers, c’est la même chose.

CAROLE GAESSLER Alors ceux-là ont été renvoyés ; Que vont devenir les autres qui n’auront pas de cartes de séjour ; Quel est le délai avant la rentrée ?

NICOLAS SARKOZY Alors, soyons précis et soyons clairs, ceux qui auront obtenu des papiers, eh bien ils auront le droit de rester en France. Ceux qui n’auront pas obtenu de papiers – je veux que les choses soient claires, je ne cèderai à aucune pression – ceux qui n’ont pas obtenu de papiers auront vocation à retourner dans leur pays.

CAROLE GAESSLER Dans quels délais ?

NICOLAS SARKOZY Alors, j’entends un certain nombre de gens qui disent : c’est de la déportation. C’est très choquant à l’endroit de tous ceux qui ont connu des membres de leur famille qui ont été déportés. Encore une fois, qu’un Ukrainien retourne en Ukraine ou qu’un Malien qui n’a pas de papier retourne au Mali, je ne vois pas en quoi ce n’est pas conforme aux principes de la République.

CAROLE GAESSLER Juste en un mot : dans quel délai ?

NICOLAS SARKOZY Dans quel délai ? Eh bien permettez-moi de vous dire qu’à partir du moment où on a une lettre de refus d’obtention de papier, parce que l’OFPRA ne vous a pas reconnu le statut de “ réfugié politique ” on a vocation à quitter la France. Et si on ne quitte pas la France, eh bien si dans un contrôle par des gendarmes ou par des policiers on est arrêté, on sera raccompagné chez soi. C’est la règle. Ca ne peut pas être la même chose, Madame GAESSLER, qu’on ait des papiers où qu’on n’ait pas de papiers. Enfin un dernier point que je voudrais dire : il faut quand même penser aux choses de façon la plus raisonnable et la plus responsable. Vous avez vu ce qui s’était passé dans les banlieues, on voit les difficultés du système d’intégration français. C’est le résultat de quoi ? D’une politique d’immigration qui n’a pas été maîtrisée. Notre objectif c’est d’avoir une politique d’immigration maîtrisée. Que ceux qui viennent en France puissent y avoir un logement et puissent avoir un métier. Et je trouve irresponsable qu’un certain nombre de parlementaires appellent à ne pas respecter une loi qu’ils ont par ailleurs eux-mêmes votée.

CAROLE GAESSLER Alors, on va parler de la rentrée politique, la précédente était sous le signe de la désunion entre Dominique de VILLEPIN et vous-mêmes. Celle de 2006, ce sera quoi ? L’union ou la désunion, notamment avec des sujets un peu délicats, comme le projet SUEZ / GDF ?

NICOLAS SARKOZY Que le sujet soit délicat c’est une certitude. J’ai indiqué mon accord à ce projet pour constituer un grand pôle énergétique français et en ce qui concerne ma responsabilité, je suis président d’une famille politique et ce n’est certainement pas à huit mois d’une échéance qu’il faut se diviser. Donc ça sera…

CAROLE GAESSLER Donc l’union.

NICOLAS SARKOZY Ca sera le rassemblement.

CAROLE GAESSLER Le rassemblement. Alors cet été on vous a beaucoup vu, on a aussi beaucoup vu Ségolène ROYAL, côte à côte, comme si le match était déjà engagé. Vous considérez que le match est déjà engagé ?

NICOLAS SARKOZY Eh bien écoutez, si on m’a beaucoup… peut-être que… vous m’avez invité, donc peut-être que vous ne m’aviez pas assez vu ; je ne sais pas quel match est engagé. En tout état de cause il y aura un grand débat dans huit mois en France. J’ai l’intention de participer de toutes mes forces à ce grand débat ; on verra à quelle place. Et voyez-vous, je pense que la démocratie souffre beaucoup de l’absence de débats. Il faut confronter les idées. On a parlé de l’immigration, c’est un grand sujet. Mais que ceux qui sont pour la régularisation de tout le monde le disent aux Français. Moi, je ne suis pas “ pour ”. Et que le débat ait lieu et que les Français choisissent en toute clarté. Voilà ce qu’est la politique.

CAROLE GAESSLER Merci Nicolas SARKOZY.

NICOLAS SARKOZY Je vous remercie.

Thursday, August 3 2006

Séance de dédicace de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy dédicacera son livre « Témoignage », paru aux Editions XO, le jeudi 3 août, à partir de 18h15, à la Librairie Générale, 49 cours Lamarque de Plaisance à Arcachon.

Tuesday, August 1 2006

Le livre « Témoignage » n° 1 des ventes

Pour sa première semaine de parution, le livre de Nicolas Sarkozy est n° 1 des ventes dans tous les classements de best-sellers (essais et documents).

- Palmarès L'Express-RTL (Tite Live) du 17 au 23 juillet 2006

- Meilleurs ventes FNAC-Le Point du 17 au 23 juillet 2006

- Classement IPSOS-Livres Hebdo-Le Nouvel Observateur du 17 au 23 juillet 2006

Le livre de Nicolas Sarkozy

Friday, July 28 2006

Nicolas Sarkozy accueille 60 enfants libanais



Nicolas Sarkozy, ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire et Président du Conseil Général des Hauts-de-Seine, accueillera samedi 29 juillet 2006 à 17 H 30 à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle (Terminal 2C) 60 enfants libanais afin qu'ils puissent passer l'été en France.

Ils quitteront Beyrouth pour Chypre par bateau avec 16 accompagnateurs. Un vol spécial les amènera à Roissy samedi.

Cette opération permettra à ces enfants, âgés de 12 à 16 ans, souvent traumatisés par les bombardements, parfois en situation de déplacés, originaires de toutes les couches sociales et confessionnelles du Liban (et notamment du Liban Sud), de sortir du contexte de guerre et de passer un été en paix.

Leur séjour d'un mois comprendra des activités de loisirs ainsi que des excursions sportives et culturelles dans la région parisienne (Haras de Jardy…). Les enfants traumatisés seront également suivis par des psychiatres.

L’Association Médicale Franco-Libanaise a joué un rôle majeur de coordination avec les associations sur place pour identifier les enfants et les familles volontaires. Les enfants sont majoritairement frères et sœurs.

Thursday, July 27 2006

Réunion des préfets

Intervention de M. Nicolas SARKOZY, Ministre d'Etat, Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire présentant la nouvelle loi sur l'immigration et l'intégration, lors de la réunion des préfets, à l'Hôtel de Beauvau, le 24 juillet 2006.

Mesdames et Messieurs les Préfets, Monsieur le Secrétaire général du comité interministériel de contrôle de l'immigration, Messieurs les directeurs,

- 1 - Au cours de ces dernières semaines, votre activité, à l'image de la vie publique nationale, a été dominée par des questions relatives à l'immigration.

Ce n'est pas une spécificité de la France : l'immigration mobilise les dirigeants politiques de toutes les grandes démocraties, à commencer par les États-Unis et nos partenaires européens.

Le thème de l'émigration s'impose, parallèlement, comme une préoccupation fondamentale des pays du Sud. Je viens d'y consacrer plusieurs déplacements en Afrique subsaharienne et au Maroc.

Aucun sujet de société n'est aussi complexe. La politique d'immigration requiert un arbitrage permanent entre des impératifs humanitaires et un enjeu d'intérêt général.

Des impératifs humanitaires, bien sûr, parce que nous avons affaire, non pas à des dossiers, mais à des personnes. Ces étrangers ont quitté leur pays en croyant trouver l'Eldorado en Europe ou en France. Beaucoup ont été trompés par des passeurs criminels.

Un enjeu d'intérêt général, ensuite : compte tenu de ses capacités d'accueil, la France ne peut pas recevoir tous ceux qui voient en elle un Eldorado. J'ai toujours refusé l'idée d'immigration zéro, qui est à la fois immorale et irréaliste, mais je condamne avec tout autant de fermeté l'idée d'une immigration sans limite et d'un monde sans frontières !

Les préfets sont les premiers à constater les conséquences d'une hausse incontrôlée des flux migratoires. Je tiens à saluer le professionnalisme, le sang froid, le sens du service public des fonctionnaires en charge des étrangers dans vos préfectures.

Je n'accepte pas les reproches, les attaques, les injures dont vos collaborateurs et vous-mêmes faites trop souvent l'objet. Les mots ont un sens bien précis : "arbitraire", "déportation", "chasse aux enfants" ! Ceux qui les emploient à des fins politiciennes trahissent la mémoire des victimes de l'époque la plus sombre de notre histoire. Il est honteux d'employer de tels mots au sujet de personnes en situation illégale en France, que l'on reconduit dans leurs pays d'origine après s'être assuré qu'elles n'y courraient pas de risque. Faire respecter les lois de la République, sous le contrôle des juges, c'est notre devoir. Il ne mérite pas l'insulte !

Je vous demande de témoigner, auprès des fonctionnaires placés sous votre autorité, de ma solidarité à leur égard. Et je vous demande de ne pas laisser passer sans réagir les propos injurieux. Le secrétaire général de la Rochelle a obtenu la condamnation de deux personnes qui l'avaient gravement insulté. Gardons cet exemple à l'esprit.

Nos concitoyens, dans leur immense majorité, ne sont pas dupes de ces manipulations. Ils attendent de ma part, et aussi de la vôtre, une politique juste, humaine, tenant compte des situations particulières mais aussi une attitude ferme et courageuse, déterminée dans la lutte contre l'immigration illégale et la maîtrise des flux.

Je reviendrai, tout à l'heure, sur le dossier des familles d'étrangers en situation irrégulière ayant un enfant scolarisé.

Mais je voudrais, d'abord, remettre en perspective l'action que nous avons conduite ensemble depuis 2002, et vous faire part de nos résultats.

- 2 - Depuis quatre ans, la maîtrise de l'immigration est, avec la sécurité, au cœur des priorités de mon action.

Vous êtes, Mesdames et Messieurs les Préfets, les témoins de l'incurie qui a prévalu en France entre 1997 et 2002. Vous êtes aussi, depuis quatre ans, les acteurs du redressement.

J'évoquerai 5 dossiers majeurs.

Premier dossier : le Calaisis.

En 2002, le hangar de Sangatte se présentait aux yeux du monde comme le symbole honteux des désordres migratoires français. Venus d'Afghanistan, d'Irak, de Somalie ou du Soudan, 2 000 à 3 000 migrants s'entassaient, avec l'espoir de passer en Grande-Bretagne, dans ce camp improvisé par le gouvernement de l'époque. Les relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne atteignaient un niveau de tension extrême. Je suis allé plusieurs fois sur place. J'ai fermé le site, qui était devenu une zone de non droit et de ralliement des passeurs criminels. Certains osent me dire aujourd'hui que la fermeture de Sangatte n'a rien réglé. Le hangar accueillait 2 000 à 3 000 personnes en permanence. Aujourd'hui, les associations sur place délivrent des repas à une centaine de migrants alors qu'on était encore à 250 à l'automne dernier. Les chiffres ont donc été divisés par 20 ou 30. Qui peut dire que rien n'a été réglé ?

Nous sommes mobilisés en permanence sur le Calaisis : le préfet du Pas-de-Calais, la direction centrale de la police aux frontières, la direction des libertés publiques et des affaires juridiques, le secrétaire général du comité interministériel de contrôle de l'immigration.

L'installation à ma demande, en décembre 2005 d'une borne Eurodac à Coquelles a exercé un puissant effet dissuasif. Elle nous permet désormais de faire réadmettre dans les Etats partenaires de la Convention de Dublin les migrants qui ont présenté une demande d'asile ou ont été enregistrés avant leur venue en France.

Deuxième dossier : la zone d'attente de Roissy.

Autre symbole de la situation de pagaille trouvée en 2002 : la zone d'attente de Roissy était submergée par les migrants essayant de rentrer en France sans passeport et sans visa. 500 personnes s'entassaient sur un site prévu pour en recevoir 200 au maximum.

Là aussi, j'ai pris les décisions qui s'imposaient. J'ai créé les visas de transit et demandé à la police aux frontières d'organiser des contrôles à la sortie des avions en provenance des régions les plus sensibles. J'ai réorganisé les procédures d'asile à la frontière qui expliquaient en partie cet afflux en zone d'attente. Les résultats ne se sont pas fait attendre. Aujourd'hui, l'affluence en zone d'attente de Roissy oscille autour de 50 à 80 personnes : environ 10 fois moins que ce que nous avons connu en 2002.

Troisième dossier : l'asile.

La loi du 11 mai 1998 avait doublé les procédures et les circuits de décision. Un demandeur d'asile pouvait déposer sa demande soit à l'OFPRA, s'il se considérait victime d'une persécution étatique, soit au ministère de l'intérieur, s'il estimait avoir subi des exactions de la part de mouvements non étatiques. Le demandeur d'asile pouvait ainsi présenter successivement une demande d'asile à l'OFPRA puis, une fois débouté, une demande d'asile au ministère de l'Intérieur, et présenter ensuite une demande de réexamen à l'OFPRA, etc., dans une sorte de mouvement perpétuel…

C'est ainsi qu'en 2002 les délais d'examen des demandes d'asile dépassaient deux ans, parfois trois ! Autant dire que le Gouvernement de l'époque avait créé les conditions d'une installation durable, en France, de déboutés du droit d'asile toujours plus nombreux.

En 1997, la France était le septième pays au monde pour l'accueil des demandeurs d'asile, avec 20 000 dossiers par an. En 2003, elle avait pris la première place en Europe avec 82 000 demandeurs d'asile. Dans le même temps le nombre de demandeurs d'asile chutait en Grande-Bretagne, passant de 90 000 en 2000 à 60 000 en 2003. Il s'effondrait en Allemagne, passant de 100 000 à 50 000.

La loi du 10 décembre 2003 a supprimé l'asile territorial et instauré le principe de guichet unique. Grâce aux efforts de recrutement consentis pour l'OFPRA et la commission de recours des réfugiés, le délai d'examen des dossiers s'est stabilisé à environ 12 mois. La réforme a également instauré le système de la liste des pays d'origine sûr, permettant de traiter selon la procédure prioritaire les ressortissants de pays respectueux des libertés.

Sous l'effet de cette réforme décisive, le nombre total de demandeurs d'asile connaît une baisse marquée depuis deux ans : 65 000 en 2004 et 60 000 en 2005. Il continue à s'effondrer en 2006. Si l'on tient compte des seules premières demandes d'asile, leur nombre était de 42 000 en 2005. En 2006, si la tendance se poursuit, il devrait tendre vers les 25 000, soit une baisse de près de 40 %.

C'est un véritable succès qui couronne nos efforts depuis quatre ans dans ce domaine et nous rapproche enfin de nos partenaires européens, en particulier le Royaume-Uni et l'Allemagne.

J'ai relevé avec un vif intérêt les déclarations au Figaro du 11 juillet de Monsieur Olivier Brachet, directeur général de Forum Réfugiés, l'une des premières associations en charge de l'accueil des réfugiés en France : « La politique gouvernementale porte ses fruits (…). Les étrangers qui tentent la voie de l'asile comme un moyen d'installation sur le territoire sans être pour autant victimes de persécutions politiques ne vont plus payer des passeurs alors qu'ils risquent l'expulsion au bout de quelques mois. ».

Quatrième dossier : la lutte contre l'immigration illégale.

A la fin des années 90, le système de lutte contre l'immigration illégale est tombé en panne. Il avait perdu tout caractère dissuasif. Le nombre de mesures d'éloignement ne dépassait pas 10 000 chaque année. Comment lutter contre l'immigration illégale lorsque les migrants savent pertinemment que la probabilité d'être reconduits à la frontière est proche de zéro ?



J'ai rompu avec ces années de laxisme.. L'allongement de la durée de la rétention administrative que la loi du 26 novembre 2003 a fait passer de 12 à 32 jours, a profondément modifié les conditions de lutte contre l'immigration clandestine. De plus, la capacité de rétention administrative a fortement augmenté. J'ai convaincu Bercy de financer un programme très ambitieux de développement des centres de rétention : 968 places en juin 2002, 1 447 places aujourd'hui, 2 500 places en juin 2007.

