Sarkozy-president.org

To content | To menu | To search

Friday, September 22 2006

La délinquance, c’est aussi un problème de justice

Extraits de la déclaration de Nicolas Sarkozy

« J'ai le plus grand respect pour l'indépendance de la justice, je suis avocat et j'ai été plus longtemps avocat que ministre de l'Intérieur ». « Je sais que l'immense majorité des magistrats font leur travail avec compétence, honnêteté et volonté de bien faire ». « Ce n'est pas mettre en cause l'indépendance de la justice que de pointer du doigt lorsqu'il y a des défaillances et lorsqu'il y a des choix idéologiques qui entraînent des conséquences sur une politique de sécurité ». « Ce n'est une remise en cause de personne, ce n'est une contestation d'aucun principe de la République, mais simplement, parfois il faut regarder les choses en face, voir ce qui marche, et le dire, et ensuite voir ce qui ne marche pas, et le dire aussi ». « Quand on critique l'action de la police, et parfois c'est nécessaire, je ne m'en offusque pas, je n'en appelle pas aux grands principes de la République, chacun d'entre nous est soumis à la critique et c'est parfaitement normal » « Je veux que chacun assume sa part de responsabilité et que l'on sorte des querelles stériles. Je redis que la délinquance, c'est aussi un problème de justice, et que nous avons tous des comptes à rendre aux Français ». « Pour moi, le vrai juge c'est le sentiment des Français ».

Thursday, September 14 2006

Discours de M. Nicolas Sarkozy, président de l'Union pour un Mouvement Populaire



Convention pour la France d'après Contre la précarité, permettre à chacun d’être propriétaire Jeudi 14 septembre 2006

Mesdames et Messieurs, Chers amis,

Permettez moi d'abord de remercier tous ceux qui ont contribué à faire de cette Convention sur le logement un succès et un vrai moment de débat pour la France d'après. Merci très sincèrement à Jean-Louis Borloo, ministre de la cohésion sociale et du logement, qui a bien voulu être présent parmi nous ce matin pour ouvrir la Convention. Merci à Marc-Philippe Daubresse et Pierre-André Périssol, tous les deux anciens ministres du logement, qui depuis plusieurs mois animent la réflexion de notre mouvement sur la politique du logement. Plus largement, merci à tous ceux, élus, professionnels de l’immobilier, universitaires, chefs d’entreprises, représentants du monde associatif, chercheurs, qui ont accepté de participer à nos réflexions, en nous faisant partager leur savoir et leur expérience.

C’est vrai, nous n’avons pas été d’accord sur tout aujourd’hui. Mais quel sens y aurait-il à organiser des Conventions sur des sujets où il n’y aurait ni débat, ni enjeu, ni aucune nécessité de faire des choix ? Au contraire, votre participation nombreuse confirme avec force la vocation de l'UMP : celle d'une grande formation ouverte et populaire, soucieuse d'apporter sa contribution au débat politique, sans parti pris et sans a priori idéologique, et désireuse de préparer ainsi un avenir meilleur pour notre pays et pour les Français.


***

Le logement est absolument au cœur des préoccupations de nos concitoyens. Il l’est d’abord pour une raison simple : comme le disait Le Corbusier, le logement est « le temple de la famille ». Notre logement concourt à définir qui nous sommes. Il est l’une des premières sécurités que chacun veut offrir à sa famille. Il est le lieu où se vivent et se partagent les plus grandes joies et les plus grandes peines. Il est un élément essentiel de la qualité de chaque vie, car il conditionne le temps de transport entre la maison et le travail, détermine l’environnement de la vie quotidienne, génère des relations avec le voisinage.

On dit que les Français consacrent au moins 25% de leur budget à leur logement, 30% avec les impôts locaux, les charges, les assurances. Beaucoup plus en fait, si l’on ajoute l’ameublement et l’équipement du foyer. Nous consacrons en réalité une part majoritaire de nos revenus à notre logement parce que nous avons besoin d’y demeurer en paix, de nous y sentir protégés. Comme l’a écrit Christian Julienne, président d’Héritage et Progrès, dans le livre qu’il vient de consacrer au logement, il y a une demande de logement, mais il y a aussi un désir d’habitat.

Le logement est également au cœur de notre politique d’aménagement du territoire et de la gestion de nos villes. Qui peut dire que ce n’est pas une question essentielle dans la France d’aujourd’hui ? Qui peut ignorer que la situation de nos banlieues, la ségrégation urbaine, la densification des villes, sont des enjeux majeurs pour les Français et pour les responsables politiques que nous sommes ? Qui peut feindre de croire qu’il n’y a pas, là aussi, matière à débat devant les Français, avec les Français ? Dans le même livre que je viens de citer, j’ai été frappé par ce chiffre : près de 90% de ceux qui achètent un logement avaient une raison forte de l’acheter là. Ils habitaient déjà le quartier, ils y avaient passé leur enfance, ils y avaient des amis… Et n’est-il pas frappant de constater que les habitants des quartiers sensibles sont à la fois toujours prompts à dénoncer les injustices dont ils sont l’objet et toujours soucieux de rappeler à quel point ils sont attachés à leur cité ? Le logement, ce n’est pas seulement des murs. C’est aussi un quartier, un besoin d’ancrage territorial. Les politiques d’aménagement du territoire sont complexes parce qu’elles se heurtent à des milliers de décisions individuelles dont la logique nous échappe parfois, mais qui font sens pour ceux qui les prennent. C’est précisément pourquoi je n’ai jamais cru que ces politiques pouvaient être autoritaires. Elles doivent être visionnaires, accompagnatrices et profondément à l’écoute des ressorts profonds des choix individuels d’installation.

Voilà pourquoi le logement est une question si sensible et si intime et voilà pourquoi la politique du logement n’est pas une politique comme les autres.


***

Notre pays affronte depuis plusieurs années une crise du logement, à la fois terrible et paradoxale.

Jamais depuis l’après-guerre, la construction n’a été aussi dynamique dans notre pays. Le niveau des mises en chantier atteint les 450 000 logements par an, quand nous plafonnions à 300 000 en 2001. Et jamais, depuis plusieurs décennies, la mobilisation publique n’a été aussi forte en faveur du logement. Incitation à l’investissement locatif, prêt à taux zéro, plan de Cohésion sociale, plan de rénovation urbaine : depuis quatre ans, notre famille politique s’est donnée les moyens de répondre à l’urgence et d’offrir aux Français les logements dont ils ont besoin.

Et pourtant, en dépit de cette mobilisation, la situation du logement demeure préoccupante pour beaucoup de Français, qui peinent à percevoir les résultats de nos efforts.

L’habitat pèse d’un poids de plus en plus grand dans le budget des ménages. Au cours des années récentes, les prix de l’immobilier se sont littéralement envolés et, depuis cinq ans, les loyers progressent chaque année deux fois plus vite que l’inflation. L’augmentation des prix de l’énergie aggrave évidemment ce phénomène.

L’accès au logement reste difficile pour bon nombre de Français. Dans les zones tendues, louer est un parcours du combattant avec des exigences de plus en plus dures de la part des bailleurs. Le logement social, qui constitue un maillon essentiel de la chaîne du logement, est statique. Les écarts de loyers sont tels entre le monde HLM et le parc locatif privé, qu’une fois entré dans le parc social, on n’en sort plus. A Paris, un logement social ne change de locataire qu’une fois tous les 20 ans. Les effets pervers de la crise du logement se diffusent en cascade à travers la société : le logement étudiant est un point noir du marché du logement, les jeunes adultes sont obligés de différer leurs projets d’installation, 100 000 de nos compatriotes vivent en camping à l’année, et, chaque jour, 50 000 personnes dorment à l’hôtel, faute d’avoir trouvé mieux. Enfin, pour trop de Français, le rêve de l’accession à la propriété fait figure de mirage. Devenir propriétaire de sa maison ou de son appartement pour y loger sa famille, préparer sa retraite, laisser quelque chose à ses enfants, est devenu inatteignable. C’est une cause certaine du désarroi de beaucoup de nos concitoyens face à un avenir qui n’est plus ressenti que comme un trou noir.

Si le logement s’est imposé parmi les principaux sujets d’inquiétude des Français, c’est aussi parce qu’au-delà de leur sort individuel, ils constatent que le mal logement n’est toujours pas éradiqué dans un pays pourtant si fier de son modèle social. Selon la Fondation Abbé Pierre, près de trois millions de personnes vivraient dans des logements dépourvus du confort élémentaire, dans des squats insalubres et dangereux ou dans des situations de surpeuplement aggravé. 90 000 personnes sont sans domicile fixe. Ce n’est faire injure à personne que de le reconnaître et de faire acte de modestie devant un sujet difficile, qui dépasse largement la seule problématique du logement, et qui ne se résout certainement pas à coup de grandes déclarations. La tempête suscitée par l’objectif du « zéro SDF » l’a bien montré.


***

Face à ces difficultés, il nous faut d’abord identifier les raisons de la crise.

De toute évidence, l’augmentation de la demande de logements au cours des années récentes – qui se nourrit du vieillissement de la population, des séparations conjugales et de la diminution de la taille des ménages – n’a pas été anticipée. On prévoyait que la taille moyenne des ménages français serait de 2,4 personnes pour la décennie 2000 – 2010. Elle est en fait de 2,3 selon le recensement de 2004. Cela paraît insignifiant, mais cela représente en fait un déficit de 700 000 à 1 million de logements. En outre, nous ne construisons pas toujours là où les besoins sont les plus grands.

Il nous faut également reconnaître que la politique actuelle du logement, malgré son volontarisme, a certainement atteint ses limites. Le meilleur modèle social, j’ai déjà eu l’occasion de le dire, c’est celui qui offre un emploi à chacun. Ce n’est donc plus le nôtre. C’est aussi celui qui permet à chaque Français de se loger selon ses moyens et qui ne laisse personne à la rue en plein hiver. Là encore, ce n’est plus le nôtre. Le mal logement, voire le non logement, frappe encore des centaines de milliers de Français tandis que des millions d’autres sont en situation de logement subi. Clairement, il y a quelque chose qui ne va pas.

Nous consacrons plus de 26 milliards d’euros à la politique du logement. Nous versons une aide au logement à près d’un quart des ménages français. 66% des ménages sont éligibles à l’attribution d’un logement social. Je ne dis pas que ces aides sont inutiles. Elles sont hélas indispensables. Mais je considère qu’on ne peut pas se satisfaire d’une situation où la collectivité publique est censée aider deux Français sur trois à se loger. Une aide saupoudrée ne peut pas être une aide juste. Elle est forcément insuffisante pour ceux qui en ont le plus besoin. Et, de fait, nous ne savons résoudre ni la question du mal logement, ni celle de la ségrégation urbaine.

Je veux le dire clairement. Le projet socialiste, c’est de couvrir la France de HLM et de faire entrer tous les Français dans le logement social. Construction de 120 000 logements sociaux chaque année ; sanctions renforcées contre les communes qui ne respectent pas le seuil de 20% de logements sociaux ; « bouclier logement » pour ceux qui sont logés dans le logement social… Voilà le projet socialiste.

Notre projet, c’est de donner aux plus de ménages possible, l’autonomie et surtout le choix, en particulier le choix de devenir propriétaire parce que la propriété est la meilleure des protections contre la précarité.

Nous vivons dans un monde où la mobilité devient de plus en plus nécessaire. Mobilité dans son travail. Mobilité dans l’espace. Ce n’est pas seulement un mal d’ailleurs. La mobilité, c’est aussi l’occasion de saisir de nouvelles opportunités. Mais si nous ne voulons pas que la mobilité se transforme en précarité, nous devons organiser des sécurités. Or, la propriété en est évidemment une. La propriété est une sécurité en cas de chômage ou de changement professionnel, elle est une garantie de niveau de vie au moment de la retraite ou pour reprendre une formation, elle est un capital à transmettre à ses enfants.

Du logement social, il doit évidemment y en avoir, parce que c’est une étape indispensable dans le parcours résidentiel de beaucoup de ménages. De fait, en 2007, il se construira 100 000 logements sociaux supplémentaires quand le gouvernement de Lionel Jospin en a construit 51 500 en moyenne entre 1997 et 2001. Mais notre projet, ce n’est pas le logement de tous, à vie, dans le parc social. Nous devons assumer ce choix et l’expliquer aux Français. D’autant plus que 68% des ménages à bas revenus ne sont pas logés dans le logement social, mais le sont dans le parc privé, voire sont propriétaires de leur logement. Par conséquent, il y a une hypocrisie certaine à se focaliser sur le logement social pour se parer des vertus de la justice tout en sachant parfaitement que ce n’est pas forcément dans les HLM que les injustices sont les plus grandes.


***

Peut-on donner l’espoir aux Français qu’avec notre projet, la situation du logement va s’améliorer rapidement et durablement ? C’est la question à laquelle nous devons répondre aujourd’hui.

La première priorité est de libérer des terrains disponibles pour la construction, car la première raison de la crise du logement est le déséquilibre entre l’offre et la demande. Je propose bien sûr que les terrains disponibles de l’Etat et de ses établissements publics - cent fois promis et rarement vendus – soient enfin consacrés au logement. Je pense que l’Etat et les collectivités doivent organiser, partout où cela est possible, le déplacement des zones industrielles en dehors des villes, comme cela a été le cas pour Renault sur l’île Seguin. Il faut mettre en place une fiscalité incitative à la vente des terrains constructibles plutôt qu’à la spéculation foncière. Je crois enfin, et surtout, qu’il faut encourager les élus bâtisseurs. Ceux qui construisent doivent être encouragés par abondement d’une des dotations de l’Etat, parce que nous avons tous besoin qu’il se construise plus de logements en France.

Dans les zones particulièrement tendues, en particulier en Ile-de-France, il faut poser sereinement la question du juste équilibre entre le renforcement de la densité dans les zones déjà construites et l’extension du périurbain pour satisfaire l’aspiration de nombreux ménages à la maison individuelle. La construction est quasiment gelée en Ile-de-France au-delà des 30 km autour de la capitale et la partie construite ne représente que 15% du territoire de l’Ile-de-France. Compte tenu de la pénurie de logements dans cette région, je ne vois pas comment nous pouvons renoncer à une politique de libération foncière. Je pense que nous pouvons le faire de manière équilibrée : d’une part, en veillant à une utilisation optimale du sol dans les zones déjà urbanisées, d’autre part, en recherchant des solutions écologiques pour étendre le périurbain. L’exigence écologique n’est pas le repli sur soi. C’est une autre manière de vivre la consommation, les transports, la ville, le logement, le travail. Cette manière, c’est à nous de l’inventer. Et je crois que nous avons là un projet formidable, qui est celui de concevoir la ville de demain, dense au centre, plus étalée en périphérie, afin que chacun ait le choix, mais le tout dans un environnement nouveau, agréable à vivre.


***

Notre deuxième priorité doit être de permettre à tous ceux qui le souhaitent de réaliser leur rêve de propriété, en particulier dans les milieux populaires.

Aujourd’hui, il y a deux types de locataires. Il y a ceux qui font le choix d’être locataires parce que c’est plus commode, moins contraignant, que l’on peut changer plus souvent. Le loyer qu’ils dépensent chaque mois est le prix de leur liberté. C’est leur droit. Et puis il y a ceux, l’immense majorité en réalité, qui sont locataires parce qu’ils ne peuvent pas devenir propriétaires. Le loyer qu’ils dépensent chaque mois est le coût de leur infortune. Et c’est une grande injustice en réalité.

Permettre à chacun de se constituer un patrimoine en versant ses loyers, voilà un vrai progrès social ; voilà qui donne les mêmes cartes à ceux qui sont riches et à ceux qui sont pauvres ; voilà qui instille de l’égalité des chances ; voilà une vraie mesure de justice.

Le premier moyen d’y parvenir, c’est d’utiliser le crédit hypothécaire. Cela paraît très compliqué, mais c’est en réalité très simple. C’est ce qui permet à près de 70% des Britanniques et des Américains d’être propriétaires de leur logement, contre 56% en France. Dans ces deux pays, les crédits sont garantis par l’existence du bien. En France, nous privilégions la garantie sur les personnes, ce qui conduit les établissements bancaires à écarter du marché du crédit tous ceux dont la situation professionnelle n’est pas assez stable pour assurer des revenus durables. Cette tradition n’est pas une fatalité. Il suffit de changer les règles prudentielles imposées aux banques, de simplifier le recours à l’hypothèque et d’en réduire le coût.

Il faut ensuite tirer les conséquences de l’inversion des circonstances qui avaient conduit à la création du prêt à taux zéro. Quand le PTZ a été créé, et l’on sait le succès qu’il a eu, les prix de l’immobilier étaient encore raisonnables, mais les taux d’intérêt étaient élevés. Aujourd’hui, les taux d’intérêt sont beaucoup plus faibles, mais les prix ont explosé du fait de l’augmentation massive du foncier. Beaucoup de ménages sont exclus de l’accès à la propriété parce qu’ils n’ont pas le capital de départ suffisant pour acheter leur logement. Il nous faut donc imaginer un système qui permette aux ménages de devenir propriétaire tout en retardant le moment où la marche de l’acquisition du foncier doit être franchie. Un prêt foncier à taux zéro pourrait être créé à cet effet. L’acquéreur serait immédiatement propriétaire de l’ensemble, mais commencerait par rembourser le bâti, avant de rembourser plus tard le foncier, le prêt de longue durée nécessaire à ce décalage étant gratuit.

Je pense qu’il faut s’appuyer sur le réseau des HLM pour proposer à de nombreux Français modestes un parcours d’accès sécurisé à la propriété. Je suis convaincu que la fixation d’une obligation annuelle de vente de 1% du parc social, soit 40 000 logements environ par an au lieu des 6 000 actuels, permettrait de rendre le rêve de propriété accessible à beaucoup de Français qui s’en pensent exclus, et contribueraient à la pacification des relations de voisinage au sein du parc social. Bien sûr, ces ventes devraient être compensées par la construction d'un nombre équivalent de logements neufs. De manière complémentaire, je souhaite que les bailleurs sociaux se voient fixer comme objectif le développement d’une formule d’accession sécurisée à la propriété. En cas de difficultés temporaires, un rééchelonnement des paiements pourrait être octroyé. Si les difficultés persistaient, le bailleur pourrait alors actionner une garantie de rachat et offrir un relogement à la famille en difficulté dans le parc locatif social. Il n’est, pour moi, pas question de laisser se briser le rêve de la propriété de certains ménages fragiles. J’attache donc une grande importance à la sécurisation des parcours d’accession des plus modestes. Je pense que, sur ce terrain, l’innovation doit être résolument au pouvoir.

Enfin, certains accédants à la propriété, issus des classes moyennes et modestes, risquent, malgré toutes ces mesures, de supporter des charges de remboursement très lourdes. Pour les y aider, nous pourrions étudier la réintroduction d'un crédit d'impôt sur les intérêts des crédits immobiliers.

J'ajoute que je voudrais dire que j’ai toujours été choqué par le fait que les personnes qui sont atteintes d’une maladie grave ou qui l’ont été sont parfois dans l’impossibilité de contracter un crédit immobilier. Quand on a déjà eu la malchance de traverser une telle épreuve, c’est profondément injuste de devoir en plus en subir des conséquences financières et patrimoniales, parfois toute sa vie. S’il est bien un domaine dans lequel la solidarité nationale doit s’exercer, c’est celui-là. Il faut aller plus loin que la convention Belorgey ou que la nouvelle convention AERAS et créer un système d’assurance mutualisé permettant à toute personne qui présente un risque aggravé de santé de contracter néanmoins un emprunt. Pour les banques ou l’Etat, ce serait un coût minime, pour les personnes concernées, ce serait le rétablissement d’un droit élémentaire.

Et puis, nous devons concilier l’accession à la propriété avec le besoin ou le désir de mobilité. Il ne faut pas que la propriété soit un obstacle à un déménagement professionnel et réciproquement. A cet effet, je propose que les droits de mutation soient supprimés en cas de déménagement pour motif professionnel.


***

Notre troisième priorité doit être d’engager un programme important et immédiat en faveur du logement étudiant. Dans le cadre plus général de la nécessaire relance de l’effort au profit de l’enseignement supérieur, la France ne peut se satisfaire d’une situation où les CROUS ne peuvent offrir que sept lits pour 100 étudiants, sept pour 1 000 à Paris, le plus souvent, au surplus, dans un état déplorable. Verser des aides complémentaires aux étudiants revient souvent malheureusement à enrichir des propriétaires qui répercutent dans les loyers le montant de l’aide ainsi consentie. J’estime donc préférable d’accorder des avantages fiscaux spécifiques aux bailleurs qui acceptent de louer leur bien à des étudiants. Parallèlement, il faut d’urgence construire des résidences étudiantes et doter nos universités de campus dignes de ce nom. L’absence de campus universitaires est une cause très importante de notre insuffisance d’attrait auprès des étudiants, des chercheurs et des professeurs étrangers.


***

Nous voulons promouvoir la propriété. Nous voulons aussi promouvoir le libre choix. Une orientation importante est de continuer à développer l’offre locative et, surtout, de substituer une relation gagnant-gagnant entre les propriétaires et les locataires à la relation perdant-perdant actuelle. Personne n’est satisfait aujourd’hui du fonctionnement du marché locatif. Jamais les bailleurs ne se sont autant plaints des risques de la location. Jamais les locataires n’ont autant souligné leurs difficultés d’accès au logement, les garanties exorbitantes qu’ils doivent présenter pour espérer décrocher un bail, voire les discriminations dont certains sont l’objet sur un marché très tendu.