J'ai tenu, vous le savez, à mobiliser les préfectures et les services de police en vous fixant des objectifs quantitatifs annuels d'éloignement. Mois après mois, préfecture par préfecture, je suis ces indicateurs avec la plus grande attention.

Les résultats sont là : le nombre de reconduites à la frontière exécutées a doublé en trois ans, pour atteindre 20 000 en 2005.

Au total, en 2005, plus de 55 000 étrangers ont été renvoyés hors de France métropolitaine (20 000 éloignements d'étrangers présents en France ; 23 000 refoulements ou refus d'admission et 12 400 réadmissions vers des pays européens).

Je vous le dis avec fermeté : l'effort de reconduites à la frontière – qui est le plus difficile – doit être poursuivi avec la plus grande vigueur.

En 2006, nous sommes actuellement sur un rythme de reconduites à la frontière équivalent à celui de 2005 : il tend vers 20 000 reconduites sur douze mois. C'est encore insuffisant, au regard de l'objectif de 25 000 qui vous a été assigné. Je suis conscient de vos contraintes. Mais je vous demande de tout mettre en œuvre pour remplir cette mission essentielle que je vous ai confiée.

J'ajoute que je vous demande de maintenir vos efforts en matière d'aide au retour volontaire. Depuis l'automne 2005, 843 personnes en ont effectivement bénéficié et ont regagné leur pays. C'est une amorce encourageante. Je vous invite à persévérer !

Vous allez progressivement disposer de nouveaux outils de lutte contre l'immigration illégale, grâce à la généralisation des visas biométriques. Nos postes consulaires délivrent 1 900 000 visas de court séjour chaque année. Il est évident qu'une partie de ces visas est détournée par des personnes qui, introduites régulièrement en France, s'y maintiennent irrégulièrement. Etendu à l'ensemble des consulats d'ici 2008, le système des visas biométriques va considérablement faciliter les mesures d'éloignement, en identifiant les étrangers clandestins et leur nationalité.

Dans l'attente, des actions diplomatiques vigoureuses nous permettent aujourd'hui d'atteindre des résultats nettement plus satisfaisants en matière de délivrance des laissez-passer consulaires : 45% de réponses positives et dans les temps, contre moins de 20% il y a quelques années.

Mais il ne suffit pas de reconduire à la frontière les migrants en situation illégale, qui sont bien souvent les victimes de passeurs criminels. La lutte contre l'immigration clandestine passe d'abord par la répression des filières.

Les arrestations de passeurs ont plus que doublé en trois ans : de 1 150 en 2002 à 2 300 en 2005. Au premier semestre 2006, ce sont 1 562 auteurs d'aide à l'immigration irrégulière (dont 976 employeurs de travailleurs illégaux) qui ont été interpellés, soit une augmentation de +22% par rapport à l'année passée. C'est un travail de longue haleine, dont je remercie la police aux frontières. Ces chiffres marquent la réussite de notre action dans la lutte contre ce fléau qu'est la traite des personnes humaines.




Cinquième dossier : la maîtrise de l'immigration  familiale.

En six ans, de 1997 à 2003, les statistiques de l'immigration régulière se sont accrues dans des proportions importantes. Le nombre des premiers titres de séjour délivrés en France est passé de 120 000 en 1997 à 160 000 en 2002, sans compter les Communautaires ni les enfants. Cette hausse n'est en aucun cas le résultat d'une volonté politique de faire venir en France des migrants dont notre pays aurait besoin. Elle est due à une augmentation considérable de l'immigration à caractère familial qui a presque doublé en cinq ans, passant de 53 000 en 1999 à plus de 100 000 en 2004.

D'où une situation très préoccupante. Cette croissance des flux s'effectue en dehors de toute prise en compte des capacités d'accueil de notre pays, par exemple en matière d'emploi ou de logement. Ce n'est pas un hasard si la France bat tous les records de chômage des étrangers : 20% des étrangers en France sont demandeurs d'emploi. Il manque environ 500 000 logements sociaux dans notre pays.

Les conséquences de cet état de fait peuvent conduire à de véritables tragédies. Je pense bien sûr aux incendies des 25 et 29 août 2005 à Paris qui ont entraîné la mort de 24 personnes originaires d'Afrique, dont de nombreux enfants, logés dans des squats et des taudis insalubres.

Je veux en finir avec cette situation ! C'est tout l'enjeu de la nouvelle loi. Malgré l'ampleur du travail accompli depuis quatre ans, la remise en ordre de la politique française de l'immigration n'en est qu'à ses débuts.

- 3 - J'en viens au sujet d'actualité immédiate, qui mobilise les préfectures au cœur de l'été : la situation des familles d'étrangers ayant des enfants scolarisés.

Depuis quelques semaines, vous devez gérer ce dossier très délicat, dans le cadre des instructions que je vous ai adressées le 13 juin.

Nous subissons encore le passif des années 1997-2002. Les difficultés que nous rencontrons avec les familles en situation irrégulière ayant des enfants scolarisés en sont l'héritage.

La plupart de ces familles sont entrées en France à cette époque, attirées par le système d'asile particulièrement laxiste. Elles ont scolarisé leurs enfants en France. Puis elles ont été déboutées du droit d'asile en 2003, 2004 et 2005 et se sont installées dans une semi-clandestinité.

Je ne vais pas revenir dans le détail sur l'application de la circulaire du 13 juin. Sa mise en œuvre a donné lieu à des réunions au ministère, en votre présence ou celle de vos secrétaires généraux. Le directeur des libertés publiques et des affaires juridiques, avec son équipe, se tient à votre disposition pour vous éclairer sur l'application de la circulaire. J'ai en outre désigné un médiateur indépendant, Me Arno KLARSFELD, personnalité chargée de présenter un avis sur les situations les plus sensibles et les plus délicates d'un point de vue humanitaire.

J'ai un message clair à vous transmettre.

Nous ne sommes en aucun cas dans la perspective d'une opération de régularisation globale ouverte aux familles en situation irrégulière. Nous restons dans une logique d'examen, au cas par cas, de situations individuelles, à titre humanitaire.

Evidemment, la circulaire n'a pas pour effet d'abroger le code de l'entrée et du séjour des étrangers. Elle n'a pas vocation à se substituer aux procédures de droit commun, comme le regroupement familial ou la demande d'asile ! Elle n'a pas plus vocation à suspendre l'application de la "convention de Dublin" !

La circulaire énonce 6 critères, qu'il vous appartient de mettre en œuvre dans le cadre de votre pouvoir d'appréciation.

Le principe général est simple : je ne veux pas que des enfants nés en France ou qui y sont entrés très jeunes, n'ayant aucune attache, aucun souvenir dans leur pays d'origine, y soient reconduits par la force.

Mais j'exclus tout autant l'idée qui consisterait à régulariser l'ensemble des familles en situation irrégulière en France ! Cela reviendrait à déclencher un appel d'air et à créer une nouvelle filière d'immigration vers la France.

Vous le savez, des opérations de régularisation globale ont été mises en œuvre à plusieurs reprises dans le passé. 120 000 personnes en 1981, puis 80 000 en 1997, ont été régularisées. Ces opérations ont à chaque fois provoqué un puissant effet d'appel d'air. Le migrant régularisé fait venir sa famille. Il indique à ses amis, dans son village, que l'émigration vers la France est possible. Des filières se créent. Et, dans les pays d'origine, le signal est bien reçu : la frontière est ouverte ! L'expérience de l'Italie et de l'Espagne est particulièrement révélatrice. Après avoir régularisé un million de clandestins entre 2000 et 2004, l'Espagne a dû régulariser 570 000 migrants au premier semestre 2005. En 2002 et 2003, l'Italie a régularisé un million de personnes. Et le Gouvernement italien vient d'annoncer une nouvelle régularisation de 500 000 personnes en 2006.

Les régularisations globales contribuent à la confusion et au désordre. Renouer avec ces pratiques déclencherait un flux massif et incontrôlé, aux conséquences désastreuses pour notre pacte social. Il n'est donc évidemment pas question de régulariser toute famille qui scolarise ses enfants en France !

J'insiste donc sur le fait que la circulaire du 13 juin a un caractère ponctuel et sur la nécessité de prendre en compte les 6 critères qu'elle définit – y compris, naturellement, la "volonté d'intégration" de la famille.

Cette circulaire vise à apurer un passif. Elle est enserrée dans des dates précises que je vous demande de respecter : vous n'accepterez plus de demande d'examen après la mi-août et vous veillerez à traiter les dossiers qui vous sont soumis avant la rentrée de septembre.

A ce stade, à la date du 13 juillet :

• 14 000 étrangers adultes ont déposé une demande de régularisation ; • 9 000 convocations ont été délivrées, pour un examen approfondi ; • 1 280 dossiers d'adultes ont été examinés ; • sur ces 1 280 dossiers, o 580 ont fait l'objet d'une décision de régularisation (= délivrance de cartes de séjour à des étrangers adultes) ; o 700 ont été rejetés.

Ce sont des chiffres provisoires.

On peut raisonnablement s'attendre à ce que, au total, 20 000 demandes soient présentées, ce qui pourrait aboutir à l'attribution de 6 000 cartes de séjour.

Une fois ce passif apuré, il va de soi que la loi devra s'appliquer.

- 4 – C'est l'enjeu majeur des mois à venir : la mise en œuvre de la loi relative à l'immigration et à l'intégration.

Vous le savez : le Conseil constitutionnel, jeudi dernier, a entièrement approuvé la loi relative à l'immigration et l'intégration. Les décrets d'application, dont la plupart doivent être soumis au Conseil d'Etat, seront publiés avant le 1er janvier 2007. Nous sommes donc, dans les mois à venir, dans une période de transition, qui requiert toute votre attention.

Au cours des 100 heures de débats parlementaires, j'ai observé que la plupart des critiques de l'opposition témoignaient d'un sentiment de défiance à l'égard des autorités publiques. Le thème de « l'arbitraire de l'administration » est revenu comme un leitmotiv.

J'ai pris le parti inverse : celui de la confiance à l'endroit des représentants de l'Etat. La réforme aura en effet pour conséquence de renforcer sensiblement le rôle des préfets. Je me félicite d'ailleurs que la préparation du projet de loi ait donné lieu, pour la première fois, à une consultation intense des préfets à travers les questionnaires qui vous ont été adressés à l'hiver dernier.

Je souhaiterais maintenant aborder les principales réformes, qui auront très vite de fortes implications pour vous sur le plan opérationnel.

Première réforme : l'immigration choisie.

L'immigration choisie, c'est d'abord l'expression de la souveraineté de la France. C'est le droit pour notre pays, comme toutes les grandes démocraties du monde, à choisir ceux des étrangers qu'il décide d'autoriser à séjourner sur son territoire.

En pratique, dans vos préfectures, la mise en œuvre de l'immigration choisie consistera d'abord à modifier les conditions d'accueil des étudiants et des travailleurs étrangers.

Les étudiants

La nouvelle loi améliore sensiblement les conditions d'accueil des étudiants étrangers en France, par 2 mesures importantes.

La première est une mesure de simplification : désormais, certains étudiants munis d'un visa de long séjour pourront obtenir de plein droit, à leur arrivée en France, un titre de séjour. Ils n'auront plus besoin de se présenter en préfecture pour obtenir ce titre, qui leur sera remis à l'occasion de leur visite médicale dans les locaux de l'ANAEM. Bénéficieront de cette simplification les boursiers du gouvernement français, les lauréats des concours d'entrée dans les grandes écoles, les titulaires d'un baccalauréat français obtenu dans un lycée français à l'étranger et, enfin et surtout, tous les étudiants étrangers ayant obtenu un visa de long séjour par l'intermédiaire d'un centre pour les études en France (CEF) et inscrits dans un établissement d'enseignement supérieur ayant à cette fin passé convention avec l'Etat.

Dans le même esprit de simplification, la réforme prévoit que les étudiants étrangers admis à suivre une formation en vue de l'obtention d'un master pourront obtenir un titre de séjour valable pour plusieurs années – ce qui, là aussi, les dispensera de revenir chaque année en préfecture.

La seconde innovation du projet de loi concerne la possibilité pour un étudiant étranger de travailler en France. L'autorisation d'exercice d'une activité salariée pendant la durée des études est portée à 60 % de la durée de travail annuelle. En outre, la nouvelle loi ouvre à certains étudiants étrangers la possibilité de compléter leurs études en France par une première expérience professionnelle. Ceux qui auront obtenu un master pourront, s'ils le souhaitent, se maintenir en France pendant 6 mois pour trouver un emploi correspondant à leur formation.

Vous devrez alors leur délivrer une autorisation de travail sans leur opposer la situation de l'emploi, si vous estimez que cette première expérience professionnelle en France est utile pour préparer le retour du jeune diplômé vers son pays d'origine et contribuer, ainsi, au développement de ce pays. Il s'agit donc d'un dispositif équilibré, qui permettra à notre pays d'accueillir les meilleurs étudiants étrangers jusqu'alors découragés par l'impossibilité d'obtenir un emploi à l'issue de leurs études en France, tout en veillant à ce que les étudiants originaires des pays en voie de développement inscrivent leur projet en France dans la perspective d'un retour dans leur pays d'origine.

Et c'est ce qui fait le lien avec l'immigration pour motifs professionnels.

Les travailleurs étrangers

L'économie française a du mal à pourvoir certains emplois. Pourtant, depuis la fermeture de l'immigration du travail après la crise de 1974, le nombre de recrutements à l'étranger est extrêmement faible.

Notre pays a accordé seulement 5 600 titres de séjour à des salariés étrangers venus en France pour des motifs professionnels. 5 600 titres, c'est 3,4 % du nombre total des titres de séjour délivrés en 2005. C'est l'inverse de ce que font les grands pays occidentaux et notamment le Royaume-Uni, le Canada, les Etats-Unis ou l'Australie.

Sans pour autant engager la France dans la voie d'une ouverture générale de l'immigration du travail, qui serait irresponsable dans le contexte actuel du chômage, j'ai souhaité assouplir cette pratique pour répondre à des besoins ponctuels de notre économie.

La nouvelle loi prévoit donc que pour certains métiers et certaines zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement, un salarié étranger pourra se voir délivrer un titre de séjour sans que lui soit opposable la situation de l'emploi. Vous aurez à expliquer cette réforme, localement, aux partenaires économiques et sociaux.

Dans le même esprit, les étrangers porteurs d'un projet économique, scientifique, culturel, humanitaire ou sportif pourront obtenir une carte "compétences et talents", qui sera valable 3 ans et permettra à l'intéressé de s'installer immédiatement en France avec les membres de sa proche famille.

La carte sera délivrée par le ministère de l'Intérieur, selon une logique de guichet unique. Les critères de délivrance seront précisés par une commission ad hoc, qui évaluera le dispositif au regard de sa contribution au développement des pays d'origine. La demande de carte sera adressée au consul lorsque l'étranger réside à l'étranger, et au préfet lorsque l'étranger réside en France. Il vous appartiendra donc de recevoir les "candidatures" d'étrangers souhaitant bénéficier de cette nouvelle carte.

Cette mesure a été conçue avec la préoccupation absolue d'éviter le risque de "pillage des cerveaux". Pour les pays de ce qu'on appelle la "zone de solidarité prioritaire" (pays en voie de développement), la délivrance de la carte "compétences et talents" est, en effet, subordonnée à la signature par la France d'un accord de co-développement avec le pays d'origine, ou bien à l'engagement de l'étranger de retourner dans son pays au bout de 6 ans.

J'ajoute que la nouvelle loi simplifie aussi les procédures d'admission au séjour des travailleurs saisonniers et des salariés en mission qui viennent en France pour quelques mois avant de repartir travailler dans une filiale de leur entreprise à l'étranger.

Deuxième réforme : l'immigration familiale.