Je souhaite tout d’abord que l’on crée un cadre fiscal unique, incitatif à l’investissement locatif. Ce cadre serait stable et, en contrepartie, moins coûteux pour les finances publiques. Car ce que les investisseurs préfèrent, c’est d’abord la stabilité de la législation. Ce cadre serait composé de deux étages. Le premier serait une déduction ou un amortissement concernant tous les investissements locatifs, qui tous méritent d’être encouragés. Le second conférerait un avantage fiscal supplémentaire, qui augmenterait à mesure que les avantages consentis aux locataires augmenteraient eux aussi. Ceux qui louent à des personnes particulièrement modestes ou dans des conditions de bail particulièrement favorables seraient ainsi plus aidés que ceux qui louent aux conditions du marché.

Je propose ensuite que l’on fasse cette chose simple dans une démocratie qui s’appelle le respect de la loi. Si les droits du propriétaire sont bafoués par un locataire de mauvaise foi, la justice doit pouvoir intervenir plus rapidement. Je propose également que tout bailleur ait la possibilité de se prémunir des risques locatifs par une garantie à coût réduit. En échange, il convient de rechercher les conditions d'une suppression du dépôt de garantie de deux mois et des obligations de caution à la charge des locataires, parfois humiliantes quand on est obligé à 35 ans de demander à ses parents de bien vouloir se porter caution. De part et d'autre, nous nous donnerions ainsi les moyens de rétablir la confiance.


***

Le logement social est une absolue nécessité. 10 millions de nos concitoyens y vivent. Je veux réaffirmer que nous avons besoin de logements sociaux supplémentaires en France. Je n’ignore pas que le logement social est, pour beaucoup de nos concitoyens, le seul et unique moyen de s’installer dans la vie. Aussi, pour satisfaire plus rapidement le besoin de logements sociaux dans les zones tendues de l’Ile-de-France, du Sud-Est, et des grandes agglomérations, je crois nécessaire de développer, sans parti pris idéologique, des formules associant les intérêts publics et privés, comme cela peut se faire chez certains de nos voisins, en Allemagne notamment. Concrètement, un immeuble serait construit par un opérateur privé au titre du logement social, puis basculerait, au bout d’une période pouvant aller de neuf à 15 ans, dans le parc privé normal. Les locataires remplissant toujours les conditions d’éligibilité au parc social seraient relogés dans celui-ci.

Nous avons aussi besoin de logements sociaux de qualité. Ce n’est pas parce qu’on est une famille modeste et qu’on occupe un logement aidé par la collectivité qu’on a moins le droit au confort et à la tranquillité pour les siens. Je dois dire que, pour m’être rendu tant de fois dans les quartiers sensibles, je comprends profondément le désespoir de ceux qui vivent dans des HLM dégradés, surpeuplés et sans entretien depuis des années. Je me réjouis que le plan de rénovation urbaine permette de réaliser plus de 30 milliards d’euros de travaux dans plusieurs dizaines de zones urbaines sensibles. Mais je veux également affirmer que, lorsqu’on est logé dans le parc social, on a également le devoir de respecter le bien de la collectivité.

Nous avons besoin de plus de transparence dans les modes d’attribution des logements sociaux. Il me paraît indispensable que les logements sociaux soient attribués en fonction de critères objectifs.

Mais le plus grand défi qui est devant nous est toutefois de restituer un fonctionnement plus juste et plus souple au logement social.

Le logement social doit retrouver son rôle d’accès au premier logement et d’étape avant le basculement vers le parc locatif privé ou vers l’accession à la propriété. Je ne me résous pas à accepter que beaucoup de nos concitoyens soient aujourd’hui assignés à résidence dans le parc social, sans horizon, sans espoir d’évolution hors du HLM. Il est vital que les uns puissent évoluer, réaliser leur projet d’accession à la propriété et sortir de leurs logements sociaux, pour que d’autres - notamment les jeunes - puissent y entrer à leur tour. Croyez-moi, il est vital de faire fonctionner à nouveau la chaîne du logement.

A cet effet, je pense qu’il serait juste que les loyers dans le parc social soient réellement modulés en fonction des revenus des locataires. Les locataires qui dépassent les plafonds de ressources et qui souhaitent partir devraient être aidés à le faire par la restitution des surloyers versés antérieurement. Notre but n’est pas d’engranger plus de loyers, mais de faciliter la mobilité résidentielle en aidant ceux qui peuvent partir à se constituer un capital de départ.

Je propose enfin une simplification profonde des aides à la personne, autour d’une aide unique, plus réactive par rapport aux aléas de la vie des bénéficiaires, et indexée automatiquement sur l’indice de référence des loyers. A revenu égal, l’aide personnelle doit être plus importante si le loyer est plus élevé. C’est une mesure coûteuse, mais d’élémentaire justice et qui faciliterait considérablement la mobilité entre le parc social et le parc privé.


***

Le parti socialiste a proposé dans son programme une mesure qui fera date : demander au Conseil économique et social une étude sur la possibilité de rendre le droit au logement opposable. Nous avions déjà eu les deux rapports sur la réforme des retraites et aucune réforme effective pendant les années Jospin. On nous promet maintenant une étude sur le logement.

L’UMP elle propose d’agir. La question n’est pas de commander une énième étude sur la possibilité de rendre le droit au logement opposable. Elle est de le faire, parce que le logement est un droit essentiel, parce que sans logement il n’y a pas d’intimité, pas de dignité, pas de famille, pas de travail, pas d’espoir. Notre projet est de rendre possible l’accès à la propriété pour tous. Mais je veux aussi, au même niveau, avec la même détermination, qu’il soit de rendre le droit au logement opposable, tout simplement en le rendant effectif.

Ce n’est pas en désignant une autorité, une administration, ou un juge que nous donnerons un logement à ceux qui en manquent. Ce n’est pas en agitant la menace factice de réquisitions que nous apaiserons l’angoisse des mal logés. Tout simplement parce que le taux de logements vacants est à son niveau le plus bas depuis 20 ans et qu’il n’y a plus rien à réquisitionner, sinon des logements inhabitables. Le droit au logement mérite bien mieux que des incantations. Rendre le droit au logement opposable, c’est développer une offre abondante de logements, à tous les niveaux de la chaîne, et faciliter le passage d’un statut d’habitation à l’autre, au fil de la vie, au gré des besoins. C’est l’engagement que je vous propose.

Je veux aussi que, dès maintenant, nous repensions les conditions dans lesquelles nous accueillons en urgence ceux qui n’ont pas de domicile. La polémique de cet été sur les tentes distribuées aux personnes sans domicile fixe a bien montré que l’hébergement de nuit, qu’il faut quitter au petit matin, ne satisfait pas le besoin minimum d’intimité et de stabilité que toute personne éprouve. Il faut donc améliorer nos modalités d’accueil, créer plusieurs types d’hébergement selon les besoins de chacun, assurer le passage de l’un à l’autre, permettre à ceux qui le veulent de rester autant de temps que nécessaire dans les centres d’hébergement, en d’autres termes ne plus mettre à la porte dès lors que l’on a accueilli.

Toute personne se trouvant sans abri dans notre pays devrait pouvoir être hébergée, si elle le souhaite, dans un cadre adapté à sa situation, au lieu d’être contrainte de passer la nuit dans une tente, dans une voiture ou sur un banc ou de repartir à l’aube dans le froid et la nuit. Cela, je ne l’accepte plus. A celui qui se trouve à la rue et qui veut s’en sortir, nous devons toujours tendre la main. Je suis tout à fait convaincu que nous en sommes arrivés à ce moment de civilisation où nous ne pouvons plus tolérer que quiconque soit contraint de dormir dehors. La France d’aujourd’hui peut mieux faire. Et elle doit le faire dès que possible.

Dans ces conditions, vous comprendrez que demain, pas plus qu’hier, il ne sera question pour moi de continuer à tolérer l’existence de squats. Jamais en tant que responsable politique, je n’accepterai la responsabilité de laisser des gens s’entasser dans des lieux insalubres, dangereux et qui, au bout du compte, sont perdus pour tout le monde : pour les squatters, car on ne vit pas dans un tel lieu, on survit tout au plus ; pour les propriétaires, qui ne peuvent récupérer leur bien et réaliser les travaux de réfection nécessaires. C’est ce qui m’a conduit à faire respecter la loi et à faire procéder à l’expulsion de squats tout au long de mon passage au ministère de l’intérieur. Pour chaque personne en situation légale du squat de Cachan, nous avons, proposé ou nous allons proposer un vrai logement.


***

Mesdames et Messieurs, notre dernier objectif doit être de bâtir des villes belles, agréables à vivre, diverses et respectueuses de l’impératif de développement durable.

La ville est aujourd’hui perçue comme un problème en soi, auquel d’ailleurs les « politiques de la ville » ont consacré des moyens considérables – plus de 45 milliards d’euros au cours des 10 dernières années –, sans jamais atteindre l’objectif de cohésion sociale. La politique du logement n’est bien sûr pas en première ligne dans le combat contre le mal-être d’un grand nombre de nos cités : le chômage, l’insécurité, une immigration non régulée, la désertion des services publics et le recul coupable de l’autorité de l’Etat sont des sujets qu’il convient de traiter en priorité si nous voulons réunifier nos territoires urbains. Cela ne signifie pas pour autant que le logement puisse s’exonérer de contribuer à la cohésion de la Nation et au renouveau de nos villes.

A cet égard, je propose que, saisissant l’occasion du renouvellement urbain qui se concrétise actuellement dans plusieurs centaines de quartiers sensibles, notre pays engage un effort profond de renouvellement architectural, pour rendre nos villes à la fois plus belles et plus habitables. Nous prenons à présent la pleine mesure de certaines erreurs de l’architecture moderne et de nos politiques urbaines. Avec tous ses défauts, la ville ancienne nous apparaît rétrospectivement comme plus diverse, plus conviviale, mieux partagée. Mais le passé ne peut être notre modèle et le défi qui se trouve devant nous, c’est l’invention d’une nouvelle ville. Je souhaite que les architectes, les urbanistes et les responsables politiques de notre pays partagent cette ambition et relèvent ce défi dans tout le pays.

La politique du logement ne doit pas non plus renoncer à poursuivre l’objectif d’une véritable diversité sociale de nos villes, aujourd’hui largement compromis. Nous le savons, le mélange des conditions sociales est un facteur reconnu de réussite scolaire, de promotion sociale et de cohésion. Il remporte un soutien absolument massif de la population. Pour autant, la ségrégation urbaine n’a jamais été aussi forte dans notre pays.

De fait, si j’ai toujours considéré que nous devions donner vie à cet objectif de diversité sociale, je veux affirmer aussi que l’obligation d’atteindre 20% de logements sociaux dans toutes les communes grandes et moyennes, m’apparaît insuffisante pour y parvenir. La loi feint d’ignorer d’abord que le statut d’habitation des personnes modestes n’est pas uniquement celui de la location : plus d’un quart d’entre elles sont propriétaires ou accédants. Il n’y a donc aucune logique à ne pas prendre en considération l’accession sociale à la propriété ou la location-accession, pourtant ouvertes aux mêmes populations que celles qui ont accès aux logements sociaux. Par ailleurs, certaines communes concentrent les logements sociaux à des taux qui excèdent parfois 60, 70 voire 80%. Est-ce que la diversité sociale la plus élémentaire ne supposerait pas là-bas, en revanche, de développer d’autres formes d’habitat ?