Votre mission, en cette matière, va être profondément transformée. Chaque Préfet disposera de nouveaux outils destinés à assurer l'exercice du regroupement familial dans des conditions conformes à l'intérêt des familles comme à celui de notre pays.

J'évoquerai 4 changements : le regroupement familial, les cartes "vie privée et familiale", le régime du séjour des conjoints de Français, la lutte contre la polygamie.

(1) La nouvelle procédure du regroupement familial

Vous aurez désormais le devoir de vous opposer à la venue de la famille d'un étranger qui ne respecte pas les principes essentiels qui régissent la vie familiale en France, pays d'accueil : monogamie, égalité de l'homme et la femme, respect de l'intégrité physique de l'épouse et des enfants, respect de la liberté du mariage, assiduité scolaire, respect des différences, acceptation de la règle selon laquelle la France est une République laïque...

Ainsi, un étranger ne respectant pas nos valeurs ne sera plus autorisé à faire venir son conjoint et ses enfants. Vous pourrez solliciter l'avis du maire avant d'arrêter votre décision. J'entends, de la sorte, renforcer le partenariat entre le préfet et le maire dans la gestion de l'immigration.



J'ajoute que la durée minimale de séjour en France avant de pouvoir solliciter le regroupement familial est portée de douze à dix huit mois, ce qui vous donnera une période de temps suffisante pour évaluer les efforts d'intégration de l'intéressé.

L'appréciation des conditions de logement des familles est également modifiée. Le critère du logement était, jusqu'à présent, déterminé par une règle uniforme, fixée dans le cadre d'un décret du 6 juillet 1999, repris en mars 2005. Totalement inadaptée aux réalités de terrain, cette règle permettait de faire venir en France une famille de sept personnes dans un appartement d'une surface de 61 mètres carrés… Beaucoup d'entre vous m'aviez signalé cette anomalie aux conséquences parfois désastreuses.

Désormais, le critère de surface sera fixé par un décret en fonction des réalités du logement pour chaque région géographique. La prise en compte de la diversité locale est nécessaire pour garantir l'intégration des familles étrangères, qui doivent pouvoir vivre dans les mêmes conditions que des familles françaises comparables.

La réforme introduit enfin un changement majeur dans la prise en compte des ressources indispensables pour être autorisé à faire venir sa famille. Désormais, les allocations et les prestations sociales sont exclues des ressources prises en compte (à l'exception de l'allocation pour adulte handicapé). Seul le revenu d'un travail permettra de faire venir sa famille, ce qui constitue un gage de stabilité pour l'étranger et sa famille.

(2) La carte de séjour "vie privée et familiale"

La situation était particulièrement incertaine jusqu'à présent, à mesure de la diversité des jurisprudences des tribunaux administratifs. Ces incohérences provenaient du caractère très lapidaire de la législation. La nouvelle loi est plus précise. Vous serez désormais amenés à apprécier les liens personnels et familiaux à la lumière de plusieurs critères tel que l'intensité, la stabilité, et l'ancienneté de la vie commune en France, les conditions d'existence et l'insertion de l'étranger dans la société française.

(3) Le séjour des conjoints de Français

La loi nous donne de nouveaux moyens pour lutter contre les mariages frauduleux, en particulier les mariages blancs et les mariages forcés, sans porter atteinte à la liberté du mariage.

Désormais, l'étranger qui épouse un ressortissant français devra justifier de trois ans de vie commune en France avant d'obtenir une carte de résident. Pendant une année, cette carte pourra être retirée en cas de rupture de la vie commune, sauf si celle-ci résulte de violences conjugales. Quant à l'obtention de la nationalité française, elle interviendra désormais après quatre ans de vie commune.

En amont, l'obtention d'un visa de long séjour devient la condition légale de l'entrée sur le territoire d'un conjoint de Français. La délivrance du visa de long séjour ne peut alors être refusée par le consul qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public.

Cette mesure, qui s'inspire des modèles allemand, britannique, espagnol, vise à sortir d'une situation très confuse : aujourd'hui, très souvent, un étranger entre en France avec un visa de court séjour, se marie et obtient automatiquement une carte de séjour en préfecture.

Il reste que le législateur a voulu éviter de pénaliser les conjoints de Français en situation irrégulière mais dont le mariage en France est sincère. Pour éviter à ces derniers la contrainte d'un aller et retour obligatoire dans leur pays, la nouvelle loi prévoit que la demande de visa de long séjour est alors déposée, sous certaines conditions, auprès du préfet. Des instructions précises vous seront données pour mettre en œuvre ce nouveau dispositif, qui nécessite des échanges d'informations entre les préfectures et nos consulats à l'étranger. Depuis la Conférence préfectorale et consulaire que j'ai présidée à Marseille, le rapprochement des réseaux préfectoral et consulaire a progressé : nous pourrons appliquer la réforme dans de b bonnes conditions de coopération.

(4) La lutte contre la polygamie

Ce phénomène concerne 20 000 familles en France et environ 120 000 personnes. Je vous demande de redoubler vos efforts, qui me paraissent aujourd'hui très insuffisants à cet égard. Je le répète : vous devez faire usage de vos pouvoirs de retrait de titre de séjour aux étrangers polygames.

Et vous devrez faciliter la mise en œuvre, sur le terrain, du nouveau dispositif de mise sous tutelle des allocations familiales. Aux termes de la nouvelle loi, le juge des enfants pourra désormais, en cas de polygamie, placer les allocations familiales sous tutelle et les confier à une personne qualifiée dans l'intérêt de l'enfant. Je vous demande de mobiliser les acteurs locaux pour donner toute sa portée à ce nouveau dispositif.

Troisième réforme : le parcours d'intégration.

Le contrat d'accueil et d'intégration est rendu obligatoire pour tous les migrants qui entrent en France dans la perspective de s'y installer. Il est nécessaire que vous vous impliquiez personnellement dans le suivi de ce dossier. Vous vous appuierez sur l'ANAEM. Mais vous devez piloter vous-même la mise en œuvre de ce dispositif.

Le contrat d'accueil et d'intégration devient, en effet, un outil décisif de la réussite de la politique française de l'immigration. Par la signature de ce contrat, le primo-arrivant s'engagera à suivre une formation civique et si nécessaire, linguistique, sanctionnée par un diplôme. Le respect du contrat devient, en aval, une condition de l'obtention de la plupart des cartes de résident.

En effet, le droit d'installation durable en France perd son caractère d'automaticité, sauf dans certains cas – celui, par exemple, des réfugiés. Il repose désormais sur le mérite des ressortissants étrangers, leur engagement à respecter les principes de la République et le respect effectif de ces principes.



Il s'agit là d'un changement profond de la philosophie même du droit des étrangers.

Une responsabilité nouvelle va désormais incomber aux préfets, puisqu'il vous reviendra d'apprécier le respect par un étranger de ses obligations d'intégration. Vous devrez, pour cela, vous appuyer sur l'avis du maire.

J'ajoute que vous aurez un rôle majeur à jouer pour généraliser les cérémonies d'accueil dans la citoyenneté, pour toutes les personnes qui acquièrent la nationalité française. C'est un progrès symbolique important en faveur de l'intégration, jusqu'à l'assimilation à la communauté nationale.

Quatrième réforme : de nouveaux outils de lutte contre l'immigration clandestine et le travail illégal.

La grande complexité et la lourdeur des procédures qui pèsent sur les services préfectoraux et les juridictions ont justifié une profonde simplification du régime de l'éloignement, dans le respect des garanties offertes aux étrangers. Pour l'essentiel, la réforme consiste à abandonner la distinction entre le refus de séjour et l'arrêté de reconduite à la frontière. Il s'agit donc de fusionner, dans une seule décision, le refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire français, exécutoire à l'expiration du délai de retour volontaire d'un mois, ainsi que la mention du pays de renvoi. J'attends de cette réforme un allègement du travail des préfectures et, par conséquent, une meilleure mobilisation de vos moyens pour réussir les éloignements d'étrangers en situation irrégulière.

La nouvelle loi comporte, par ailleurs, une batterie de mesures permettant de mieux lutter contre l'emploi d'étrangers sans titre de travail. La principale des ces dispositions est celle qui fait obligation à tout employeur, avant d'embaucher un salarié étranger, de s'assurer auprès de vos services de ce que cet étranger est bien titulaire d'une autorisation de travail.

Ces nouveaux outils juridiques de lutte contre le travail illégal n'ont de sens que si vous les mettez en œuvre avec détermination.

Je regrette que les résultats des opérations "coups de poing" que je vous ai demandées de conduire, afin de lutter contre l'emploi d'étrangers sans titre, soient inférieurs, au premier semestre 2006, à ceux du dernier trimestre 2005.

Je vous demande donc de redoubler d'efforts pour lutter contre le travail illégal et de me rendre compte précisément des obstacles que vous rencontrez. J'ai d'ores et déjà relevé, dans vos compte rendu, que l'inspection du travail pourrait être plus mobilisée.

Cinquième réforme : de nouveaux instruments de lutte contre la délinquance des étrangers.

La plupart des immigrés présents sur notre sol, comme la plupart des Français, n'aspirent qu'à la tranquillité. C'est pourquoi il faut être ferme à l'encontre de la minorité qui perturbe l'ordre public.



La nouvelle loi, d'une part, vous permettra d'interdire le retour en France d'étrangers ayant fait l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière pour atteinte à l'ordre public pendant la durée d'un court séjour en France. C'est une mesure qui sera très utile à l'encontre des délinquants étrangers qui dirigent des réseaux d'exploitation de la prostitution ou de la mendicité.

D'autre part, la loi vous donne le pouvoir de retirer leur carte de résident à des étrangers protégés contre l'expulsion mais qui ont été condamnés à une peine de prison pour des faits de rébellion, d'intimidation ou d'outrage aux personnes chargées d'une mission de service public. Ces étrangers se verront délivrer une simple carte de séjour d'un an et ne pourront donc retrouver leur carte de 10 ans que s'ils font des efforts pour s'intégrer.




Sixième réforme : la gestion de l'accueil des demandeurs d'asile.

Nous devons poursuivre, avec la plus grande détermination, les efforts de réduction du délai d'examen des demandes d'asile.

La réforme des centres d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) vous y aidera. Je vous avais demandé en début d'année de lutter contre l'engorgement des CADA par les déboutés ou par les réfugiés. La nouvelle loi interdit d'accueillir en CADA un réfugié ou un débouté et réserve ces établissements aux seuls demandeurs d'asile dont la demande est en cours d'instruction. Il reste encore beaucoup d'efforts à faire pour atteindre cet objectif.

J'ajoute que le remplacement de l'allocation d'insertion par l'allocation temporaire d'attente, décidée par le législateur lors du vote de la loi de finances pour 2006, va pouvoir entrer en application à la rentrée de septembre. Vous devrez proposer systématiquement un hébergement en CADA à tout nouveau demandeur d'asile et, en cas de refus, l'intéressé sera privé de la nouvelle allocation.

Septième et dernier élément de la réforme : le cadre des régularisations.

J'ai souhaité aborder ce point à la fin de mon intervention, pour faire le lien entre l'application de la circulaire du 13 juin dans le cadre de la loi actuelle, et la mise en œuvre de la nouvelle loi.

Vous savez que l'une des dispositions les plus commentées de ce texte a été la suppression de la régularisation de droit après dix ans de séjour illégal. Je ne reviendrai pas sur cette mesure de bon sens. Ce système revenait à encourager la clandestinité et à donner de la France l'image d'un pays où l'on récompense celui qui réussit à ne pas respecter la loi dans la durée !



Cependant, j'ai bien conscience que le retour dans le pays d'origine après 10 ans de séjour illégal en France est parfois inconcevable. C'est pourquoi, dans cette hypothèse, le dossier de l'étranger devra être soumis à la commission des titres de séjour, qui vous donnera un avis. Vous devrez donc, à l'automne, réactiver cette commission. Il reste que le critère des dix ans ne sera plus, à lui seul, créateur d'un droit à régularisation. Il vous reviendra de prendre en compte d'autres paramètres, en rapport avec le comportement général de l'intéressé.

La suppression de l'automaticité des régularisations après dix ans de clandestinité facilitera a contrario la prise en compte, au cas par cas, de situations dignes d'intérêt avant cette échéance de dix ans.

C'est dans cet esprit que le législateur a consacré le pouvoir de régularisation du préfet. Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit désormais une « admission exceptionnelle au séjour », décidée par le préfet. Elle peut avoir deux fondements : des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels que l'étranger fait valoir, par exemple une compétence particulière, une aptitude professionnelle qui rend sa présence bienvenue dans notre pays. On rejoint ici, vous le voyez, la logique d'immigration choisie.

Vous serez donc appelés, dans le cadre de votre pouvoir d'appréciation, à prendre en compte, un faisceau d'indices combinant la situation humanitaire et l'intérêt du maintien en France d'un l'étranger au regard de sa compétence, de son dynamisme, de sa volonté de s'intégrer par le travail. Afin d'harmoniser les conditions de la mise en œuvre de ce dispositif, la loi met en place une Commission nationale de l'admission exceptionnelle au séjour, composée de représentants des administrations, du monde associatif et des élus.

Ce dispositif sera mis en œuvre dès la publication d'un décret soumis cet été à l'examen du Conseil d'Etat.

Mesdames et Messieurs les Préfets, Monsieur le Secrétaire général du comité interministériel de contrôle de l'immigration, Messieurs les directeurs,

Cette longue intervention m'a paru nécessaire pour vous faire part, de vive voix, de votre "feuille de route" pour les mois à venir. J'ajoute que j'adresserai à chacun des préfets d'outre-mer une instruction écrite, tenant compte des spécificités de leur territoire.

Je me réjouis des résultats que nous avons obtenus ensemble depuis 2002 mais l'heure n'est pas à l'auto-satisfaction. L'heure est à la mobilisation !

Les Français attendent de vous et de chacun des agents des préfectures une totale détermination pour conduire, sur le terrain, la réforme du système d'immigration. Je sais pouvoir compter sur votre capacité à mobiliser vos équipes. Je vous remercie de votre attention.

Conférence de presse sur l'immigration

Intervention de M. Nicolas SARKOZY, Ministre d'Etat, Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire, lors de la conférence de presse sur l'immigration, le 24 juillet 2006, à l'Hôtel de Beauvau.

J'ai souhaité, aujourd'hui, réunir les préfets pour leur fixer la "feuille de route" à suivre, dans les semaines et les mois qui viennent, afin de mettre en œuvre, sur le terrain, la politique d'immigration :

• il s'agit d'abord de faire le point sur l'application de la circulaire du 13 juin, qui concerne la situation des familles de "sans papiers" ayant des enfants scolarisés ;

• les préfets se verront ensuite présenter la loi relative à l'immigration et l'intégration et recevront des instructions pour en assurer l'application effective dans les meilleurs délais.

Avant de répondre à vos questions, je ferai 6 remarques.

1. Depuis 2002, des résultats significatifs contre l'immigration illégale ont été obtenus.



Le 21 avril 2002 n'était pas le fruit du hasard : la gestion calamiteuse de l'immigration, pendant 5 ans, était une véritable démission du pouvoir politique, que les Français ont sanctionnée.

Le système de lutte contre l'immigration illégale était tombé en panne. Il avait perdu tout caractère dissuasif. Comment lutter contre l'immigration illégale lorsque les migrants savent pertinemment que la probabilité d'être reconduits à la frontière est proche de zéro ?

Depuis quatre ans, la maîtrise de l'immigration est, avec la sécurité, au cœur des priorités du ministère de l'intérieur. J'évoquerai 4 dossiers.

(1) Le Calaisis : nous avons fermé le hangar de Sangatte, véritable zone de non droit et de ralliement de passeurs criminels, dans laquelle 2 000 à 3 000 clandestins séjournaient ; aujourd'hui, les associations sur place délivrent des repas à une centaine de migrants ; les chiffres ont donc été divisés par 20 ou 30, car notre mobilisation a permis de dissuader les migrants de converger vers le Calaisis, dans le fol espoir de rejoindre le Royaume-Uni.