Je souhaite que notre pays se donne les moyens d’une véritable politique de diversité sociale, et pas simplement d’une politique de façade où l’invocation quasi-magique de la mixité sociale confère bonne conscience à ses promoteurs, mais ne règle aucune des difficultés au fond. Si l’objectif est bien celui d’une véritable et profonde diversité sociale de nos villes, alors il convient d’intégrer dans l’obligation tous les statuts d’habitation qui permettent d’accueillir des ménages modestes, y compris l’accession sociale à la propriété. Dans mon esprit, il ne s’agit en aucun cas d’affaiblir le niveau d’exigence actuel : il m’apparaîtrait donc normal que le taux de 20% soit majoré en contrepartie de cette modification.

Je propose également, dans les zones où cela est nécessaire, de fixer un quota obligatoire de logements sociaux dans tout programme immobilier nouveau.

Je crois enfin à la nécessité d’inscrire nos politiques urbaines et notre politique du logement dans le cadre du développement durable. Dans le logement neuf, cette orientation passe notamment par le développement du label HQE. Mais il convient aussi de réduire la contribution de l’habitat ancien aux émissions de gaz à effet de serre : l’isolation thermique de tous les logements anciens permettrait de réduire de 10% nos émissions de gaz à effet de serre, soit la moitié des émissions de l’industrie. A cette fin, je propose d’assurer, d’ici cinq ans, l’isolation de tous ces logements, par la création d’un prêt à taux zéro de l’ADEME, ainsi que par un partage équitable des responsabilités et des économies d’énergie entre les bailleurs et les locataires.


***

Il n’est guère envisageable enfin de chercher à mettre en place une nouvelle politique du logement sans s’interroger sur la question de sa gouvernance. Je considère comme indispensable que puisse être expérimentée une décentralisation accrue de la politique du logement au niveau des agglomérations et des départements. En contrepartie de l’acceptation de la responsabilité entière du logement sur leur territoire, les collectivités volontaires recevraient, d’une part, une enveloppe globale de moyens correspondant aux aides à la personne ainsi qu’aux aides à la pierre, d’autre part, disposeraient d’une latitude d’adaptation locale des règles nationales en matière de logement.


***

Mesdames et Messieurs,

La politique du logement est l’une des plus belles politiques publiques, tant à la fois elle est mêlée aux rêves les plus intimes des Français et repose sur les pouvoirs publics. C’est dans cette humanité et cette responsabilité qu’il nous faut aujourd’hui puiser la force de rendre cette politique, à nouveau, juste et efficace. Efficace pour donner à chaque Français la possibilité de se loger conformément à ses moyens. Efficace pour que celui qui est aidé à réaliser son projet libère ou crée une place pour celui qui cherche un logement. Juste parce qu’elle aidera davantage celui qui a plus de difficultés. Juste, enfin, parce qu’elle n’oubliera pas l’aspiration légitime de chacun à posséder un toit pour protéger les siens. C’est ainsi que nous ferons du logement l’exemple d’une politique sociale, à la fois populaire et solidaire.

Je vous remercie.

Tuesday, September 12 2006

Daughters of the American Revolution - Washington

Nicolas Sarkozy, ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes le 12 septembre 2006. C'est un moment particulier pour l'Amérique. Il y a cinq ans jour pour jour, l'Amérique et le monde se sont réveillés, comme le chante Bruce Springsteen, "face à un ciel vide". Je veux vous dire que les Français ont été profondément choqués par l'horreur des attentats qui ont frappé New York et l'Amérique. Leur cœur a battu au même rythme que celui de tous les Américains.

A l'invitation de la French American Foundation, je suis venu aux Etats Unis parler de l'amitié entre nos peuples. C'est le jour pour le faire. Aujourd'hui vous vous recueillez dans le souvenir de vos compatriotes, peut-être de vos amis, de vos proches, qui sont restés dans les tours jumelles. J'ai voulu être au milieu des New Yorkais pour commémorer les victimes de cette tragédie, j'ai voulu rencontrer les héros du 11 septembre : les policiers, les pompiers, tous ceux qui ont fait la fierté et l’honneur de cette ville meurtrie. J'ai décoré au nom de la République Française les pompiers et le chef de la police de New York, car au-delà des dissensions qui alimentent parfois la relation entre nos deux pays, il y a la compassion des Français pour la souffrance des Américains et leur respect pour l'énergie et la combativité dont ils ont fait preuve. Et les Français de New York, que j'ai rencontrés hier, n'ont pas oublié non plus que plusieurs d'entre eux ont péri dans les tours jumelles.

Il semble que la relation entre nos deux pays a toujours été particulière. Par particulière, vous pouvez comprendre compliquée. Et ce depuis George Washington. Au départ de tout il y a notre amitié. Elle précède tout le reste. Le 19 octobre 1781, c'est un jeune homme de 24 ans, Lafayette, qui mena l'assaut final sur le camp anglais de Yorktown. Il y avait autant de soldats français sur le champ de bataille que de soldats américains. Mais lorsque le général anglais O'Hara, l'adjoint de Cornwallis, tendit son épée au comte de Rochambeau, chef du corps expéditionnaire français, celui-ci refusa et c'est à George Washington, le chef des rebelles américains, que le vaincu dut remettre son épée et se rendre. Et les Français ont montré il y a deux ans en Normandie qu'ils n’avaient pas oublié et qu'ils n'oublieraient jamais le sacrifice de centaines de milliers de jeunes Américains qui ont traversé l’Atlantique pour sauver par deux fois, en 1917 et en 1944, notre continent au bord du suicide.

La relation entre les Etats Unis et la France occupe une place à part. On me dit que la France bénéficie d'une large couverture dans la presse américaine, et, disons-le, rarement positive. Je vais vous faire une confession : les Etats-Unis sont traités de la même manière dans la presse française. Inutile donc de faire l'analyse de ce que les journalistes français et américains écrivent sur nos pays respectifs. Ils sont souvent si loin de la vérité ! La vérité, c'est que les Français écoutent Madonna après avoir aimé Elvis et Sinatra, vont comme moi au cinéma voir Miami Vice et revoient avec plaisir le Faucon maltais ou la Liste de Schindler, lisent James Ellroy et relisent comme moi Hemingway, portent des jeans américains, et adorent manger des hamburgers et des pizzas américaines. Rien ne les rend plus fiers que de voir un acteur français dans un film américain ou un musicien français travailler avec les plus grands d'outre-atlantique. Et chaque parent en France rêve d'envoyer son enfant dans une université américaine.

Vous devez comprendre la virulence de la presse et d'une partie des élites françaises contre les Etats Unis comme une forme de jalousie devant votre réussite éclatante. Car derrière les critiques si souvent fondées sur des a priori voire des inexactitudes, personne en France n'ose nier la vérité. Les Etats-Unis sont la première puissance économique, militaire et monétaire du monde. Votre économie est florissante, votre vie intellectuelle est riche, la recherche aux Etats Unis est organisée de telle façon que les meilleurs chercheurs du monde travaillent dans vos universités et deviennent rapidement des patriotes américains. Ce qui montre par là même que le modèle d'intégration américain est toujours aussi efficace, puisque plus de la moitié des Prix Nobel américains sont des immigrés. Quant aux arts, qu'il s'agisse de musique, de cinéma ou de spectacle vivant, les productions dites populaires, que par ailleurs nous aimons (presque) tous, n'empêchent pas une création artistique originale, exigeante, profondément moderne, de vivre et d'influencer la création dans tout le reste du monde. Je pense notamment à l'art contemporain, dont New York est depuis longtemps la capitale mondiale, et qui bénéficie d'une politique fiscale incitative particulièrement intelligente.

Allons donc plutôt de l'avant.

Il y a quelque chose que les Français n'ont pas assez clairement perçu. La crise que nos deux pays ont traversée en 2003 est sans doute la plus grave depuis 1966 et le départ des forces américaines des bases de l'OTAN en France. Ce fut une crise grave car ce fut une crise émotionnelle qui a rencontré un écho très profond dans le peuple américain. Vous les Américains avez été atteints au cœur le 11 septembre 2001 et vous n'avez pas compris l'opposition française à l'intervention en Irak, que vous avez alors ressentie comme une trahison.

Fallait-il que vous nous ayez détestés à ce moment-là, pour que la France ait à subir une campagne de presse aussi hostile ! Au plus fort de la guerre, la France était censée avoir donné un passeport et un visa à Saddam Hussein, et livré des armes à l'Irak. Alors même qu'au pire de cette confrontation politique, nos services secrets travaillaient tous les jours ensemble. Je suis bien placé pour le dire, j’étais déjà ministre de l’Intérieur. Notre collaboration était parfaite, et c'était bien normal, car nos adversaires sont les mêmes. Ben Laden a visé New York comme il aurait pu viser Paris. Alors, même si cette période difficile est derrière nous, je me dois de vous le dire en ami. Si vous avez été indignés de l'attitude de la France, sachez que les Français, et pas seulement les 300 000 qui vivent en Amérique, ont souffert d'être à ce point calomniés.

Je crois que nous commençons à surmonter cette crise. Heureusement, car la cote de popularité de la France aux Etats Unis était à cette période-là inférieure à celle de la Libye. En contrepoint, je me dois de vous dire que l'Amérique était vue à l'époque en France et dans toute l'Europe comme une menace à la paix du monde. Mais les faits sont là : nous sommes frontaliers du même océan, et nos deux pays sont très engagés l'un avec l'autre. Avec un stock de 150 milliards de dollars, la France vient au second rang des investissements étrangers au Etats Unis. 3 000 sociétés françaises sont installées aux Etats-Unis, qui emploient directement ou indirectement 600 000 travailleurs américains. 1 milliard de dollars est échangé tous les jours entre la France et les Etats-Unis. Et surtout, et c'est une fierté pour nous, je veux rappeler que les meilleurs soldats français paient le prix du sang en Afghanistan en combattant depuis plusieurs années aux côtés des soldats américains contre les Talibans. Mais il est juste de dire que cette crise a provoqué une réapparition dans chacun de nos pays de toutes les idées fausses colportées sur nos deux peuples. D'où vient donc que cette relation est si complexe et si passionnée ?

Les Etats Unis et la France sont à peu près l'un pour l'autre le seul pays avec lequel ils n'ont jamais été en guerre. Et pourtant chacun sait que dans leur histoire nos deux pays ont fait la guerre avec presque tous les grands pays qui composent aujourd'hui la communauté internationale. Mon attachement à la relation avec les Etats-Unis est connu; il me vaut bien des critiques en France. Mais je ne suis pas lâche. Cette amitié, j’en suis fier, et je la revendique. N’ayons pas peur de le dire, les relations entre la France et les Etats-Unis sont souvent difficiles. Il ne faut pas le nier. Pour autant nos désaccords m’ont toujours paru secondaires par rapport à ce que nous partageons.