(2) La zone d'attente de Roissy était submergée : début 2002, 500 personnes s'y entassaient ; les procédures de contrôles à la sortie des avions ont été réorganisées et la Croix Rouge a été associée à l'accueil des migrants ; aujourd'hui, l'affluence à Roissy est de 50 à 80 personnes, dans des conditions dignes.

(3) Les éloignements d'étrangers en situation irrégulière.

Je n'ai pas craint de fixer des objectifs quantitatifs aux préfets et à la police aux frontières.

L'allongement de la durée de rétention administrative que la loi du 26 novembre 2003 a fait passer de 12 à 32 jours au maximum, a profondément modifié les conditions de lutte contre l'immigration clandestine. La capacité de rétention a fortement augmenté. Bercy a accepté de financer le développement des centres de rétention (968 places en juin 2002, 1 447 places aujourd'hui, 2 500 en juin 2007). Parallèlement, les centres vétustes ont été fermés ("dépôt" du Palais de Justice, centre d'Arenc) et les conditions d'accueil ont été améliorées sous le contrôle d'une commission indépendante.

Dans le même temps, des actions diplomatiques vigoureuses ont été conduites pour convaincre les pays d'origine d'accepter, plus que par le passé, d'accueillir leurs propres ressortissants en leur délivrant des "laissez-passer consulaires". Le taux de délivrance de ces laissez-passer a augmenté : 45% de réponses positives et dans les temps, contre moins de 20% il y a quelques années.

Les résultats sont là : les éloignements d'étrangers présents en France, reconduits vers leurs pays d'origine, ont doublé en trois ans : 10 000 éloignements en 2002, 20 000 en 2005, un objectif de 25 000 en 2006.

Au total, en 2005, plus de 55 000 étrangers ont été renvoyés hors de France métropolitaine : • 20 000 éloignements d'étrangers présents en France ; • 12 400 réadmissions vers des pays européens ; • 23 000 "refoulements" et refus d'admission sur notre territoire.

(4) La répression des filières d'immigration clandestine.

Les arrestations de passeurs ont plus que doublé en trois ans : 1 150 en 2002, 2 300 en 2005.

Au premier semestre 2006, ce sont 1 562 auteurs d'aide à l'immigration irrégulière, dont 976 employeurs de travailleurs illégaux, qui ont été interpellés, soit +22% par rapport à l'année passée.

2. Mais il nous faut encore désamorcer la "bombe à retardement" laissée par la gauche, qui a fabriqué des milliers de "sans papiers".

Ce n'est pas nous qui avons créé les familles de "sans-papiers" ! Cette situation est directement le produit du laxisme des années 1997/2002.

• Les régularisations massives de 1997 ont produit un véritable effet d'appel d'air. Je rappelle que, à cette date, 80 000 étrangers ont été régularisés. C'est un signal d'ouverture des frontières, qui a été bien compris par les migrants clandestins dans les années suivantes.

• Attirés par le laxisme de l'époque, de très nombreux demandeurs d'asile ont afflué en France et s'y sont installés dans une semi-clandestinité :

- une explosion du nombre des demandes d'asile, multiplié par 4 : 20 000 demandes en 1997  82 000 demandes fin 2002

- des délais d'instruction très longs : en 2002, le délai était de 16 mois devant l'OFPRA, puis 9 mois devant la Commission de recours des réfugiés : 2 ans en tout, parfois 3 !

• Nous avons inversé la tendance depuis 2003, en obtenant 2 résultats :

- les délais d'examen ont diminué de moitié entre 2002 et 2005 : en 2005, le délai moyen d'examen d'une demande d'asile est descendu à 3,5 mois devant l'OFPRA, auxquels s'ajoutent en cas de recours environ 8 mois devant la Commission de recours, soit 1 an au total ;

- le nombre de demandes d'asile chute : 65 000 en 2004, 61 000 en 2005, dont 43 000 premières demandes ; si la tendance observée dans les premiers mois de 2006 se confirme, la demande d'asile adressée à la France en 2006 devrait être de l'ordre de 25 000. C'est le signe que tous ceux qui utilisaient la procédure de la demande d'asile pour tenter de se maintenir en France en sont de plus en plus dissuadés.

• Mais nous avons encore à gérer la situation des familles déboutées à la fin des années 90 et au début des années 2000, qui se sont installées durablement dans notre pays, dans une situation de semi-clandestinité, ont scolarisé leurs enfants, ont noué des liens avec la France…

C'est la "bombe à retardement" que les socialistes nous ont léguée et qu'il faut désamorcer.

3. Face à la situation des familles de "sans papiers" ayant des enfants scolarisés, il faut rejeter les positions extrêmes.

Les deux extrêmes se rejoignent : elles cherchent à faire peur et à créer le désordre.

• L'extrême gauche accuse le Gouvernement de préparer des expulsions massives d'enfants "sans-papiers" et de mener pendant l'été une "chasse aux enfants", en dressant des parallèles hasardeux avec les périodes les plus sombres de notre histoire. C'est tout simplement indigne. Il est honteux d'employer de tels mots au sujet de personnes en situation illégale en France, que l'on reconduit dans leur pays d'origine après s'être assuré qu'elles n'y courraient pas de risque.

Je constate d'ailleurs que, dans cette affaire, la gauche court derrière l'extrême gauche. Il est extravagant que Madame BUFFET, Monsieur HOLLANDE, Monsieur LANG, Madame AUBRY, Madame VOYNET, aient apposé leur signature sous une pétition qui appelle explicitement les Français à "violer la loi".

• L'extrême droite, elle, agite la menace d'une "régularisation globale" et fait quelques "propositions" simplistes : il suffirait d'interdire aux enfants sans-papiers d'aller à l'école et d'expulser tout le monde.

Ma position, sur cette question de la scolarisation des enfants sans papiers, est la seule qui puisse être soutenue par un Républicain conscient de ses responsabilités.

Depuis Jules Ferry, l'école de la République accueille tous les enfants, sans distinction. C'est l'honneur de notre République. Il serait très injuste de priver des enfants d'éducation en leur faisant payer la faute de leurs parents qui sont arrivés illégalement en France. Il y a donc un droit à la scolarisation et je n'entends pas le remettre en cause.

Il faut d'ailleurs rappeler que nos engagements internationaux vont aussi dans ce sens. La Convention internationale des droits de l'enfant ne permet pas d'interdire à un enfant d'aller à l'école au prétexte que ses parents n'ont pas de papiers.

Mais le droit à la scolarisation ne peut pas être automatiquement un droit au séjour. Sinon, il suffirait d'inscrire un enfant à l'école pour avoir le droit de s'installer en France avec toute sa famille. Ce ne serait pas raisonnable ! Ce serait totalement irresponsable.

4. L'application de la circulaire du 13 juin se déroule dans de bonnes conditions.

• Le principe général est simple : il n'est pas souhaitable que des enfants nés en France ou qui y sont entrés très jeunes, n'ayant aucune attache, aucun souvenir dans leur pays d'origine, y soient reconduits par la force. Mais j'exclus tout autant l'idée qui consisterait à régulariser l'ensemble des familles.

Mes consignes aux préfets sont claires : je demande un examen au cas par cas des situations individuelles des familles d'étrangers "sans papiers" ayant des enfants scolarisés, à titre humanitaire.

• Concrètement, les préfets, dans le cadre de leur pouvoir d'appréciation, examinent chacun des dossiers déposés, en tenant compte des 6 critères cumulatifs que j'ai définis :

1. la famille est en France depuis au moins 2 ans,

2. l'enfant est scolarisé au moins depuis septembre 2005,

3. cet enfant est né en France ou est arrivé en France en bas âge, à 13 ans au plus,

4. l'essentiel de la vie familiale est en France et non dans le pays d'origine,

5. les parents contribuent effectivement à l'entretien et l'éducation de l'enfant,

6. la famille manifeste une réelle volonté d'intégration.

• La gestion des "files d'attente" de ressortissants étrangers, aux guichets des grandes préfectures, se fait avec méthode. Il ne s'agit évidemment pas d'accorder une carte de séjour à chaque étranger qui se présente, mais d'examiner sa situation, au cas par cas.

• Pour assurer l'application homogène de la circulaire sur le territoire, des réunions de "management" ont eu lieu au ministère. Que l'on ne me parle pas d'arbitraire ! C'est un mauvais procès.

J'ajoute que le médiateur national, Arno KLARSFELD, apporte un éclairage très utile, en donnant un avis sur des dossiers litigieux et en allant à la rencontre des préfets et des associations.

• L'application de la circulaire montre qu'il y a 4 types de situation :

1. des personnes sont totalement hors du champ de la circulaire et continuent à relever, ni plus ni moins, des procédures de droit commun : par exemple, les personnes en situation régulière qui demandent le regroupement familial pour leur conjoint en situation irrégulière, les demandeurs d'asile qui ont un dossier en instance, les célibataires ou les couples sans enfants, les étrangers relevant de la "convention de Dublin"…

2. des personnes sont dans le champ de la circulaire (= familles d'étrangers en situation irrégulière, avec des enfants scolarisés) et satisfont à tous les critères : elles seront régularisées ;

3. des personnes sont dans le champ de la circulaire mais ne satisfont pas aux premiers critères (parce qu'elles sont arrivées récemment en France et que la scolarisation est très récente) : elles ne seront pas régularisées ;

4. des personnes sont dans le champ de la circulaire, satisfont aux premiers critères (entrée en France il y a deux ans, enfants en bas âge, scolarisation) mais pas au critère d'intégration : elles ne seront pas régularisées cet été mais pourront, le cas échéant, si toutes les conditions se trouvent rassemblées, bénéficier des dispositions de la nouvelle loi, qui permet une admission exceptionnelle au séjour.

• Car les personnes qui ne sont pas régularisées, naturellement, ont vocation à quitter le territoire, soit de manière volontaire (elles y sont aidées par le versement d'un pécule ), soit de manière forcée.

Je souhaite que l'essentiel des dossiers soient examinés avant la rentrée.

Mais la rentrée n'est évidemment pas une date-couperet. Je veux insister sur ce point : une fois la parenthèse de l'application de la circulaire refermée, nous retrouverons le rythme normal de gestion des dossiers d'étrangers, "au fil de l'eau", dans le cadre de la nouvelle loi sur l'immigration.

Oui, les étrangers "sans papiers" ont vocation à quitter le territoire. Mais la nouvelle loi ne supprime pas pour autant toute possibilité de régularisation. Elle donne aux Préfets compétence pour traiter les cas qui le justifient, avec toute l'humanité dont s'honore notre pays.

Nous mettrons en place, dès que le Conseil d'Etat aura examiné le décret, une Commission nationale de l'admission exceptionnelle au séjour (composée de représentants de l'administration, d'associations et d'élus) qui donnera un avis sur des critères d'admission exceptionnelle au séjour :

• pour des motifs humanitaires,

• pour d'autres motifs, comme la capacité d'intégration par le travail dans les secteurs où nous connaissons des pénuries de main d'œuvre.

C'est totalement cohérent avec la logique d'immigration choisie.

5. Je souhaite vous faire part, en toute transparence, des chiffres provisoires dont je dispose.

La circulaire du 13 juin n'a aucun rapport avec les opérations de régularisation massive engagées par l'Italie ou l'Espagne :

• l'Espagne a régularisé un million de clandestins entre 2000 et 2004, puis à nouveau 570 000 migrants au premier semestre 2005 ; • l'Italie a régularisé 1 million de personnes en 2002 et 2003 ; et le Gouvernement italien vient d'annoncer une nouvelle régularisation de 500 000 personnes en 2006.

Il n'est évidemment pas question de conduire, en France, de telles opérations de régularisations !
La preuve en est que les chiffres des demandes de régularisation et les décisions prises, en application de la circulaire du 13 juin, sont sans commune mesure.

A ce stade, à la date du 13 juillet :

• 14 000 étrangers adultes ont déposé une demande de régularisation ;

• 9 000 convocations ont été délivrées, pour un examen approfondi ;

• 1 280 dossiers d'adultes ont été examinés ;

• sur ces 1 280 dossiers, - 580 ont fait l'objet d'une décision de régularisation (= délivrance de cartes de séjour à des étrangers adultes) ; - 700 ont été rejetés.

Ce sont des chiffres provisoires.

Les demandes peuvent encore être formées jusqu'au 14 août.

On peut raisonnablement s'attendre à ce que 20 000 demandes soient présentées, ce qui pourrait aboutir, au total, à attribuer des cartes de séjour à 6 000 personnes.




Nous ferons un bilan exhaustif le moment venu, en gardant à l'esprit deux autres données, qui permettent de mesurer les "ordres de grandeur" :

• en 2005, nous avons délivré 160 000 cartes de séjour ; • et nous avons éloigné du territoire métropolitain, en tout, 55 000 étrangers.

J'en viens à une 6ème et dernière série de remarques.




6. Nous entrons dans une nouvelle période : celle de la mise en œuvre de la loi sur l'immigration et l'intégration.




• La circulaire du 13 juin vise à "apurer le passif". C'est une parenthèse, que j'ai souhaité ouvrir et refermer cet été, après le débat parlementaire sur la nouvelle loi et avant son entrée en vigueur.

• Je me réjouis que le Conseil constitutionnel, jeudi dernier, ait entièrement validé la loi. Il confirme qu'elle s'inscrit bien dans notre tradition républicaine !

Cette décision démontre que les polémiques entretenues depuis des mois par l'opposition n'avaient aucun fondement juridique. La nouvelle loi respecte les droits fondamentaux et les libertés publiques. Elle ne porte aucunement atteinte au respect de la vie familiale, mais elle l'encadre !

• Le ministère est désormais mobilisé pour préparer les décrets d'application de la loi (dont la plupart seront soumis au Conseil d'Etat). Mon objectif est que tout soit mis en œuvre le 1er janvier 2007.

• Vous l'avez compris : l'heure n'est pas à l'auto-satisfaction, mais à la mobilisation !

Monday, July 24 2006

La voie de la justice et de la raison

__Interview de Nicolas Sarkozy Ministre d’Etat, de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire Président de l’Union pour un Mouvement Populaire Le Figaro du 24 juillet 2006__

Vous réunissez aujourd'hui les préfets pour faire un premier bilan des régularisations d'étrangers clandestins dont les enfants sont scolarisés en France. Combien de demandes avez-vous enregistrées ?

Les préfets ont enregistré 14 000 demandes d'adultes candidats à une régularisation. Ils ont d'ores et déjà délivré des titres de séjour à 580 personnes et les ont refusés à 700 autres. Mais toutes les situations n'ont pas encore été étudiées : le 13 juillet dernier, 9000 convocations avaient été envoyées. Il faut laisser le temps aux fonctionnaires de recevoir les familles, et de voir si elles ont noué de réels liens avec la France. Les demandeurs auront leur réponse à la fin du mois d'août.

Vous avez dressé une liste de six critères. Les candidats doivent-ils remplir les six pour être régularisés ?

C'est une appréciation au cas par cas. Evidemment, un seul critère ne suffit pas ! Par exemple, un enfant scolarisé en France depuis 2005 mais dont un des parents vit à l'étranger avec tous ses frères et sœurs ne remplit pas les conditions nécessaires.

Quel est le rôle exact d'Arno Klarsfeld dans le processus ?

Parce qu'il avait effectué un travail remarquable sur la délinquance des mineurs, je lui ai demandé d'être médiateur national sur ce dossier, c'est à dire d'examiner avec les préfets les cas les plus complexes. Mais il n'est pas là pour repêcher ceux qui auraient essuyé un refus.

Le guichet des demandes de régularisation est ouvert jusqu'au 14 août. Attendez-vous encore beaucoup de dossiers ?

Non. Avec la publicité faite autour de ma circulaire du 13 juin par les médias et les associations, je ne pense pas que les étrangers concernés puissent encore ignorer ce dispositif ! Au total, les services du ministère estiment que nous ne devrions pas dépasser les 20 000 demandes.

Combien de régularisations seront, selon vous, accordées ?

Il est évidemment trop tôt pour donner un chiffre précis, mais si les premiers dossiers examinés sont représentatifs de l'ensemble des demandes, la proportion devrait tourner autour de 30%.

Soit entre 6000 et 7000 personnes. Nous sommes loin des 40 000 régularisations annoncées par Julien Dray...

Julien Dray a grand tort d'utiliser ce dossier à des fins politiciennes, car c'est l'héritage socialiste que nous réglons aujourd'hui. Ce n'est pas moi, en effet, qui ai créé les familles de sans-papiers! En 1997, le gouvernement de Lionel Jospin a régularisé 80 000 étrangers qui, aussitôt, ont fait venir leur famille. Le message a été entendu dans le monde entier : chacun a compris que l'on pouvait entrer clandestinement en France avec la certitude d'être un jour ou l'autre régularisé.

Comment savez-vous que les familles qui demandent aujourd'hui des papiers sont arrivées au cours de cette période ?

Les chiffres des demandes d'asile parlent d'eux-mêmes. En 1997, la France a enregistré 20 000 demandes d'asile. Ce nombre a quasiment doublé chaque année pour atteindre 82 000 fin 2002. Or chacun sait bien que les demandes d'asile ne sont pas seulement fonction de l'évolution du nombre de dictatures dans le monde : c'est souvent la formule utilisée par les réseaux d'immigration irrégulière pour contourner les conditions régulières d'entrée en France. Pendant que les dossiers d'asile étaient instruits, les familles se sont installées, les enfants ont été scolarisés... Voici la bombe à retardement que nous ont laissée les socialistes.

Le problème tient aussi à la longueur des délais d'instruction, dont le chef de l'Etat s'est plaint le 14 juillet...

Il a raison, même si beaucoup a été fait. En 2002, il fallait entre deux et trois ans pour clore une procédure qui se concluait dans 85% des cas par un rejet. En 2005, le temps moyen d'instruction d'un dossier est de 3,5 mois à l'Ofpra (Office française de protection des réfugiés et apatrides) puis de 8 mois à la Commission de recours des réfugiés (CRR), soit un peu plus d'un an. Nous pouvons sans doute encore gagner quelques mois devant la CRR, mais guère plus. Parallèlement, la réforme des règles de l'asile a permis de diminuer le flux des demandes : en 2006, leur nombre devrait se situer autour de 26 000 contre, je le rappelle, 82 000 il y a quatre ans.

Allez-vous renvoyer les familles auxquelles vous refusez le séjour ?

Bien sûr. Il y a tous les jours des départs organisés. Il n'y aura pas de "chasse aux enfants" contrairement à ce que certains ont cherché à faire croire, mais les personnes qui ne répondent pas à nos critères ont vocation à partir, soit volontairement, soit de manière contrainte.

Avez-vous vraiment les moyens de les éloigner ?

Les socialistes avaient non seulement laissé s'installer tout le monde mais ils avaient également renoncer à les faire repartir. En 2005, nous avons réalisé 20 000 éloignements contre 10 000 en 2002. Cette année, j'ai fixé un objectif de 25 000 départs.

A l'avenir, songez-vous à refuser la scolarisation des enfants de clandestins ?

En aucune façon. Outre que cette proposition de Jean-Marie Le Pen et de Philippe de Villiers est hautement discutable du point de vue de la morale, elle est contraire à toutes les conventions internationales signées par la France.

«Chasse, rafle...». Peut-on gagner la bataille de la communication quant il s'agit d'enfants ?

Il ne s'agit pas de communication. Il s'agit de bon sens et de l'intérêt national. Entre deux options également folles - on renvoie tout le monde comme le souhaite Le Pen, on garde tout le monde comme le demandent les socialistes - j'ai choisi la voie de la justice et de la raison.

Considérez-vous que le réseau RESF qui réunit des enseignants et des parents d'élèves mène contre vous une campagne politique ?

Certains de ses membres sont sincères. C'est d'ailleurs avec eux que j'ai supprimé la double peine que Madame Royal veut rétablir. Pour d'autres, c'est un filon qu'ils exploitent. Au fond, ils jugent illégitimes que la France refuse à quiconque de s'installer sur son sol. Je ne céderai pas plus à cet extrémisme de gauche qu'à l'extrémisme de droite. Pendant des années ces belles âmes ont empêché la France de débattre des questions d'immigration. Résultat : une extrême droite à un niveau inégalé en Europe, à part l'Autriche. Beau travail !

En attendant, la droite de la droite va vous reprocher de régulariser trop d'étrangers, et la gauche de ne pas en régulariser assez...

Quand je vois la situation politique de Philippe de Villiers, je me dis que ses attaques ne rencontrent guère d'écho dans notre électorat. Quant aux socialistes, ils ne manquent pas d'air de m'accuser d'appliquer une loi qu'ils ont eux-mêmes votée! Car dans les deux textes que j'ai fait adopter en 2003 et 2006, il n'y a pas un article concernant ces affaires d'éloignement des familles. Quand MM. Lang et Delanoë dénoncent un «crime contre les enfants», ils dénoncent une loi dont ils n'ont jamais demandé l'abrogation. Les Français ne sont pas dupes de ces hypocrisies: je pense au contraire que les bons sondages dont on me crédite ces jours-ci sont les fruits de la politique que j'ai conduite sur l'immigration. Ils montrent que la position d'équilibre que j'ai prise, et qui a été soutenue par le président de la République comme par le premier ministre, a été comprise. En validant la nouvelle loi sur l'immigration choisie, le Conseil constitutionnel a signifié que cette idée s'inscrivait parfaitement dans notre tradition républicaine. Plus que jamais, je suis déterminé à l'inscrire au cœur du projet que je veux porter devant les Français.

Dans votre livre «Témoignage», vous promettez un projet «argumenté, précis et chiffré» pour la présidentielle. Comment s'articulera-t-il avec la plate-forme de l'UMP pour les législatives ?

L'UMP fera le choix de son candidat et du projet qu'il portera en janvier 2007. Auparavant, nous aurons adopté notre plateforme législative, qui sera différente du projet présidentiel. La plate-forme devra être forte, mais elle sera le fruit d'un compromis entre les différents éléments de la famille. Pour gagner les législatives, il faut 35% des voix. Pour la présidentielle, un peu plus de 50% : le candidat à la présidentielle doit donc aller plus loin que l'UMP. Il peut mettre des éléments qui lui sont plus personnels dans son projet.

Par exemple ?

La discrimination positive à la française ne sera pas dans le projet législatif de l'UMP, mais le candidat peut la défendre. J'en parlerai le moment venu... si je suis candidat.

Votre discours d'Agen sur l'euro a ému certains de vos amis, notamment Edouard Balladur. Est-ce un avant-goût de votre programme présidentiel ?

Il en faudrait plus pour émouvoir Edouard Balladur ! A Agen, j'ai simplement voulu rappeler que les Français avaient voté non à 55% au référendum sur la constitution européenne. J'ai voté la création de l'euro parce que je crois qu'il faut doter l'Europe d'une grande monnaie. Mais je souhaite que l'euro soit mis au service de la croissance. Nous sommes le seul pays du monde où la monnaie est un sujet tabou. Les Américains ont-ils honte de parler du dollar ? Demandez donc à M. Greenspan comment il a fait du dollar un élément de la puissance économique américaine! S'interroger sur une stratégie monétaire toute entière focalisée sur la lutte contre une inflation qui n'existe pas est une question de bon sens. On a fait la monnaie unique pour avoir plus de croissance que les autres et au final, on en a moins que les Anglais et les Danois, qui ne sont pas dans l'Euroland ! Si on a créé l'euro, c'est pour s'en servir. Ce qui est extraordinaire, ce n'est pas que je me pose la question, c'est que je sois le seul !

A Agen, vous avez peu parlé du déficit. Est-ce pour vous un sujet secondaire ?

Excusez-moi, mais je suis le seul homme politique à dire par exemple qu'il ne faut pas remplacer un fonctionnaire sur deux, ou à prôner une franchise sur l'assurance maladie... Non seulement j'en parle, mais je fais des propositions, donc je n'ai pas de leçons à recevoir ! Surtout pas des socialistes, qui veulent continuer dans la voie de la réduction du temps de travail, alors que moi, je recherche l'augmentation du pouvoir d'achat. Mais rassurez-vous : je l’ai montré quand j’étais Ministre de l’Economie et des Finances, je suis décidé à maitriser les dépenses publiques et à réduire les déficits.

Mais les libéraux aussi s'interrogent...

Je note et j'apprécie qu'après m'avoir fait un procès en ultra-libéralisme, on m'accuse d'être un libéral a minima. En vérité, je suis un pragmatique. Peu m'importent les querelles théologiques. Quand je vois certains grands patrons se verser quarante siècles de RMI, je dis que c'est trop, non parce que je ne suis pas libéral, mais parce que je ne veux pas que la droite fasse cadeau à la gauche de ses incohérences. Je n'appartiens à aucun secte, à aucun clan, aucune idéologie. Si je dois préparer l'avenir, il faut que je le fasse dans un esprit de rassemblement. J'ai été accusé d'interventionnisme lorsque j'ai décidé que l'Etat monterait à 20% dans Alstom, ou encore quand je me suis opposé au rachat d'Aventis par Novartis. Résultat : l'Etat a revendu 2 milliards ses 20% d'actions Alsthom, et Sanofi-Aventis est aujourd'hui le troisième groupe pharmaceutique du monde. C'est cela le libéralisme encadré.

Votre démarche s'inspirerait-t-elle de la campagne qu'a menée Jacques Chirac en 95, quand il s'appuyait sur Madelin d'un côté et sur Séguin de l'autre ?

Je suis sensible à la comparaison avec un candidat qui a gagné, mais pour le reste, comme j'ai eu l'occasion de le dire, lui c'est lui et moi, c'est moi. Je ne pense pas que ma campagne copie celle de Jacques Chirac quand je propose l'ouverture des commerces le dimanche, l'exonération des charges sociales sur les heures supplémentaires, la suppression des 35h ou encore la mise en place du contrat de travail unique. Les peines-planchers pour les multirécidivistes ou la suppression de l'excuse de minorité pour les mineurs récidivistes, ça ne fait pas non plus vraiment «fracture sociale».

Donc, même si vos relations se sont améliorées, vous n'êtes pas devenu chiraquien ?

L'apaisement ne veut pas dire l'identification.

Wednesday, July 19 2006

Témoignage

__Interview de Nicolas Sarkozy Le Parisien du 18 juillet 2006 Propos recueillis par Bernard Mazières, Dominique de Montvalon et Ludovic Vigogne__

Comment vous est venue l'idée de ce livre ? Nicolas Sarkozy. D'une manière assez simple. Le premier problème de la vie politique, c'est un déficit d'authenticité. Je ne dis pas déficit de vérité car je sais -par expérience- que la vérité peut être plus ou moins relative. J'ai donc eu envie de prendre un peu de recul en m'efforçant de mettre en cohérence ce que j'avais vécu, ce que je ne n'avais pu ou su expliquer, les leçons que j'en avais tirées. J'ai voulu créer les conditions d'un dialogue avec les Français.

Qui en a choisi le titre ? C'est Cécilia.

Beaucoup ont le sentiment de connaître déjà tout (ou presque) sur vous. Il y a encore des choses à découvrir ? Je n'ai pas la prétention d'être un incompris. Mais je revendique ma part de complexité et aussi, à l'occasion, d'erreurs. Je suis heureux de pouvoir ainsi m'expliquer sur mes rapports avec les Américains, sur l'intérêt de la discrimination positive ou ses mes liens précis avec Jacques Chirac car la vie politique est telle qu'on a vite fait de vous caricaturer. Plutôt que de laisser parler en mon nom, autant que je m'exprime! J'ai relevé que François Hollande, parlant de «Témoignage», considère que je m'aime beaucoup: j'admire celui qui est capable de parler d'un livre sans l'avoir lu ! J'ai surtout noté le dépit qu'on ait si peu parlé du sien…

"J'ai attendu avec tant d'impatience de devenir adulte", écrivez-vous... J'ai toujours voulu être libre. J'ai vite découvert que la liberté allait avec l'âge adulte. Je ne vis donc pas dans la nostalgie de l'enfance. D'autant que j'ai le souvenir d'une enfance où je me posais beaucoup de questions sans avoir les réponses, et où surtout où il y avait toujours quelqu'un pour me dire où il fallait que je me mette, ce qu'il fallait que je fasse et en quoi mon avenir était limité.

Vous dites que la France vit aujourd'hui une situation comparable au grand tournant de 1958... Depuis trente ou quarante ans, nous ne faisons pas les mêmes efforts que nos principaux voisins. Regardez la Grande-Bretagne ou l'Espagne, et comparez-les avec la France ou l'Allemagne: sommes-nous toujours dans la course? Notre fameux "modèle social", personne n'en veut. Notre modèle d'intégration, personne ne nous l'envie. Si je m'inscris dans la filiation gaulliste, c'est parce que le gaullisme n'a été que ruptures: il a tourné le dos à la tradition de l'empire colonial français, à l'instabilité institutionnelle, à la politique monétaire avec le nouveau franc, à la vieille politique économique en lançant le plan Rueff. En tous domaines, le gaullisme n'a eu de cesse de faire entrer la France dans la modernité. C'est aujourd'hui encore notre défi.

Vous dites votre "admiration" pour un certain nombre de qualités de Jacques Chirac... J'ai voulu lever le voile sur la réalité de nos relations. J'ai fait de la politique ma vie professionnelle or qu'est-ce que je constate ? Il est un homme qui a été élu deux fois président de la République, qui a été nommé deux fois Premier ministre, qui a occupé tous les postes ministériels importants, qui a été chef de parti, qui a su surmonter tant et tant d'épreuves. Si je n'ai pas de la considération pour lui, comme j'en ai d'ailleurs pour François Mitterrand, alors pour qui en aurais-je ? Et quelle suffisance ce serait! Je dis cela sans aucun esprit flagorneur d'autant que, au point où nous en sommes, le Président ne peut rien me donner. C'est donc un moment de ma vie politique où ce que j'écris n'est pas seulement sincère mais totalement désintéressé. Ces lignes peuvent d'ailleurs me valoir plus d'ennuis que d'avantages. Cela étant, je décris aussi nos désaccords de fond qui ne sont pas négligeables, je mets en exergue nos différences et je souligne que nous ne sommes pas agacés l'un et l'autre par les mêmes choses.

Vous seriez, en somme, l'héritier de Chirac sur la forme, pas sur le fond... Dans ma manière de faire de la politique, il y a certainement une filiation. Certains ne disent-ils pas que, s'il y a eu des étincelles entre nous, c'est peut-être parce que Jacques Chirac reconnaît en moi certains de ses traits de caractère, y compris dans la façon dont j'ai pris l'UMP comme lui-même en 1974, porte Maillot, avait pris l'UDR. Et ne peut-on considérer que son choix de Giscard aux dépens de Chaban en 1974 ressemble au choix que j'ai fait de Balladur en 1995 ? J'apprécie aussi chez Jacques Chirac sa façon de ne jamais renoncer. Pour le reste, il y a beaucoup de différences qui sont respectables. J'aime le débat d'idées, je ne pense pas que cela le passionne. J'aime convaincre, lui préfère enflammer. Il voit la France fragile et rétive au changement, je la vois solide et impatiente du changement. Aux pires moments de nos affrontements, j'ai senti chez Jacques Chirac de l'agacement, parfois de l'exaspération. De la haine, jamais. Y compris quand il m'a interdit de me présenter à la présidence de l'UMP, et que j'ai refusé de céder. Je suis conscient également de la façon dont il m'a fait pleinement confiance aux heures de crise: celle des banlieues, par exemple, ou du CPE.