Car le paradoxe, c'est que nos deux peuples sont séparés par des valeurs communes. Les valeurs de liberté que nous portons sont les mêmes. Les Etats-Unis et la France se sont chacun donnés une mission universaliste : celle de la promotion de la démocratie, la défense de la liberté et des droits de l’Homme. Certains font l'analyse que nous nous ressemblons. En conséquence, nous nous détesterions en même temps que nous nous admirerions.

Pouvons-nous en attendre une issue positive ? J'en suis sûr.

Je crois que cet universalisme que nous partageons doit nous renforcer et nous unir au lieu de nous séparer. On nous dit incompatibles, rivaux. Je ne partage pas cette perception : notre vision commune doit nous rassembler pour travailler à assurer un monde de paix, de tolérance et de sécurité. Est-ce que ça veut dire que nous devons aligner nos positions sur les vôtres ? Certainement non. Que la France ait une position autonome vis à vis des Etats-Unis, tant mieux, c'est souvent nécessaire ! Mais il n’y a pas d’avenir dans l’opposition entre vous et nous.

Je suis convaincu que nos relations souffrent de trop d’incompréhensions causées par un manque de dialogue et parfois, de la mauvaise foi. Je ne veux pas chercher de coupable, mais trouver des solutions. Nous devons rebâtir la relation transatlantique sur un socle de confiance et de responsabilité partagée. On doit pouvoir échanger, dialoguer sans être d’accord sur certains points. Il y aura de nouveaux désaccords, d’autres mésententes dans le futur. Elles sont inévitables, même entre alliés. Mais elles ne doivent pas se transformer en crises. Elles doivent au contraire être l’occasion d’un dialogue constructif, sans arrogance, sans mises en scène. On peut parfaitement avoir des désaccords, mais on doit se souvenir, dans l’expression de ces désaccords, que nous sommes amis depuis longtemps et pour longtemps. Je reconnais que la France n’est pas exempte de reproches : bien qu’il me semble que nos désaccords aient souvent été légitimes, il y a différentes façons de les exprimer. Il n’est pas convenable de chercher à mettre ses alliés dans l’embarras, ou de donner l’impression de se réjouir de leurs difficultés. J’ai toujours préféré l’efficacité dans la modestie plutôt qu’une grandiloquence stérile. Et je ne veux pas d'une France arrogante et pas assez présente.

Nous sommes les enfants d’un même combat, celui contre les totalitarismes nazi et soviétique dans lesquels le rôle des Etats-Unis fut si déterminant, voire existentiel. Je considère notre relation avec les Etats-Unis comme l’un des piliers de la politique étrangère au côté d’une Europe politique forte. Il est temps à mes yeux d’ouvrir une nouvelle ère dans les relations transatlantiques, débarrassée des malentendus et des grands discours qui bloquent tout vrai dialogue. Nous devons refonder une alliance autour des nouvelles menaces du XXIème siècle et défendre nos valeurs et nos intérêts communs.

Les défis auxquels nous faisons face nous imposent de travailler ensemble. Partageant des valeurs communes, une même vision, ce n’est qu’ensemble que nous pourrons faire face à de nouveaux fléaux transnationaux : la prolifération d’armes de destruction massives, le terrorisme, les Etats faillis, les catastrophes écologiques, humanitaires ou encore les pandémies.

Dans tous ces combats, l’Amérique est le partenaire évident et naturel de l’Europe. Et celle-ci doit être forte, présente dans le monde, responsable. Après des siècles de guerre et de haine, après la Shoah, les nations européennes se sont engagées dans l’une des entreprises les plus ambitieuses de leur histoire : la construction d’une aire de paix, d’union, de solidarité. Les Etats-Unis furent toujours au premier rang de cette construction, la soutenant, la finançant par le Plan Marshall, la protégeant de l’impérialisme communiste. Aujourd’hui, les Etats-Unis ne doivent pas, ne peuvent pas, s’inquiéter de cette nouvelle étape que les Européens veulent atteindre : la constitution d’une Europe politique forte et influente sur la scène internationale. Ne vous y trompez pas : celle-ci ne se veut pas un adversaire de l’Amérique. Il est impensable que l’Europe bâtisse son identité en opposition aux Etats-Unis, ni à qui que ce soit d’ailleurs. Que l'on croie ou non au concept de civilisation, il est évident que les liens qui unissent l’Europe aux Etats-Unis sont uniques et irremplaçables.

C'est de l'intérêt des Etats-Unis que cette Europe politique soit gouvernable et cohérente. Elle doit répondre aux besoins quotidiens de ses citoyens. C’est pourquoi je m’oppose avec vigueur à la vision d’une Europe étendue sans fin, une Europe sans frontière, donc sans identité. A cet égard, le rejet de la constitution européenne l’an dernier ne doit satisfaire personne : il retarde considérablement l’émergence de l’Union européenne comme une puissance responsable sur la scène internationale. Nous devons donc sans attendre nous donner des règles de fonctionnement qui nous permettent à nouveau de prendre des décisions.

Renouveler la relation transatlantique est une nécessité si nous voulons atteindre nos objectifs de long terme en matière internationale. Quels sont ces objectifs ? Nous devons d'abord assurer la protection de nos intérêts vitaux, c'est-à-dire avant tout la sécurité de nos territoires et de nos compatriotes. Nous devons ensuite assumer nos responsabilités de membres permanents du conseil de sécurité et promouvoir nos valeurs démocratiques sur la scène internationale. Parce que c'est un devoir moral, mais aussi parce que c'est la seule manière d'assurer une stabilisation en profondeur des Etats fragilisés par des conflits internes ou externes, en favorisant leur développement économique, et en les aidant à créer de véritables Etats de droit et des sociétés civiles ouvertes. A ces deux objectifs de long terme répondent deux nouveaux types de défis auxquels nous sommes confrontés ensemble.

1/ D'abord, nous faisons face à de nouvelles menaces. L’Empire soviétique n’existe plus, et l’Europe a pu retrouver ses frères de l’Est trop longtemps abandonnés derrière le rideau de fer. Le monde d’aujourd’hui est complexe, ses dangers nombreux et multiformes. Il est souvent plus inquiétant : certains sont même parfois nostalgiques d’un ordre ancien supposé plus stable et plus rassurant. Je ne suis pas de ceux là. Il faut se réjouir de l’effondrement du totalitarisme et je ne regrette en rien les jours de l’équilibre de la terreur et de la destruction mutuelle assurée.

Ministre de l’intérieur depuis plusieurs années, je ne suis cependant que trop conscient des nouvelles menaces auxquelles nos démocraties font face. Lorsque les terroristes attaquent New York, Londres, Amman, Madrid, Alger, Tel Aviv, Le Caire, Nairobi, Jakarta et d'autres capitales encore, je sais que demain, Paris pourrait être à nouveau victime de cette nouvelle forme de barbarie. Cette idéologie de la haine de la démocratie, de la liberté, de la modernité, de l’égalité hommes femmes ne fait pas de distinction, pas de classement entre ses ennemis.

Ignorer ce danger serait une folie. La perspective d’un nouvel attentat, cette fois avec des armes chimiques voire nucléaires ne peut être écartée que par le renforcement de notre coopération en matière de renseignement. Je l'ai dit, je suis bien placé pour souligner que celle-ci fut jusqu’ici exemplaire, et qu'elle a résisté à toutes les crises politiques. J’ai d’ailleurs rappelé à Condoleezza Rice, Alberto Gonzales et Michael Chertoff la détermination de la France dans cette lutte commune. La tragédie du 11 septembre nous a rappelé à tous la fragilité de notre mode de vie, la nécessité de le défendre à tout instant. Cette lutte sera longue, incertaine, mais un nouveau drame est inévitable si nous ne consacrons pas toutes nos ressources à travailler ensemble.

Bien sur, la crise stratégique majeure à laquelle nous faisons face aujourd’hui est la question du nucléaire iranien. La position de la France est claire, sans ambiguïté : dans le cadre du traité de non-prolifération nucléaire, l’Iran n’a pas le droit de chercher à se doter de l’arme nucléaire. Bien que les Iraniens aient le droit souverain de se doter d'une capacité nucléaire civile, chacun sait que les soupçons pèsent trop lourd sur les réelles intentions de Téhéran. Nous ne pouvons pas courir ce risque.

Le régime iranien, par son soutien au Hezbollah, par les propos inacceptables de son président sur l’Holocauste et l’existence d’Israël s’est mis lui-même au ban des nations. La perspective d’un tel régime doté d’armes aussi destructrices que des missiles nucléaires est terrifiante. Elle ouvrirait la voie à une course aux armements meurtrière dans la région car d'autres pays pourraient souhaiter sauter le pas. Elle serait aussi une menace constante pour l’existence d’Israël. L’Histoire nous a montré les conséquences de la complaisance face à l’agression et au fondamentalisme. Nous devons faire preuve de la plus grande fermeté et d’unité pour régler cette question. La diplomatie doit être notre arme principale mais il faut laisser toutes les options ouvertes.

Le débat sur le programme nucléaire iranien, relayé dans d’autres pays qui envisagent eux-aussi de se doter de programmes d’enrichissement de l’uranium, doit inciter la communauté internationale à agir fortement sur le marché nucléaire mondial. J'ai la conviction que cette source d’énergie continuera de s’imposer comme une solution majeure pour l’avenir, face à la pénurie des énergies fossiles. Je veux donc faire ici une proposition : pourquoi ne pas créer, sous l’égide de l’AIEA, une Banque mondiale du combustible nucléaire ? Celle-ci serait abondée financièrement ou en nature par les puissances nucléaires et garantirait la livraison de combustible nucléaire civil ainsi que le retraitement des matières fissiles à tous les Etats désireux de développer l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, mais qui naturellement renonceraient à l’option nucléaire militaire. Ainsi, me semble-t-il, la communauté internationale, représentée par l’AIEA, offrirait-elle toutes les garanties d’accès sécurisé aux bienfaits de l’énergie nucléaire, sans risque de détournement militaire. Elle ôterait en outre à certains pays potentiellement proliférateurs le prétexte du droit à accéder à l’énergie nucléaire civile ou de l’indépendance énergétique.

Nous ne pourrons pas non plus esquiver longtemps entre nous le débat sur les menaces environnementales. C'est un sujet de débat avec l'actuelle administration américaine. Il faut sauver la planète des conséquences d'une suractivité humaine. La moitié des forêts primitives ont déjà disparu de la surface du globe, les glaces du Groenland fondent, les émissions mondiales de gaz carbonique vont augmenter d’au moins 75 % dans les 25 ans à venir alors que la situation est déjà critique. L’effet de serre, la pollution des océans, le pillage des ressources naturelles n’auront pas pour seuls effets que le changement climatique, la désertification, l’appauvrissement de la biodiversité, la dégradation de la santé ou la mise en péril de la vie des plus fragiles. Les guerres de la faim et les guerres de l’eau qui menacent le monde à venir pourraient bien être les plus terribles que l’humanité ait connues parce que ce seront des guerres désespérées. Le problème de l’environnement n’est plus seulement désormais le problème de la qualité de la vie mais le problème de la vie tout court. Nous devons cesser de tirer des traites écologiques sur les générations à venir. Car cette dette a ceci de tragique qu’elle n’est pas remboursable. La vie détruite ne ressuscitera pas. Je défends donc l’idée qu’à côté du droit international du commerce, il doit exister avec la même force juridique un droit international de l’environnement.

2/ Ensuite, dans le monde d'aujourd'hui, nous agissons sous le regard informé et curieux de l'opinion publique nationale et mondiale. De ce fait, nous ne pouvons plus échapper à notre devoir moral de promotion de nos valeurs démocratiques. Avec la mondialisation, c’est une banalité, le monde est devenu un village. Mais puisqu’on est rapidement informé de tout, le silence devient davantage coupable. Le silence peut être expliqué et excusé par l’ignorance. Le silence n’est pas acceptable quand on sait. Or, la caractéristique du monde d’aujourd’hui, c’est qu’on sait tout et en temps réel. Dans le passé, on finissait par tout savoir, mais il y avait un décalage entre l’événement et la connaissance de l’événement. Ce décalage pouvait prendre des mois ou des années. Désormais, il se compte en heures. La conséquence de la mondialisation, c’est que le silence est devenu inacceptable. Il est donc de notre devoir de tenter de mettre fin ensemble aux conflits qui mettent le feu aux poudres au Moyen Orient. Nous ne pouvons pas accepter de rester impuissants devant la montée des tensions et l’agressivité de certaines forces régionales. Or l'expérience des derniers mois montre que lorsque nous travaillons ensemble, Américains et Français, nous sommes efficaces. Ainsi en a-t-il été avec le vote de la résolution 1559 du conseil de sécurité de l'ONU sur le Liban, qu'ensemble, Américains et Français, nous avons inspirée. C'est cette unité et cette détermination qui nous ont permis de soutenir la réaction nationale des Libanais et de provoquer le départ des troupes syriennes. Aujourd'hui, je me réjouis du vote de la résolution 1701 et soutiens sans réserve la décision du président Chirac d’envoyer 2000 soldats au Liban pour servir au sein de la FINUL. On peut juger maladroite et disproportionnée l’intervention israélienne au Liban. La vérité est qu'il n’y a eu qu’un agresseur et c’est le Hezbollah. Israël avait le droit et le devoir de défendre ses citoyens. Le Hezbollah, quant à lui, a décidé de prendre en otage le peuple libanais dans une aventure insensée.

Je crois également indispensable que nous continuions à travailler ensemble à tenter de résoudre les conflits en Afrique. Je pense en particulier à la situation au Darfour. L’horreur quotidienne qui s’y est installée a rendu ce nom tristement familier. Le degré de violence et de cruauté à l’œuvre rappelle les pires tragédies que le continent africain ait connues au cours des dernières décennies. Je connais l'implication du président Bush sur cette question. Il y a maintenant urgence à agir, pour que le Darfour ne reste pas une page honteuse de notre propre histoire, parce que notre indifférence, notre aveuglement, notre manque de courage, ou peut-être un peu tout cela à la fois, nous aurait fait détourner le regard du premier crime contre l’humanité du 21ème siècle.

Je l’ai dit, les défis sont nombreux, complexes. Nous nous heurterons probablement à de nouveaux échecs, à de nouvelles déconvenues. Mais le plus grand échec serait celui de l’inaction. Nous saurons faire face si nous sommes ensemble, forts de ce qui nous rapproche, et enrichis de nos différences. La division signifierait la reculade. Divisés nous perdrons. Alors c'est au nom de notre amitié vieille de plusieurs siècles que je vous dis, Mesdames et Messieurs, que les Français continueront à être pour vous des amis, c'est-à-dire des amis exigeants, des amis debout. Si nous sommes couchés, nous ne sommes pas des amis. Comptez sur moi pour continuer à vous dire notre part de vérité, mais en ami.

Friday, September 8 2006

Que faire des surplus de recettes fiscales ?

M. le Député Jean-Jacques DESCAMPS

Des rentrées fiscales supérieures aux prévisions permettent au gouvernement de prévoir quelques promesses qu'il juge intéressantes aux Français en utilisant en partie cette "cagnotte" (encore elle!) pour des "cadeaux" aux Français les plus modestes. Dominique de Villepin les a esquissées l'autre soir et devrait les préciser jeudi 1er août dans sa conférence de presse. Ces recettes supplémentaires sont une bonne nouvelle et montrent que, grâce aux mesures prises depuis 2002, l'économie française se redresse et c'est une excellente chose. Ne gâchons pas ce succès. Mais sur l'utilisation de ces premiers résultats pour modifier le budget 2006, présentée par le gouvernement actuel, je ne suis d'accord, ni sur la méthode ni sur le fond. Je suis d'abord surpris (eh oui, j'y croyais encore!) que la Commission des Finances, dont je suis un des vice-présidents, ou au moins ses parlementaires de la Majorité, n'ait pas été interrogée avant de faire ces choix que nous allons être obligés de voter sauf à créer encore des problèmes au sein de notre Groupe et vis à vis du Gouvernement. J'aurais, par exemple, aimé savoir si toutes les promesses précédentes faites depuis le vote du budget 2006 ont été financées par les recettes prévues initialement. Je pense en particulier aux annonces du Ministre Philippe Bas sur la politique de la famille. Ensuite, je croyais que le désendettement était notre priorité. La dette devrait effectivement diminuer légèrement en 2006, mais avec quelques techniques de gestion de cette dette qui ne marchent qu'une fois et pas du fait de la seule réduction des dépenses. On ne devrait donc pas utiliser ces recettes supplémentaires à autre chose qu'à réduire la dette, surtout lorsqu'on sait que les taux d'intérêt montent et que l'emprunt ne couvre pas seulement des dépenses d'investissement mais aussi de fonctionnement ce qui n'est pas sain. Il n'est pas sain non plus de faire des cadeaux à crédit, même pour des raisons qui peuvent paraître utiles pour augmenter le pouvoir d'achat des Français, car c'est reporter le poids de ces cadeaux sur les générations futures. Seul l'investissement qui produira de la valeur ajoutée future justifie le recours à l'emprunt. C'est d'ailleurs la règle pour les collectivités locales!

…/…

Enfin, les dépenses supplémentaires envisagées ne me paraissent pas les plus opportunes, car celles qui ont été choisies créeront inévitablement des effets pervers et donc autant d'insatisfaits que de contents! Ainsi du chèque transport qui sera long à mettre en place et le sera surtout dans les grandes entreprises en zone urbaine et non dans les PME des zones rurales où les déplacements sont les plus chers. Et ces chèques créeront aussi des charges supplémentaires pour les entreprises qui n'en ont pas besoin et surtout les PME qui attendront certainement un peu avant de s'y résoudre, ou alors grignoteront sur les hausses de salaires, ce qui n'est évidemment pas le but! D'où des inégalités entre salariés. Et quid des chômeurs pour retrouver du boulot et des jeunes pour leur premier emploi et des mères de famille pour emmener les enfants à l'école? Pourquoi ne pas avoir tout simplement baissé la TIPP? Ainsi de la prime pour l'emploi, qui est un cadeau toujours bon à prendre, mais en fait un salaire supplémentaire payé par l'Etat sans contrepartie économique! et qui favorisera finalement surtout l'achat de produits importés, donc les entreprises étrangères! Pourquoi ne pas plutôt avoir réduit les charges salariales sur les heures supplémentaires des salariés les moins qualifiés pour encourager surtout le travail et réduire les effets des 35 heures? Tout ceci, qui concerne un sujet réel qui est celui du pouvoir d'achat des Français, aurait mérité débat avant de faire des effets d'annonces qui risquent de nous mettre en difficulté par rapport à nos propres engagements, lorsqu'il s'agira de voter le budget rectificatif dans les prochaines semaines. Et qui redonne du grain à moudre à l'opposition pourtant bien en difficulté actuellement. Encore une fois le Parlement et sa majorité sont bien obligés de suivre l'exécutif sauf à créer une crise politique qui n'en vaut pas la peine six mois avant les élections. Mais c'est le signe d'une dérive de nos institutions ou de nos coutumes politiques à laquelle il faudra rapidement remédier!

Texte du 4 septembre publié avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Thursday, September 7 2006

Rentrée

M. le Député Jean-Jacques DESCAMPS

Me voilà revenu de trois bonnes semaines de vacances. Au risque de surprendre certains, j'étais fatigué de travailler! Il était temps de me reposer en août! Un mot de réponse à ceux qui m'ont écrit sur ce blog pendant ce silence de ma part. A ceux qui m'ont interpellé sur ma position négative sur le mariage des homosexuels et l'adoption par des couples homos, je réponds d'abord que pour moi, le simple bon sens implique que, sexuellement ou dans tous les autres domaines de l'activité humaine, un homme et une femme soient fondamentalement différents. Même si, à l'inverse du passé, hommes et femmes peuvent espérer maintenant l'égalité des chances dans toutes ces activités, les comportements des femmes et des hommes seront toujours différents. Une femme politique ne raisonnera pas complètement comme un homme politique, ni un gendarme comme une gendarme, par exemple. C'est cette différence qui fait l'équilibre de la nature humaine et de notre civilisation. Et l'acte sexuel, qui est d'abord procréateur, a une valeur bien plus naturelle quand il est pratiqué entre un homme et une femme. Banaliser, sinon encourager l'homosexualité, que comme libéral je ne réprouve évidemment pas s'il s'agit d'une décision individuelle(chacun a le droit de faire ce qu'il veut tant que cela n'entache pas la liberté des autres), serait une erreur fondamentale pour l'avenir des générations futures. A partir de ces réflexions qui mériteraient d'être développées, je répond enfin sur le mariage. La famille, recomposée ou non, c'est pour moi la cohabitation d'un homme, d'une femme et d'enfants, qui reflètent une micro population à l'image de la démographie française. C'est une cellule de base de cette population équilibrée, conforme à ce que la nature humaine a créé. La non discrimination des sexes pour créer une famille aboutirait à une véritable cacophonie intellectuelle et morale de la société. Il n'y a donc aucune raison de modifier la notion de mariage républicain telle qu'est inscrite dans le code civil que je lis dans ma mairie aux futurs mariés et qui parle de ce fondation équilibrée de la famille, pour l'adapter à des couples homosexuels fondant une famille non équilibrée dès l'origine et obligée d'utiliser des artifices pour procréer! Je n'ai d'ailleurs, en son temps, pas approuvé l'idée du Pacs que certains trouvent être la bonne solution pour protéger les intérêts d'homosexuels vivant en couple en cas de décès ou autres accidents de la vie. Peut-être faut-il, pour des raisons sociales, l'accepter. Mais cela ne correspond pas à la notion qui m'est chère d'une vraie reconnaissance républicaine, morale, sociale, fiscale d'une famille qui se crée d'abord pour former un couple hétéro uni dont l'objectif est de faire (au pire d'élever seulement s'il y a stérilité biologique) des enfants qui feront de même plus tard et formeront la séquence des générations futures. Et s'il faut ce Pacs, acceptons le non comme le début d'une évolution inéluctable vers le mariage homo mais comme l'exception qui confirmera la règle de notre mariage républicain actuel, qui forme d'ailleurs pour moi l'occasion d'une complémentarité avec l'engagement du mariage religieux. Bien sûr on trouvera toujours des exemples de couples et de familles homos qui fonctionnent sereinement. Mais si toutes les barrières tombaient face à l'homosexualité, que deviendrait notre société? Et que seraient les repères moraux et sociaux d'une population de jeunes dont on aurait banalisé, par la loi, les rapports sexuels entre individus de tout sexe!