En défendant un "libéralisme régulé", ne cherchez-vous pas à polir votre image ? On peut présenter les choses comme ça. En même temps, quand je suis ministre des Finances et que je fais racheter par l'Etat 21% d'Alstom ou que j'empêche Novartis d'acheter Aventis, c'est par conviction. Les réserves que j'ai sur la politique de l'Euro fort, je les ai exprimées dès 1993 pour le Franc. Avec ce livre, je cherche à revenir à l'essentiel. Je ne suis pas décidé à faire des compromis.

"La rupture que j'appelle de mes voeux, écrivez-vous, n'est pas une rupture avec la France que nous aimons"... Des France -voyez l'Histoire- il y en a plusieurs. La France rebelle, inventive, qui ne renonce pas, qui ne délaisse pas l'avenir en s'enfermant dans le passé, c'est avec cette France-là d'abord que je veux renouer. Quant à la rupture que j'appelle de mes voeux, c'est avec une certaine façon de faire de la politique.

Pour vous, les classes moyennes ont été abandonnées, et elles sont pourtant la clé du sursaut... C'est une erreur de mobiliser un pays autour de la seule situation des exclus. Bien sûr qu'il faut leur tendre la main. Mais consacrer la politique sociale à eux seuls, c'est une grave erreur. Il y a une catégorie de salariés -dans le public comme dans le privé- qui ont une famille, un emploi, une voiture, qui travaille dure et pour qui la vie est pourtant très difficile. Quelles perspectives lui offre-t-on ? Chez nous, 1 Français sur 2 est propriétaire de son logement. En Angleterre, 2 Anglais sur 3. N'est-ce pas autrement plus positif de mobiliser un pays en disant, y compris aux petits salaires, vous allez devenir propriétaires de votre logement plutôt que d'avoir comme seul projet de couvrir la France de HLM ? Je crois au travail, à la promotion sociale, au mérite, à l'effort. Je dis donc à cette France qui travaille qu'elle ne se désespère pas. Elle doit croire en la promotion sociale de sa famille. L'avenir doit redevenir une promesse et ne plus être une menace.

Vous combattez l'immigration clandestine, mais vous refusez l'idée d'une immigration zéro. Une voie étroite quand on observe votre difficulté à régler le dossier des élèves sans-papiers... Quand je vois que des députés PS appellent à ne pas appliquer la loi, je leur rappelle que c'est la leur, pas la mienne. Seconde remarque: ces familles qui demandent à être régularisées sont arrivées entre 1998 et 2002 pour l'essentiel, à une époque où tous les clandestins se disaient: on va être régularisés, il faut qu'on tienne. Qu'est-ce que je veux faire ? 1. Tous ceux qui relèvent de la convention de Dublin seront raccompagnés. En clair: tous ceux qui ont déposé une demande de régularisation au titre de réfugié politique dans un autre pays de l'Union seront raccompagnés dans ce pays. 2. Tous ceux qui n'ont pas de liens avec la France -c'est-à-dire ceux qui sont arrivés après l'âge de 15 ans, après le début de l'année scolaire ou qui essaient de profiter d'un effet d'aubaine- seront pareillement raccompagnés. 3. Nous régulariserons ceux qui sont arrivés chez nous jeunes et n'ont pas (ou plus) de liens avec leur pays d'origine. Le 24 juillet, je publierai le nombre exact d'expulsions et de régularisations. Chaque jour, il y a quelques dizaines de familles qui sont expulsées. Si je régularisais tout le monde, non seulement je créerais une nouvelle filière d'immigration, mais les familles des nouveaux régularisés demanderaient immédiatement le regroupement familial. Un engrenage que personne ne contrôlerait.

Londres, dites-vous, est en passe de devenir la septième ville de France tant les jeunes Français y affluent... Tous les enfants ne sont pas capables de passer les grands concours mais, dans le système anglais, à condition d'accepter de travailler dur, on peut intégrer une grande banque ou une grande entreprise : on y est formé et ça vaut HEC. Cela s'appelle une deuxième chance. D'où l'afflux de Français. Car la partie la plus dynamique de notre jeunesse s'imagine que, pour réussir, elle doit partir. Je n'accepte pas ce raisonnement. Quelle France étonnante où ceux qui ont de l'argent sont encouragés à s'installer en Belgique, en Espagne ou en Suisse tandis que nos meilleurs jeunes décident de traverser la Manche! Pas un restaurant à Londres sans un serveur français et, quand on leur demande: pourquoi êtes-vous là ? Ils répondent parce qu'on veut travailler. Dans toutes les capitales européennes, les magasins sont ouverts le dimanche: pourquoi n'est-ce pas le cas à Paris ?

A propos de l'affaire Clearstream, vous dites des choses très dures, notamment sur Jean-Louis Gergorin, et vous souhaitez toute la vérité... Mettez vous à ma place: je n'ai jamais rencontré M. Gergorin. Or ce Monsieur me dénonce à un juge, transmet des fichiers de banques truqués, évoque un voyage en Inde que je n'ai jamais effectué, se répand en considérations multiples sur moi et -le plus insupportable- masque tout cela sous un raisonnement pseudo-intellectuel. S'agissant de Dominique de Villepin, j'ai choisi de lui faire confiance. Je n'arrive pas à croire que, derrière toute cette affaire, il y ait eu une volonté politique. D'une certaine façon, c'est ce qui explique que j'aie choisi de ne pas quitter le gouvernement.

Vous évoquez Cécilia. J'ai pris conscience, dites-vous, de l'avoir "trop exposée"... D'abord, c'est Cécilia qui m'a demandé d'écrire ces lignes. Ensuite, je ne me suis jamais plaint. J'ai été poursuivi, harcelé. Nos enfants, nos parents ont dû supporter les commentaires de ceux qui prétendaient savoir et ne savaient rien. J'ai donc trouvé que consacrer un chapitre de mon livre pour clore ce chapitre de ma vie était nécessaire. Qui aurait compris que je n'en parle pas ? J'ai voulu tout dire des sentiments sans rien dire des faits. Je l'ai fait avec pudeur et vérité. Cela dit, j'ai sous-estimé la rudesse du combat politique et sans doute surestimé la capacité de Cécilia à encaisser les attaques qui, à un moment donné, se sont concentrées sur elle. Je m'en veux de n'avoir pas suffisamment protégé les miens.

Dans votre livre, avez-vous tout dit ? Tout ce que j'ai dit, je le ferai. C'est une question de respect et de crédibilité de la parole politique.

Qu'aimeriez-vous que les Français disent après avoir achevé votre livre ? Il est vrai. Il ne joue pas la comédie.

Vous dites que la présidentielle de 2007, ce sera du 50-50 ? Un destin, c'est la rencontre d'un caractère et d'une situation. Je me suis demandé pendant des années si j'avais le caractère. La situation, je la sens favorable. Je suis prêt comme je ne l'ai jamais été. Mais, quel que soit le candidat socialiste, ce sera difficile.

Y-a-t-il un risque de destruction du Liban ? Oui. Du fait de la volonté syrienne de continuer à peser au Liban, du comportement de certaines milices armées dont il faut que le Liban se débarrasse, des craintes légitimes d'Israël pour sa sécurité, il y a un risque réel de désintégration d'un petit pays important pour la région, important pour la France. On ne peut pas mettre sur le même plan le Hezbollah et Israël: le Hezbollah -mouvement terroriste- est l'agresseur. Mais cela ne m'empêche pas de conseiller à Israël de ne pas sur-réagir: «Ne commettez pas l'irréparable, proportionnez votre réplique. Je veux aussi insister sur les dégâts que provoque l'Iran, qui est clairement derrière le Hezbollah. Que les dirigeants iraniens souhaitent rayer Israël de la carte, ce n'est tout même pas de l'anecdote. Pourquoi cette guerre au Liban ? Parce que les Iraniens, par Hezbollah interposé, cherchent à détourner l'attention du monde de ce qu'ils préparent, eux, en matière nucléaire.

Friday, July 7 2006

Réconcilier la France avec un libéralisme populaire

__Intervention de Nicolas SARKOZY Président de l'Union pour un Mouvement Populaire Réunion champêtre de Ballan-Miré - Indre et Loire Jeudi 6 juillet 2006__

Mes chers amis, Si vous êtes venus si nombreux ce soir, ce n'est pas pour entendre dire que l'impuissance politique est devenue la règle, ni que la passion des idées était vaine. Non, si vous êtes là, c'est parce qu'il y a un mot qui vous taraude, un mot dont vous refusez d'être dépossédé : le mot "espérance". Ce mot, beaucoup de Français le murmurent à voix basse, comme s'il était devenu déplacé. Et comment pourrait-il en être autrement? Depuis 25 ans, le chômage de masse s'est infiltré dans toutes les sphères de la société. L'ascenseur social est devenu le descendeur social. Depuis 25 ans, la croissance économique est poussive et le pouvoir d'achat est en berne. Les classes moyennes sont devenues des classes populaires et les classes populaires des catégories frôlant le seuil de pauvreté. Depuis 25 ans, la France se traîne et se cherche. A qui la faute ? "A la mondialisation", disent les uns. "A l'Europe", affirment les autres. "Au libéralisme", répètent certains. "Aux immigrés" prétendent d'autres encore. C'est étrange comme on peut être créatifs dès lors qu'il convient de trouver des boucs émissaires… Et si la faute nous en revenait directement ? Et si c'était nous qui étions responsables des conséquences de ce que nous avons voulu et fait ? J'accuse la gauche d'avoir nourri et provoqué toutes les principales erreurs économiques et sociales de ces trois dernières décennies ! Et je regrette que la droite ne les aient pas combattu avec plus de fermeté et surtout qu'elle ne les aient pas réparées avec plus de résolution ! J'accuse la gauche française d'être la plus rétrograde et dogmatique d'Europe ! Et je regrette que la droite se soit excusée pendant si longtemps de ne pas être cette gauche ! Je ne réclame pas un droit d'inventaire car je ne veux pas m'exonérer d'une responsabilité collective. J'appelle à un effort commun de lucidité et de vérité. Le redressement de la France exige d'être francs avec nous-mêmes car personne ne viendra faire le travail à notre place. La vérité c'est que la prospérité récompense les peuples qui vont la chercher et non ceux qui la revendiquent sans s'en donner les moyens. La vérité c'est qu'un peuple qui travaille moins crée moins de richesse et de croissance. Moins de travail, c'est davantage de pauvreté. Plus de travail, c'est davantage de protection sociale. Je suis venu en Indre et Loire pour vous dire que la France est un pays à nul autre pareil qui doit croire en son avenir. Je suis venu vous dire que la rupture est nécessaire et que le changement est possible. Et j'affirme que cette rupture épouse la cause de tout mon combat: celui de la justice. Je veux parler de la France qui souffre parce que la gauche l'a abandonnée, cette France qui se débat avec le SMIC pour ne pas être rattrapée par le RMI, cette France qui accélère le pas dans la cité pour ne pas être terrorisée par la bande du coin, la France qui économise pour partir quelques jours en été. Je veux parler pour la France qui travaille dur, la France de ceux qui sont à la peine, qui s'engouffrent dans le métro du matin, qui vont sur les chantiers, qui sont devant leur ordinateur toute la journée. Je veux parler pour cet agriculteur qui cherche un successeur, cet employé qui cumule deux boulots, cette famille qui se serre la ceinture, ce gamin de la cité qui rêve d'en sortir, ce fonctionnaire qui en fait plus que ses collègues. Je veux parler pour ce cinquantenaire qui a trop d'expérience pour être embauché et pour ce jeune étudiant qui n'est pas embauché parce qu'il n'a pas d'expérience. Je veux parler pour tous ces Français qui, au fond d'eux même, ont une ambition plus large que leur réalité quotidienne. Je suis venu en Indre et Loire pour célébrer une valeur qui est au cœur de toutes les espérances françaises : la valeur du travail. Cette valeur qui émancipe, qui grandit, qui enrichit. Depuis 25 ans, cette valeur est dénigrée. Depuis 25 ans, on se contente d’accompagner les conséquences du chômage sans chercher à agir sur ses causes. Les socialistes proposent de continuer. Je propose d’arrêter ! Ils proposent de changer l’indice des prix. Je propose de changer de politique ! Ils proposent de consacrer les valeurs de l'égalitarisme, du nivellement et de l'assistanat. Je propose de construire la France du mérite, de l'effort et de la récompense. Au nom de la justice sociale, au nom de la dignité de chacun et de la prospérité de tous, je veux donner la priorité au travail parce que c’est le travail qui crée le travail. Comme c'est la richesse qui crée la richesse.

La réhabilitation du travail passe d’abord par une certaine morale. La politique pour les socialistes c’est faire la morale à tout le monde. Moi je veux faire une politique respectueuse de la morale !

Je veux dire à celui qui travaille dur pour gagner sa vie et qui est démoralisé de voir que l’assistance paye mieux que le travail, que je veux construire avec lui une société où il n’y aura plus d’assistance sans contrepartie, où il sera demandé à celui qui vit avec les minima sociaux d’accomplir un travail d’utilité sociale. Car il ne peut y avoir de droits sans la contrepartie de devoirs.

Je veux dire au salarié qui a économisé sou à sou pour acheter la voiture dont il a besoin pour aller travailler et qui est écœuré de découvrir au petit matin qu’elle a été brûlée par des individus désœuvrés, que je veux construire avec lui une société où l’on ne cherchera plus des excuses aux délinquants, une société où les victimes seront la priorité de l'action publique.

Je veux dire à l’ouvrier qui se demande ce qu’il va bien pouvoir dire à ses enfants pour les convaincre de travailler à l’école quand il lit dans le journal qu’un adolescent de 14 ans gagne 700 € par semaine en faisant le guet pour les revendeurs de drogue du quartier, que je veux construire avec lui une société qui pratiquera le principe de la tolérance zéro avec tous les trafiquants.

Je veux dire au petit patron qui paye toutes ses charges et qui n’en peut plus de la concurrence déloyale que je veux construire avec lui une société où il n’y aura plus aucune indulgence pour le travail au noir et pour la contrefaçon.

Je veux dire au patron voyou qui déménage son usine la nuit, ou qui vide la caisse pour n’avoir à payer ni les salaires ni les indemnités de licenciement que pour lui ce sera la tolérance double zéro.

Je veux dire à ce grand patron dont la gestion est un échec et qui négocie une prime d’éviction en forme de parachute en or qu’il est légitime que la réussite paye mais qu’il est scandaleux que l’échec enrichisse et que son parachute en or n’est rien d’autre qu’une forme d’abus de bien social.

La moindre des choses c’est que les dirigeants des grands groupes cotés assument leur rémunération devant leurs salariés, leurs actionnaires, et que, par conséquent leurs rémunérations ne soient pas secrètement fixées dans le huis-clos du conseil d’administration mais publiquement approuvées par l’assemblée générale des actionnaires, et publiées nominativement dans le rapport annuel. Je propose qu’il en soit de même pour toutes les primes exceptionnelles, les parachutes et les retraites chapeau.

Je propose aussi qu’aucun programme de stocks options ne puisse être réservé aux seuls dirigeants mais qu’il soit étendu à tous les salariés de l’entreprise de sorte que chacun soit partie prenante au succès de tous.

Mes chers amis,

Les socialistes proposent la généralisation des 35 heures. Je propose l’augmentation du pouvoir d’achat et je veux, pour cela, que tous ceux, dans le public comme dans le privé, qui veulent travailler plus pour gagner plus puissent le faire.

En 25 ans le pouvoir d’achat des salaires n’a en moyenne presque pas augmenté alors que le niveau de qualification n’a pas cessé de s’élever ! La France qui vit de son travail a subi une chute de son niveau de vie, elle a plus de mal à joindre les deux bouts, plus de mal à remplir le "panier de la ménagère", plus de mal à se loger. Pour habiter un logement de la même surface dans le même quartier les jeunes générations doivent travailler aujourd’hui deux fois plus longtemps que leurs parents pour le louer et trois fois plus pour l’acheter !