Quant à l'adoption, je suis bien placé pour savoir que c'est déjà très difficile d'élever des enfants non biologiques dans une famille de parents hétérosexuels, pour ne pas y ajouter les effets pervers d'un manque d'équilibre sexuel au niveau des parents. Il est de bons sens dans les familles de penser que le rôle du père est très complémentaire de celui de la mère! Voilà quelques réflexions apportées au débat sur ce sujet Mais si sur ce thème je suis en accord avec Philippe de Villiers, ce n'est pas pour autant que je le vois Président! Bien au contraire, ce serait un danger public! Car, l'ayant connu à ses débuts au parti Républicain, je suis déçu de son évolution populiste et sans nuances sur des sujets aussi graves que la mondialisation , l'Europe et l'immigration. Décidément le populisme est à la mode, car Ségolène Royale n'y va pas non plus avec le dos de la cuiller à gauche. Elle passe la main dans le dos de toutes les composantes de la Gauche, en faisant plaisir à chacune, et sans que cela représente une politique cohérente. Un seul exemple, elle propose de revaloriser la valeur travail, et dans le même discours approuve le projet socialiste qui préconise le retour aux 35 heures. Et elle propose d'accueillir et de régulariser tous les étrangers en situation irrégulière sans pouvoir leur promettre le moindre emploi! nous aurons l'occasion d'en reparler. La France semble pourtant se passionner pour elle. Mais attention! Nous fêtons ces jours-ci le 62 ème anniversaire de la libération en 1944. Au début 44, la France plébiscitait Pétain. A la fin c'était De gaulle! Six mois avant mai 81, Giscard était largement donné gagnant. C'est Mitterand qui a gagné! Notre pays se laisse souvent entraîner par l'air du temps. Et donne le sentiment de préférer souvent le "people" à la réflexion de fond. jusqu'au moment ou elle se rend compte que le moment est important et qu'il faut faire des choix réfléchis. Attendons donc la campagne électorale, et les débats de fond qui, j'espère, la nourriront pendant ces six prochains mois, pour commencer à y voir clair!

Bonne rentrée à toutes et à tous et bons débats.

Texte publié avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Monday, September 4 2006

Discours de Nicolas Sarkozy à l'Université d'été des jeunes populaires UMP

Marseille - dimanche 3 septembre 2006

A vous voir si nombreux, je n'ai qu'un mot à la bouche pour exprimer mon émotion ce matin mais, chacun doit le comprendre, c'est vraiment du fond du cœur que je veux vous le dire : merci !

Longtemps j'ai réfléchi à ce que la politique avait à dire à la jeunesse. Longtemps je me suis demandé comment il fallait parler en tant qu’homme politique à une jeunesse qui a cessé d’écouter les hommes politiques et surtout de leur faire confiance.

Si elle ne les écoute pas c'est parce qu’elle ne les comprend pas. Si elle ne leur fait plus confiance c'est parce qu’elle a le sentiment qu'elle a souvent été trahie. C'est conscient de cette réalité que j'ai appelé à une rupture dans nos comportements, dans nos méthodes, dans notre façon d'appréhender le débat d'idées. Aujourd'hui je persiste et je signe : la rupture est nécessaire.

Toute jeunesse a quelque chose à prouver. Elle a besoin de croire qu’elle peut transformer le monde. Elle a besoin d’imaginer que tout est possible. Elle rejettera la classe politique si celle-ci continue à répéter : « je n’y peux rien ». Elle condamnera une politique qui prétendra construire le monde de demain avec les idées d’hier.

Je veux une politique qui rende possible ce qui est nécessaire. Je veux tourner le dos à une politique qui explique que ce qui est nécessaire est impossible.

Cette fascination pour la fatalité coupe les ailes de la jeunesse. Mais en coupant les ailes de la jeunesse, chacun doit être conscient que l’on coupe les ailes à la société tout entière. Car dans un monde où les rêves de la jeunesse ne se réalisent jamais, les portes de l’avenir se ferment pour tous, quel que soit leur âge. C’est quand la jeunesse commence à devenir une espérance que l’histoire cesse d’être un recommencement pour devenir une invention. C’est quand les hommes de la Renaissance se sont mis à croire que tout était possible que tout a pu changer. La Renaissance s’est laissée alors porter par les rêves de la jeunesse.

Jeune, j'ai été ému par la prière de Michel-Ange : « Seigneur accordez-moi la grâce de toujours désirer plus que je ne peux accomplir ». C'est ce que je veux souhaiter à chacun de vous, que dans vos vies vous gardiez toujours l'envie de vous surpasser, le désir de réaliser, la volonté de faire de votre existence quelque chose de grand et de fort. L’histoire nous enseigne que c’est de l'imagination fiévreuse de la jeunesse que sont sorties toutes les grandes révolutions des temps modernes.

La Révolution Française a été accomplie par des jeunes gens. Les fédérés marseillais qui montaient à Paris en 1792 n’avaient pas 20 ans pour la majorité d’entre eux. Les soldats de l’An II n'étaient pas plus vieux et ils étaient commandés par des généraux de 25 ans. Après avoir été les héros de Valmy, de Jemmapes et de Fleurus, ils eurent l'énergie d'être encore les acteurs d’Austerlitz, d’Iéna et d’Eylau… Quand la Révolution fut terminée, quand Napoléon eut cessé « de faire ses plans de bataille avec les songes de ses soldats endormis », leurs enfants s’éveillèrent de leurs rêves de gloire et de conquête. « Alors s’assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse ». Elle se releva pour inventer le romantisme, la peinture moderne, la révolution industrielle. Quand le XXe siècle s’ouvrit ce furent encore des poètes et des peintres de 20 ans et des savants de 26 ans qui refirent le monde.

En 14-18 la jeunesse française fut héroïque. Sur 1,3 million de morts un tiers avaient moins de 30 ans. En 18 on mobilisa les jeunes Français à 18 ans. Après l’armistice, une fois de plus assise sur un monde en ruines, cette jeunesse meurtrie, à peine sortie du massacre était convaincue que le monde était absurde et que l’homme était seul. Et pourtant elle aussi sut se relever. Elle fit jaillir de sa souffrance et de son doute le surréalisme, le cubisme. Elle échoua hélas à faire mettre la guerre hors-la-loi.

En 40 les premiers résistants avaient à peine 16 ans. Les cinq martyrs du lycée Buffon avaient entre 15 et 18 ans quand ils furent assassinés par l’occupant. Guy Môquet 17 ans et demi quand il fut fusillé. Il écrivit à ses parents avant de mourir : « J’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. 17 ans et demi… Ma vie a été courte ! Je n’ai aucun regret si ce n’est de vous quitter tous ». On peut être grand quand on a 17 ans… Ses camarades gravèrent sur les murs de leur cellule « nous vaincrons quand même ». La jeunesse ne doit jamais s'avouer vaincue…

Cette génération de la Résistance, rescapée des camps et des maquis, dont l’épreuve avait décuplé l’ardeur, voulut réussir là où ses pères et ses grands-pères avaient échoué. De l’âme blessée de cette jeunesse, de son innocence perdue d’avoir vu de si près la mort et la barbarie, de ses mains encore tremblantes d’avoir tenu les armes, jaillit la reconstruction, les Trente Glorieuses, la décolonisation, l’Europe, et la sécurité sociale. La jeunesse peut être invincible…

Après le drame algérien, sur fond de guerre du Vietnam et de guerre froide une génération nouvelle se leva à son tour. Elle proclama vouloir vivre sans contrainte et jouir sans entrave. En mai 68, au plus fort de la révolte étudiante, Georges Pompidou avait dit : « je ne vois de précédent dans notre histoire qu’en cette période désespérée que fut le XVe siècle, où s’effondraient les structures du Moyen-Age et où, déjà, les étudiants se révoltaient en Sorbonne… ».

En juin 1969, alors qu’il venait d’être élu Président de la République, il déclarait : « Le monde a besoin d’une Renaissance et aucun de ceux qui détiennent des responsabilités – qu’elles soient politiques, économiques, sociales, intellectuelles ou proprement spirituelles – n’a le droit de penser qu’il n’est pas concerné ».

Le progrès matériel ne suffisait plus à la génération de mai 68. Elle aspirait à l’idéal. Elle y aspirait d’autant plus qu’elle était l'enfant du plein emploi et de la croissance. Elle dilapida l’héritage sans apporter ce supplément d’âme dont elle dénonçait le manque. Elle installa partout, dans la politique, dans l’éducation, dans la société, une inversion des valeurs et une pensée unique dont les jeunes d’aujourd’hui sont les principales victimes. Au cœur de cette pensée unique qu'ici je veux dénoncer, il y a le jeunisme, cette idéologie qui dit à la jeunesse qu’elle n’a que des droits et que tout lui est dû. C'est faux.

Il y a, dans le même temps, la dévalorisation du travail et le mépris pour les travailleurs. J'ose le mot car il ne m'écorche pas la bouche. J'ai toujours fait du travail une valeur cardinale de ma vie.

Une partie de la gauche a fait sienne cette idéologie du jeunisme et des 35 h forcées. Elle a trahi la gauche de Jaurès et de Blum. Quand Jaurès disait aux lycéens : « Il faut que, par un surcroît d’efforts et par l’exaltation de toutes vos passions nobles, vous amassiez en votre âme des trésors inviolables » c'était le contraire du nivellement prôné par la gauche d’aujourd’hui.

Quand Blum leur disait : « l’émulation scolaire est une forme de l’égalité vraie, qui n’est pas l’uniformité, mais le développement entièrement libre des puissances individuelles » c'était le contraire de l'égalitarisme vanté par la gauche d’aujourd’hui.

La gauche qui a trahi c'est celle, héritière de mai 68, qui demande aux enfants ce qu’ils ont envie d’apprendre, qui dit à l’élève qu’il est l’égal du maître, qui part en guerre contre l’élitisme républicain qui traumatiserait les mauvais élèves, qui explique aux professeurs que pour enseigner les mathématiques à Paul il faut d’abord connaître Paul plutôt que les mathématiques, et qui promet qu’on donnera le bac à tout le monde. Cette gauche là, au final, accepte la pauvreté pour peu qu'il n'y ait que des pauvres, tolère les retards pour peu que personne ne soit à l'heure, s'accommode des injustices si chacun en est également la victime. Cette société là, je veux le dire clairement, je n'en veux pas.