Face à cette question du pouvoir d'achat, les socialistes veulent construire le progrès social contre l’économie. Je veux construire le progrès social grâce à l’économie !

Ils disent : augmentons le SMIC, l’entreprise paiera ! Mais si elle ne peut pas payer, elle licenciera ou elle ira produire ailleurs ou elle se rattrapera sur tous les autres salaires.

Ils disent : faisons payer le capital ! Mais si le capital paye trop, il s’en ira. Le programme socialiste créera un vaste mouvement de délocalisation de nos emplois, de nos entreprises, de nos talents.

Je propose l’augmentation des salaires nets et la diminution des charges qui pénalisent le travail. Et pour cela, je veux tout mettre sur la table sans tabou : l’impôt sur le revenu, la taxe professionnelle, la taxe sur les salaires, les charges sociales.

Comment pourrait-on espérer revaloriser le travail si en le surtaxant on pousse les entreprises à l’économiser et à freiner les salaires ? Et comment peut-on sérieusement proclamer qu’on veut donner la priorité à l’emploi si l’on taxe l’entreprise sur le nombre des salariés qu’elle emploie et sur les salaires qu’elle leur verse plutôt que sur ce qu’elle produit et sur ce qu’elle vend ?

Qu’elle logique y a t- il à ce que le consommateur contribue à financer sa sécurité sociale quand il achète un produit français et pas quand il achète un produit étranger ? Comment atténuer cette contradiction qui pousse le salarié en manque de pouvoir d’achat à détruire son emploi et sa protection sociale en achetant les produits bon marché des pays à bas salaires ? Comment financer la protection sociale sans faire fuir ni les capitaux ni le travail ?

Face à toutes ces interrogations, je veux que nous examinions toutes les pistes sans tabous. Je propose que l’option de la TVA sociale soit étudiée sans a priori idéologique.

Certains experts jugent cette initiative inutile… Eh bien je les invite à aller demander à l’industriel, à l’ouvrier du textile, à l’agriculteur s'ils pensent que ce n'est pas une bonne idée de faire contribuer les importations au financement de la protection sociale et d’en exonérer les exportations !

Je ne suis pas un idéologue. Je ne suis l'otage de personne. J'ai une mission de rassemblement. Rassembler les libéraux, les gaullistes, les centristes, les européens, les souverainistes. Je dois assurer la cohérence de l'ensemble.

J'essaie d'être ouvert aux idées nouvelles. Je veux promouvoir des idées justes, pragmatiques, utiles pour le pays, des idées qui donnent une unité à la droite républicaine et un avenir à la France.

Je ne me demande pas tous les matins si je vais faire plaisir aux libéraux, aux souverainistes ou aux centristes... Je parle aux Français, à tous les Français. Je leur parle de ce qui est plus grand que nous : notre pays, notre patrie !

Mes amis,

Pour la France, mon slogan, c'est le "travail gagnant".

Aujourd'hui on décourage le travail supplémentaire, je veux le décupler. Les socialistes veulent partager l’emploi, je veux le libérer et le récompenser !

Je propose que toutes les heures supplémentaires soient totalement exonérées d’impôts et de charges sociales.

Au fonctionnaire auquel on demande plus de productivité pour assainir les finances publiques je propose le partage systématique des gains de productivité et une part de rémunération au mérite.

Au patron de PME qui à la moindre difficulté risque d’être lâché par son banquier ou mis en faillite, je propose comme aux Etats-Unis une politique de discrimination positive en faveur des PME, en leur réservant des parts dans la commande publique.

Au chef d’entreprise qui hésite à embaucher parce qu’il a peur de ne pas pouvoir licencier et qui se perd entre les quelque 36 formules de contrats de travail possibles, je propose un contrat unique à durée indéterminée, plus souple, avec une consolidation des droits du salarié au cours du temps.

Au salarié qui a peur de la précarité, je propose de créer une sécurité sociale professionnelle pour sécuriser l'ensemble de son parcours professionnel plutôt que seulement son emploi du moment. Je lui propose aussi la liberté du choix syndical en mettant fin au monopole de la représentativité fondé sur un critère historique qui n’a plus lieu d’être.

A celui qui veut changer de métier je propose le droit à la formation tout au long de la vie.

A la femme qui a du mal à concilier sa vie familiale et sa vie professionnelle, je propose un investissement massif dans le développement et la diversification des modes de garde, ainsi qu'une journée scolaire qui se termine par des études surveillées qui permettront de ne pas laisser les enfants livrés à eux-mêmes, qui garantiront que les devoirs seront faits, qui offriront aux enseignants qui le souhaiteront la possibilité d’augmenter leur pouvoir d’achat.

Et enfin, parce que le travail d'une vie doit être respecté, je propose que chacun puisse transmettre son patrimoine à ses enfants sans aucun droit de succession.

Les socialistes veulent la réduction du temps de travail pour tous comme projet de société ! Je veux aider chacun à construire son projet de vie grâce au temps choisi !

A celui qui vient d’avoir un enfant et qui a besoin de gagner plus je propose la liberté de travailler plus. A celui qui souhaite avoir davantage de temps je propose la liberté de travailler moins. A celui qui préfère travailler le dimanche je propose la liberté de le faire. Et à celui qui est contre la grève obligatoire imposée par une minorité je propose la démocratie par l’organisation obligatoire d’un vote à bulletin secret dans les 8 jours qui suivront tout déclenchement de mouvement social.

Les socialistes veulent l’assistance pour tous. Je veux que l'on reconnaisse l'utilité sociale de chacun !

Je propose une aide dans l’éducation des enfants dès le plus jeune âge car c'est là que tout se joue. Je propose que les enfants issus des milieux modestes lorsqu’ils sont doués pour les études bénéficient de bourses plus substantielles et puissent être accueillis dans des internats d’excellence.

Dans les quartiers où s’accumulent tous les problèmes de l’exclusion et du chômage, je propose de créer des classes de 15 élèves dans les collèges et les lycées. Aux familles qui sont tentées de déménager pour pouvoir inscrire leurs enfants dans des établissements scolaires qui obtiennent de meilleurs résultats, je propose d’assouplir la carte scolaire parce que c’est une meilleure façon de lutter contre la ségrégation urbaine que de créer autoritairement des enclaves de pauvres au milieu des enclaves de riches.

A celui qui veut se donner du mal pour sortir de l’assistance, à celui qui veut se donner du mal pour sortir du chômage, je propose qu’on l’aide à trouver un emploi parce que cette aide sera toujours moins coûteuse que le chômage.

Les socialistes lui proposent la survie sociale par l’allocation. Je lui propose la dignité par le travail !

Je lui dis : « Tu veux trouver du travail ? On t’accompagnera, on t'aidera à te former, on t'aidera à solliciter les entreprises". Mais je lui dis aussi : " L’Etat ne peut rien pour toi si tu ne veux rien pour toi ! ». J'affirme que la solidarité sans contreparties est une démission morale! Pour moi, la solidarité c'est respecter en chaque individu, l'homme qu'il est, mais surtout l'homme qu'il pourrait et devrait être.

Vous l'avez compris, la valeur du travail sera au cœur de notre projet. Et je veux vous dire que ce projet ne sera pas enfermé dans des dogmes.

J'affirme que la France a davantage besoin de liberté économique que de socialisme, qu'elle a impérativement besoin de se réformer en profondeur, que la maîtrise de nos dépenses publiques est une nécessité nationale.

Mais, je vous l'ai dit, je ne suis pas un idéologue. Je ne suis ni madame Thatcher ni monsieur Reagan, je suis Nicolas Sarkozy, avec mes propres convictions, mes propres intuitions, mon propre regard sur la France et sur les Français. J'ai toujours été un homme libre. Je le suis et le resterai jusqu'au bout car c'est cette liberté qui me permet de rassembler et de dire aux Français ma part de vérité.

Ma vérité, c'est que le progrès se gagne en se retroussant les manches et non en vivant à crédit sur des droits intangibles.

Ma vérité, c'est que la France a besoin d'être réconciliée avec un libéralisme populaire et non avec un capitalisme sans règles et sans éthique.

Ma vérité, c'est que la nécessaire lutte contre les déficits publics n'a aucune chance d'être remportée si elle constitue l'alpha et l'oméga de toute notre stratégie économique. Cette baisse des déficits doit s'inscrire autour d'un triple objectif : la relance de l'emploi pour résorber le trou de l'UNEDIC, le pouvoir d'achat pour tenir la consommation, la réforme de l'Etat pour accentuer sa productivité et rationaliser son fonctionnement.

Ma vérité, c'est que mon attachement viscéral à l'Europe me porte à réclamer de l'Union européenne une politique monétaire plus réactive et plus ambitieuse pour la croissance et l'emploi. Cette approche n'est pas nouvelle chez moi… Je rappelle, pour les observateurs qui l'auraient oublié, que je fus l'un des principaux artisans de l'assouplissement du pacte de stabilité européen.

Que les choses soient claires : je ne laisserai pas l'UMP s'enferrer dans des dogmes car je refuse de prêter le flanc à tous ceux qui rêvent de nous accoler une étiquette réductrice. Je ne veux pas que nous soyons caricaturés ! Je ne ferai pas le cadeau à la gauche de nous voir incarner le prétendu "camp réactionnaire" contre le prétendu "camp progressiste", le soi-disant camp du "capital" contre le soi-disant camp du "social".

Cela ne correspond ni à ce que nous sommes, ni à ce que nous voulons !

Mes chers amis,

On ne peut susciter un élan de prospérité, lorsque la délinquance et la violence condamnent encore tant de nos concitoyens à la peur et au repli.

Les voyous n'ont aucune complaisance à attendre de nous. Depuis 2002, notre politique aura permis d'épargner un million de victimes.

Mais nous ne sommes qu'à la moitié du chemin.

J'ai présenté ces jours ci une véritable stratégie de prévention vis à vis des mineurs car les actes de vol avec violence sont à 42% de leur fait. Il s'agit de coordonner les acteurs de la prévention afin que chaque dérapage soit repéré, traité, et, si nécessaire, sanctionné immédiatement. Car en la matière, un geste de fermeté vaut souvent mieux qu'un geste de mansuétude.

La jeunesse a besoin d'attention mais aussi de repères. La permissivité, le laxisme, le relativisme constituent une démission coupable à leur égard.

Je ne crains pas d'affirmer que certaines valeurs traditionnelles doivent retrouver droit de cité. Le respect en est une. Quand le maître rentre dans sa classe on se lève. Quand une personne âgée entre dans un bus on lui offre sa place assise. Quand l'hymne national ou tout autre hymne étranger retentit dans un stade on ne siffle pas. Quand on parle de la France on évite de l'injurier et de lui réclamer des comptes à tout bout de champ. C'est une question d'éducation et de respect !

J'entends également proposer que le ton soit durcit vis à vis des délinquants récidivistes car certains d'entre eux ont un casier judiciaire long comme le bras ce qui signifie que les condamnations répétées qu'ils récoltent ne sont pas dissuasives. Il faut mettre en place un ensemble de peines dont la durée augmenterait de manière certaine et prévisible avec le nombre de récidives. Et il faut allonger la durée de prescription pour les crimes, car la durée actuelle de dix ans est trop courte.

Ce n'est pas être inconvenant vis à vis de l'indépendance des juges que de dire que la justice n'est pas toujours assez sévère. J'aimerais qu'elle soit plus ferme vis à vis des coupables et plus attentive vis à vis des victimes.

Sur ce point, je propose de créer un juge pour les victimes, chargé de veiller à la pleine et entière exécution des condamnations.

Il y aussi la question dramatique de la criminalité sexuelle. Il y a quelques semaines, j’étais dans la famille du petit Mathias, ce gosse de 4 ans et demi, violé, noyé, assassiné. Au seuil de la porte de la ferme, le père de Mathias m’a dit : "monsieur Sarkozy, avant que vous ne rentriez chez moi, je vais vous poser une question : c’est le ministre ou c’est l’homme qui rentre ? ". Je suis rentré et j’ai tout eu. La visite de la chambre de Mathias, le vélo de Mathias, la peluche de Mathias. C'était bouleversant.

J’étais rassuré de pouvoir apprendre à ce père qu’on avait l’assassin. Mais je vous livre un aveu : je n’ai pas osé lui dire, je n'ai pas eu la force de lui dire, que l’assassin avait déjà été, à deux reprises, pris dans des affaires, non pas aussi graves, mais dans des affaires de cette nature.

Que pèsent certains débats parfois ahurissants sur les droits de l’homme face à un père ou une mère qui vous demande pourquoi l’Etat a laissé un monstre s’installer, sans contrôle, à côté de leur enfant. Qu’est ce que cela pèse ? Et qu’est ce qu’on dit ?

Des cas comme celui ci il y en a des centaines en France et peut être plus encore. Et nous, nous devisons pour savoir si un homme qui a maltraité, violé, qui a parfois tué, peut sortir de prison, sans qu’à aucun moment l’Etat n’assure sa traçabilité…

Au-delà de ce qui a été fait avec la création du fichier des empreintes génétiques des auteurs d'infractions sexuelles, au- delà du pointage des délinquants sexuels au commissariat ou à la brigade de gendarmerie tous les 6 mois, je pense qu'il faudra mettre en œuvre trois mesures nouvelles : le pointage mensuel; le contrôle de la réalité du traitement lorsqu'il est prescrit en alternative à la détention (au Canada ce suivi est de 6 heures par semaine); le choix à donner aux criminels sexuels comme cela se pratique dans bon nombre de pays entre la privation de liberté et la neutralisation de la libido.

Mes chers amis,

J'ai cru comprendre que la gauche s'attaquait à notre bilan en matière de sécurité… Avec elle, la délinquance avait progressé de 14.5% en quatre ans : c'est dire combien elle est bien placée pour donner des leçons !

Les socialistes sont loquaces parce qu'ils ont beaucoup à se faire pardonner.

Aujourd'hui, Mme Royal prétend qu'elle veut "l'ordre juste". C'est son slogan de campagne. Croyez-moi, les voyous se fichent des slogans. Ils ne connaissent que les actes, et en matière d'actes, le PS a toujours été mou. Voilà la réalité !

Mous, les socialistes l'ont également été sur la question de l'identité de la France. Pour certains d'entre eux, la patriotisme comme le drapeau tricolore ont toujours été un peu suspects… Il faut dire qu'en 68, le drapeau rouge était en revanche beaucoup plus chic. La France a des traditions, une culture, un mode de vie, et tout cela doit être respecté. Y renoncer ce serait renoncer à être nous mêmes, ce serait accepter d'être un peuple sans visage !

La question de l'immigration est intimement liée à l'identité de la France car une nation qui ne croit pas en elle-même et qui ne se reconnaît plus, ne peut intégrer ceux qui la rejoignent.

La France n'a pas vocation à être repliée sur elle même ( car la xénophobie et la consanguinité sont les vecteurs du déclin national ! ), mais elle n'a pas non plus les moyens d'accueillir tous ceux qui voient en elle un eldorado.

Voilà pourquoi le nombre des reconduites à la frontière est passé de 10.000 en 2003 à plus de 20.000 en 2005, et qu'il sera de 25.000 en 2006. Voilà aussi pourquoi nous allons passer d'une immigration subie à une immigration choisie.

Parmi les mesures que nous avons récemment décidées, il y a celles qui relèvent du regroupement familial. Chacun sait qu'il y a, en la matière, trop d'abus et de laxisme.

Nous n'autoriserons plus l'accueil d'une famille nombreuse dans un appartement qui n'en est pas un !

Nous n'autoriserons plus une famille à rejoindre un mari qui ne vit pas de son travail mais des allocations !

Ma philosophie est simple : on fait venir sa famille quant on est en mesure, grâce à son activité professionnelle, de pourvoir à ses besoins, de la loger convenablement, de se conformer à des conditions d'intégration comme la connaissance de la langue française et l'acceptation des valeurs républicaines.

Cette lutte sans faille contre l'immigration irrégulière m'autorise à faire du cas par cas là où les conditions de l'intégration apparaissent réunies. Sur le dossier difficile des enfants scolarisés en France dont les parents étrangers sont sans-papiers, j'ai décidé d'agir de façon pragmatique et ciblée. Je refuse la logique de la régularisation massive car elle constituerait un appel d'air. S'il suffisait d'inscrire ses enfants à l'Ecole pour avoir des papiers alors à quoi servent les lois ! L'opposition est mal-placée pour jouer les "saint-bernard" car c'est elle qui est largement responsable de cet imbroglio.

Mais je refuse aussi la logique de l'expulsion aveugle et immédiate. Il y a là des enfants qui ne connaissent rien de leur pays d'origine, des enfants qui parlent français, qui pensent français. Je veux que chaque dossier soit examiné selon des critères précis.

Je suis humain, car c'est dans mon caractère, mais je suis ferme car c'est mon devoir !

Mes chers amis,

Je suis venu en Indre et Loire pour vous dire que le mot "espérance" a encore du sens. Et cette espérance grandira lorsque les Français pourront enfin dire "que puis-je faire ? ", au lieu de se demander "que va-t-il arriver ?".

Chaque jour qui passe nous rapproche d'un grand rendez-vous avec la France. Je sais votre attente, et je connais mon devoir. J'ai un cap. J'avance avec passion mais gravité.

Ensemble, nous allons prendre des risques parce que la situation l'exige et parce que notre pays le mérite. Je ne vous propose pas un chemin facile, mais que voulez-vous, je n'en connais pas d'autre.

J'aime la France. Je veux la servir et la voir reprendre ses rêves en mains. Je veux, avec vous, être digne de ce défi.

Wednesday, July 5 2006

Immigration

M. le Député Jean-Jacques DESCAMPS

J'ai assisté hier, à Tours, à la remise par Jacques Chirac des décrets de naturalisation à plus d'une centaine d'immigrés en Touraine. J'ai chanté avec eux( pas tous, mais pas tous les assistants à cette cérémonie non plus!)la Marseillaise. C'était à la fois émouvant et instructif. Il y avait des immigrés de l'Est et du Sud, certains d'Europe, d'autres d'Afrique, quelques uns d'Asie. Bref une grande diversité de races et de niveau de vie. Le Président a insisté sur les droits mais surtout les devoirs liés à cette naturalisation. Il a eu raison. Mais il n'a pas évoqué la question des règles qui prévalent pour avoir droit au statut de long séjour des étrangers et/ou à la nationalité française. Or le problème se pose avec acuité ces derniers jours, avec l'affaire des enfants scolarisés de clandestins. La loi prévoit des aides au retour ou des reconduites à la frontière lorsque les immigrés clandestins n'ont pas de raison valable de séjourner en France (droit d'asile politique, regroupement familial, etc..). Ce qui est normal, sauf à accepter toute la misère du monde dans notre pays. Mais certains de ces clandestins ont leurs enfants à l'école et ceux-ci se sont souvent bien intégrés dans la vie de celle-ci et dans le pays. D'où les craintes exprimées par des enseignants ou des parents de les voir perdre ces acquis de culture en repartant chez eux, pour un avenir incertain. D'où les demandes de régularisation automatique de ces familles. Mais accepter sans problème de les garder en France avec leurs parents serait ouvrir un nouvel appel d'air pour une immigration clandestine qui s'accompagnerait d'une inscription à l'école, qui est de droit. Ce ne serait pas acceptable. Nicolas Sarkozy s'est donc saisi de ce problème pour traiter ces situations au cas par cas avec l'aide d'Arno Klarsfeld comme médiateur, pour vérifier que ces enfants sont scolarisés depuis un temps suffisant, qu'ils sont bien intégrés scolairement, que les familles sont sans problèmes d'intégration aussi, etc.. La difficulté imprévue est le nombre de familles dans cette situation, beaucoup plus élevé que les estimations faites avant la loi, ce qui demande des délais de traitement plus longs pour trouver la solution pour chacun: acceptation, retour avec accord des intéressés, ou renvoi de force. Le gouvernement et le Ministre de l'intérieur ont pris, à mon sens, le bon chemin, entre la régularisation automatique des clandestins, version socialiste, et le renvoi systématique, version Le Pen. La conclusion de tout cela, c'est qu'on a trop sous estimé depuis longtemps le problème de cette immigration non choisie, que certains veulent maintenant traiter ou trop brutalement ou avec seulement de la compassion, sans lucidité. Le mérite de Nicolas Sarkozy est, par une application de la législation existante, de faire apparaître la réalité des choses et ensuite de traiter la question avec méthode et avec humanité. Ne laissons ni les bonnes âmes non responsables et un peu démagogues, ni les partisans du "y a qu'à les renvoyer chez eux" sans autre forme de procès, envahir les médias. En revanche, travaillons sérieusement à remettre de l'ordre dans la maison France en apurant le passé avec tact et humanité, et en mettant en place pour les années à venir une politique volontariste d'immigration et de naturalisation choisie. Ce sera l'honneur de notre Pays que de résoudre un aussi difficile problème. Ne compliquons donc pas la tâche du gouvernement et de son Ministre de l'Intérieur par des débats politiciens sur un sujet aussi grave pour notre avenir comme pour celui de ces familles.

Texte du 30 juin 2006 publié avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Friday, June 30 2006

Nicolas Sarkozy en Guyane

__Interview de Nicolas Sarkozy, Ministre d’Etat, de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire FRANCE GUYANE – 29 juin 2006__

Le taux de criminalité en Guyane est devenu le plus élevé de France. Les Guyanais attendent des mesures urgentes. Qu'êtes-vous en mesure de leur proposer ? Si l'on examine les infractions, hors celles liées à l'immigration irrégulière, le taux de criminalité est de 69 pour mille, ce qui situe la Guyane dans la moyenne nationale. Si l'on intègre les infractions au séjour irrégulier (il y a en eu 4800 sur les cinq premiers mois), alors le taux augmente mais cela dénature complètement les choses. On ne peut pas reprocher aux forces de police d'être actives en la matière! En revanche, il est vrai que la délinquance en Guyane se caractérise par la gravité des violences commises. Cette situation n'est pas acceptable et nourrit un sentiment d'insécurité que je comprends.

Outre les moyens humains supplémentaires déjà consentis: - je viens de ramener des gendarmes de St Pierre et Miquelon sur la Guyane, ce qui fait que nous avons maintenant cinq escadrons au complet dans le département ; - 14 gendarmes supplémentaires viendront renforcer les pelotons mobiles et 9 autres la compagnie de Saint-Laurent-du-Maroni ; - 20 policiers viendront créer la 3ème section de la compagnie départementale d'intervention, 24 iront renforcer les services de la PAF, étant entendu que je veillerai au remplacement, nombre pour nombre, des personnels quittant le département. J'ai aussi décidé la création d’un Groupe d’Intervention Régional (GIR) qui sera opérationnel dès cet été, la création d'un poste de gendarmerie à Matouri (en attendant la réalisation d'une brigade) et la création d'un centre opérationnel de la gendarmerie qui permettra une couverture permanente du territoire. Je vais, par ailleurs, signer un accord avec le Ministre de la police et de la justice du Surinam pour intensifier la coopération sur le contrôle de la frontière. J'ai demandé à la Ministre de la défense de renforcer la participation des forces armées à nos missions de souveraineté et cela sera acté dans un protocole opérationnel. J'ai également fait adopter de nouvelles dispositions pour renforcer encore la législation en matière de lutte contre l'immigration clandestine. J'ai, enfin, fixé des objectifs très concrets au préfet et aux forces de l'ordre pour mettre en oeuvre une politique de fermeté.

Un procès d'assises vient de s'achever à Cayenne : un homme a été condamné à cinq ans de prison avec sursis pour avoir tué un squatter voisin. Face à la délinquance, la réaction exacerbée des habitants, l'auto-défense, est-elle justifiable ? Les décisions de justice sont souveraines et je n'ai pas à commenter un jugement d'un jury populaire. En revanche, je suis très clair : il n'est pas concevable d'imaginer que nos concitoyens puissent se faire justice eux mêmes. Je n'accepterai aucune dérive de quelque nature que ce soit dans ce domaine. C'est à l'Etat d'assurer la sécurité de tous.

Lors de votre dernière venue, des manifestants ont ouvertement soutenu la « méthode Kärcher ». La méthode forte de la mairie de Cayenne qui a détruit, en avril, sans autorisation, le squat où venait d¹être tué le policier Robinson, est-elle acceptable ? Il y a dans notre pays des procédures de droit qui s'imposent à tous, à commencer par les détenteurs de l'autorité publique. Nous devons être exemplaires, ce qui n'empêche pas de faire preuve de grande fermeté dans le respect de la Loi. J'ajoute que si la loi, à un moment donné, ne permet plus d’appréhender les problèmes qui se posent concrètement dans une société, alors le législateur peut l'aménager. C'est ce que nous avons fait, par exemple, avec le volet outre-mer de la loi immigration et intégration, récemment votée.

Selon vous, les démolitions d¹habitations illégales, par l¹Etat, doivent-elles reprendre en juillet, après la trêve de trois mois ? Dès lors que les procédures de droit ont été respectées, je demande au Préfet de faire appliquer sans délai les décisions de Justice en prenant en compte les réalités de terrain.

Le dernier congrès des élus guyanais a demandé la construction de commissariats dans les communes de plus de 10 000 habitants (quatre sont concernées en Guyane). Etes-vous d¹accord ? J'ai pris connaissance avec intérêt des propositions des élus Guyanais. Je rappelle qu'il y a aujourd'hui, en Guyane, un taux de forces de sécurité beaucoup plus élevé qu'en métropole. Il n'y a aucune raison de substituer des forces de police aux forces de gendarmerie qui remplissent bien leur mission dans un contexte très spécifique. Par ailleurs, je rappelle que j'ai fait le redéploiement dans 66 départements de métropole et d'outre-mer et que je me suis attaché, à chaque fois, à donner plus cohérence en matière de sécurité aux territoires concernés. Il n'y a aucune raison de ne pas agir de la même façon en Guyane.

Quand obtiendra-t-on l'hélicoptère de la Sécurité civile promis il y a trois ans ? L'hélicoptère EC 145 de la gendarmerie arrivera sur le département dès sa livraison, dans le deuxième semestre 2007. Des retards imputables à des raisons budgétaires ont été pris, je le regrette. Pour pallier l'insuffisance en moyens héliportés, j'ai veillé à ce que le Préfet puisse affréter un appareil civil. Pour la sécurité civile, il n'y a pas de moyens prévus dans l'immédiat et la perte accidentelle en service de 2 machines ôte, dans l'immédiat, toute marge de manœuvre. Cela étant, la situation n’est pas figée.

Si les forces de l'ordre bénéficient de davantage de moyens, ceux de la justice suivront-ils, alors qu¹il y a quelques jours, un homme a été remis en liberté simplement parce que les interprètes du tribunal, non payés, étaient en grève ? La cohérence de la chaîne pénale est cruciale à mes yeux. C'est la raison pour laquelle le Garde des Sceaux et moi-même avons envoyé une mission mixte forces de sécurité/justice. Il nous paraît indispensable que la Justice dispose de moyens lui permettant de faire face à l'augmentation de l'activité policière dans le département.

Après l'assassinat de deux piroguiers de la réserve des Nouragues, des voix s'élèvent de nouveau, réclamant la Légion comme seul moyen de lutte efficace contre l'orpaillage clandestin, estimant la Guyane « en état de guerre ». Qu' en pensez-vous ? Je réfute la notion "d'état de guerre". Il faut garder aux mots leur sens. En revanche, je suis pleinement d'accord pour dire que l'exercice de notre souveraineté nationale exige d'apporter des réponses à la hauteur des enjeux aujourd’hui. C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité que l'on intensifie l'implication des forces armées dans la surveillance du territoire et la lutte contre l'immigration clandestine. Ce concours se fera naturellement dans le respect de nos principes républicains.

Expulsés, les étrangers en situation irrégulière du Brésil et du Surinam peuvent facilement revenir en Guyane, en vingt-quatre ou quarante-huit heures. Comment est-il possible de contrôler les frontières du territoire ? Le contrôle d'un territoire aussi vaste que celui de la Guyane nécessite une triple approche. Tout d'abord, il faut se donner les capacités de contrôler efficacement les passages frontière sur le plan policier. La nouvelle loi sur l'immigration renforce, à cet égard, les moyens de contrôle. Il faut, ensuite, approfondir la coopération internationale. C'est ce que je vais faire, par exemple, en signant un accord de coopération policière avec le Surinam. Enfin, il faut agir sur le principal moteur de cette immigration qu'est le travail clandestin. Et ça, je tiens à préciser que c'est l'affaire de tous.

Combien coûtent à l'Etat 7500 reconduites à la frontière, votre objectif pour cette année ? Le coût de l'effort historique de 7500 reconduites est réel et est assumé par l'Etat. Il est certainement inférieur aux coûts économiques et sociaux de l'inertie.

Le centre de rétention, qui accueille les clandestins, est inadapté. Des rapports l'accablent. Comment remédier à cette situation ? Le centre de rétention de Rochambeau sera, dès la fin de l'année, aux normes requises. Par ailleurs, il fera l'objet d'une extension l'année prochaine.

L'aide au développement des pays voisins n'est-elle pas la meilleure solution au problème de l' immigration clandestine ? L'aide au développement est indéniablement un des outils de régulation des flux migratoires sur le long terme. J'ai eu l'occasion de le dire très clairement lors d'un récent voyage en Afrique, et je travaille actuellement à mettre au point des outils renouvelés de développement. Cela ne doit pas cependant nous dispenser d'une action déterminée à court terme.

Doit-on remettre en cause le droit du sol dans les Dom-Tom, comme l'avait suggéré François Baroin l'an dernier ? La remise en cause de ce principe du droit français n'est pas d'actualité comme l'a montré le récent débat au Parlement.

Lors de votre visite, pourquoi avoir choisi Saint-Laurent plutôt que l¹est du pays ? Devant signer un accord avec le Surinam, il était indispensable que je me rende à Saint-Laurent-du-Maroni. Par ailleurs, ayant du réduire le format de ma visite en raison de contraintes incontournables, je n'ai pu, comme cela était initialement prévu, me rendre à Saint-Georges de l'Oyapock. Je le regrette vraiment. Mais j'aurai l'occasion de revenir.

Thursday, June 29 2006

Nicolas SARKOZY Invité du journal de France3

Fermeté et humanité

Nicolas Sarkozy a tenu à rappeler « la politique de laxisme » menée par le gouvernement socialiste entre 1997 et 2002 qui laissait à penser que tout le monde pouvait entrer en France. Ainsi le nombre de demande d’asile politique est passé de 20 000 à 80 000 durant cette période. C’est cette situation qu’il faut « gérer aujourd’hui ».

Il a jugé « irresponsable » la solution qui consisterait à régulariser l’ensemble de ces familles. Cela reviendrait à « créer alors une nouvelle filière d'immigration légale que plus personne ne pourra contrôler », a-t-il affirmé.

Il propose de « traiter chaque cas un par un » avec « fermeté et humanité ». Ainsi les préfets auront deux mois pour examiner les dossiers déposés "en vue d'une admission au séjour à titre exceptionnel et humanitaire" en tenant compte de six critères: au moins l'un des parents doit avoir sa résidence habituelle en France depuis au moins deux ans; au moins un des enfants doit être scolarisé depuis septembre 2005; un enfant doit être né en France ou y résider depuis l'âge de 13 ans; absence de lien entre l'enfant et le pays dont il a la nationalité; contribution effective du ou des parents à l'entretien et l'éducation des enfants; réelle volonté d'intégration des familles ».

Il a par ailleurs annoncé la nomination d’Arno Klarsfeld « avocat qui a toujours combattu pour les droits de l'Homme » comme médiateur national chargé d'harmoniser la régularisation, sous conditions, de parents sans papiers d'enfants scolarisés.

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