Je refuse d'expliquer que le niveau de l'enseignement monte alors qu'il n'y a jamais eu autant d'enfants qui ne savent ni lire ni écrire, que la méthode globale est une réussite, que la démocratisation de l’enseignement est un succès. La vérité c'est que les étudiants qui se sont révoltés en mai 68 étaient des enfants gâtés par les 30 glorieuses. Vous êtes les enfants de la crise. Ils ont vécu sans contraintes. Vous payez aujourd’hui la facture.

Vous voyez le chômage, la précarité, l’exclusion et vous vous posez tant de questions sur votre avenir. Vous voyez la discrimination, le racisme, l'antisémitisme et vous enragez de voir la patrie des droits de l'homme mettre au 2ème tour d'une présidentielle Jean-Marie Le Pen. Vous voyez des gens qui dorment sur le trottoir et l’enfant du tiers monde qui meurt de faim. Vous voyez des malheureux qui sur leur pirogue affrontent l'océan pour gagner ce qu'ils croient être la terre promise et qui perdent la vie avant de toucher le rivage. Et vous n'acceptez pas que le monde qui n'a jamais été aussi riche laisse autant de pauvres sans perspective. Vous voyez la planète saccagée et vous êtes révoltés de voir l'humanité danser sur un volcan.

Au milieu de tant d’espoirs, de rêves et de promesses que vous offre le monde, au milieu de tous les obstacles que la société dresse devant vous et qui vous empêchent de prendre votre élan j'ai conscience que la jeunesse hésite sans cesse entre la joie de vivre et la peur de vivre. Le jeune internaute qui s’enferme dans son monde virtuel a peur du monde réel comme le jeune qui s’enferme dans son quartier a peur du monde extérieur. Le jeune qui allonge indéfiniment ses études a peur du monde du travail, comme le jeune qui se drogue a peur de lui-même. Mais on ne peut pas vivre en s’enfermant ou en fuyant.

Je vous demande de m'aider à agir si vous ne voulez pas subir. Dans la vie il y a les spectateurs et il y a les acteurs. Il y a ceux qui regardent et il y a ceux qui agissent, ceux qui ont des désirs et ceux qui les réalisent. La France a besoin des rêves et des désirs de sa jeunesse. Mais à quoi servent les rêves inaccomplis ? Désirer une France nouvelle sans être capable de la construire ou bien chercher à la construire sur des utopies comme les trente cinq heures c’est se condamner à l'échec. La France sera réveillée par ceux qui se lèvent tôt, par ceux qui retroussent leurs manches pour réaliser leurs rêves. Oui, il est possible de construire la France dont vous rêvez et je veux la construire avec vous. Nous la construirons ensemble.

Je ne suis pas venu pour proposer le nième plan quinquennal pour la jeunesse. Je suis venu vous demander d'être l'âme du changement, d'être les acteurs d'une rupture dont je suis certain, qu'au fond de vous-même, vous l'appelez de vos vœux. Je vous demande par dessus tout de recommencer à espérer parce que si nous sommes ensemble, unis, déterminés, tout sera possible.

Vous voulez la vérité ! Cela tombe bien : je refuse le mensonge !

La vérité c’est qu’à vous maintenir indéfiniment dans un état de dépendance et d’assistance, on risque de vous faire perdre l’estime de vous-mêmes. La vérité c’est qu’on ne rend pas service à la jeunesse en dépréciant l’effort. On ne rend pas service à la jeunesse en disqualifiant le mérite. Pourquoi travailler à l’école si la société ne reconnaît pas la valeur du travail ? Comment croire à la valeur de l’effort si l’école ne l’a pas inculqué ?

On ne rend pas service à la jeunesse en détruisant l’autorité du professeur et la légitimité du savoir. On ne rend pas service à la jeunesse en l’enfermant dans la « culture jeune » et en lui enseignant qu’il est inutile qu’elle perde son temps avec tout le reste. On ne rend pas service à l’élève de 4e auquel on demande d’écrire une autre fin au « Cid » comme s’il était le rival de Corneille. On ne rend pas service à la jeunesse en lui enseignant que tout se vaut. On ne rend pas service à la jeunesse en lui faisant croire que tout est gratuit.

La vérité c’est que la jeunesse n’excuse pas tout. La vérité c’est que si la société a des devoirs envers la jeunesse, la jeunesse a aussi des devoirs envers la société, que si la famille a des devoirs vis-à-vis de ses enfants, les enfants ont des devoirs vis-à-vis de leur famille. La vérité c’est qu’on ment à la jeunesse en l’infantilisant. Je ne suis pas venu vous proposer de vous aider à rester des enfants. Je suis venu vous proposer de vous donner les moyens de devenir des adultes à part entière. Je ne suis pas venu vous proposer de construire votre avenir à votre place. Je suis venu vous proposer de construire ensemble une société où chacun recevra selon son mérite et où chacun aura sa chance. Je ne veux pas briser vos rêves. Je veux vous donner les moyens de les vivre. Je veux vous rendre non la certitude d’un avenir tout tracé, mais l’espoir que vous pourrez vivre la vie que vous aurez choisie. Je veux vous rendre l’espoir que vous pourrez vous construire une vie meilleure, que l'avenir peut cesser d'être une menace pour redevenir une promesse. Je veux vous redonner ce qu’on vous a fait perdre de plus précieux : l’envie d’avoir envie. A ceux qui veulent partir, je veux redonner l’envie de rester. A ceux qui sont découragés, je veux redonner l’envie de réussir. A ceux qui ne veulent plus rien, je veux redonner l’envie de vouloir. Je veux redonner à chacun l'envie de relever tous les défis.

Aux enseignants je veux dire comme Jules Ferry : « formez des hommes, non de grands enfants ». Je veux leur dire : vous faites un métier formidable, le plus beau, celui qui transmet le savoir -ce métier, vous le faites dans votre immense majorité en vous donnant pleinement à ce qui pour vous est une vocation- vous avez une autorité à reconquérir. L’Etat peut vous y aider mais vous avez le devoir de le vouloir, parce que le rapport du maître à l’élève ne peut pas être un rapport d’égalité, même si l’élève a vocation, un jour, à dépasser le maître. L’école, dans le primaire et dans le secondaire, ce n’est pas la délibération, ce n’est pas le colloque permanent. L'école c’est la transmission des savoirs, des normes et des valeurs et au premier rang d'entre elles, de celle du respect.

Je veux une école du respect où les élèves se lèvent quand le professeur arrive, où l'élève différent n'est pas victime de la vindicte des autres, où celui qui a eu le moins de chance en aura autant de réussir que celui que la vie a ménagé. Je veux leur dire aussi que leur mission n’est pas l’intégration à une société qui est de toute façon la leur, mais la préparation à la vie dans cette société, que la partie de la jeunesse qui souffre le plus ne vit pas une crise de l’intégration mais une crise du rapport à soi et du rapport aux autres, une difficulté croissante à vivre en société, à vivre avec soi, même parmi les autres. Je veux dire aux pédagogues que s’il ne faut pas écraser la personnalité de l’enfant, ni étouffer sa spontanéité, qu’il faut l’encourager à développer toutes ses potentialités, il ne faut pas pour autant renoncer à l’instruire.

Je veux leur dire aussi que si la jeunesse sait d’instinct qu’elle conquiert sa liberté en apprenant à dire non, ce n’est pas une raison pour lui dire toujours oui. Aux parents, je veux dire qu’ils ont une responsabilité primordiale dans l’éducation de leurs enfants et qu’ils ne peuvent s’en exonérer. Je veux leur dire que la société peut et doit les aider à assumer cette responsabilité. Mais je veux leur dire aussi qu’ils seront tenus pour responsables de ne pas avoir voulu l’assumer. A ceux qui sont encore à l’école, et qui ont à apprendre. A ceux qui sont sur le point d’achever leurs études mais qui seront demain les éducateurs de leurs enfants, je veux dire que la vie est un combat. Je veux dire qu’il n’y a d’appropriation d’un héritage culturel que si celui-ci est conquis et pas seulement hérité. Je veux dire par-dessus tout que tout se mérite, que rien n'est acquis, que rien n'est donné. C'est bien tout cela qui, au final, confère à l'homme sa dignité et sa liberté.

Vous voulez l’égalité ! Je la veux avec vous.

Je veux que la société vous permette de devenir des adultes, des adultes comme les autres, avec les mêmes devoirs mais aussi les mêmes droits, et la même considération, pas des adultes qu’on traite comme des enfants, pas des adultes qu’on met deux ans à l’essai, qu’on peut licencier sans explication, qu’on peut payer avec un demi-SMIC, pas des adultes au rabais mais des adultes à part entière qu’on respecte, dont on reconnaît le talent, la compétence, le travail, à leur juste valeur. Des adultes auxquels leur travail procure de quoi se loger, de quoi vivre, de quoi fonder une famille. Je veux pour vous les mêmes opportunités quand vous avez fait les mêmes études et ce, quel que soit le quartier d’où vous venez, quelle que soit la consonance de votre nom, ou la couleur de votre peau. Vous voulez la justice et l’équité entre les générations parce que les générations qui vous ont précédés ont les créances et que vous aurez les dettes.

Je vous propose de relever le défi de la République.

Je suis de ceux qui pensent qu’elle ne fait pas assez de place à la diversité. Je vous propose une République plus respectueuse de la différence. Je ne veux pas d'une République de l'égalitarisme et du nivellement. Je vous propose une République fondée sur le mérite et où chacun aura sa chance, où l'on ne craindra pas de compenser les handicaps économiques, sociaux, éducatifs par une discrimination positive qui sera l’autre nom du volontarisme républicain ou de l'égalité réelle, et qui témoignera de notre volonté de combattre les injustices. Dans la République personne ne doit être laissé de côté. Mais il ne peut pas y avoir de solidarité sans contrepartie. Je vous propose une République où les droits seront la contrepartie des devoirs. Je vous propose une République qui renouera avec le civisme comme fondement d’une morale partagée et du lien social. Je vous propose de réinventer la République en créant un service civique par lequel chaque jeune Français entre 18 et 30 ans donnera aux autres 6 mois de son temps. Ce service pourra être effectué en une fois ou fractionné, à temps plein ou à temps partiel, réalisé en France ou à l’étranger, dans toute activité revêtant un caractère d’intérêt général. Faut-il qu’il soit obligatoire ? Ce mot ne me fait pas peur. Je crois qu'après une expérimentation à grande échelle, car l'entreprise est ambitieuse et complexe, il faut qu'il le soit. Il n’y a pas de République sans obligations de chacun envers tous. Il y a dans l’obligation une pédagogie du devoir et une exigence morale qui permettront à la jeunesse de donner le meilleur d’elle-même et qui imposeront à toute la société de faire une place à la jeunesse. Mais dans sa mise en oeuvre cette obligation ne doit pas être un obstacle de plus pour les études ou pour l’entrée dans la vie active. Elle doit être adaptée aux situations, aux parcours, aux aspirations de chacun. Elle doit pour certains être l'occasion d'engager une formation qui a manqué. Elle doit offrir à chacun un enrichissement, une expérience, un moyen de se réaliser, une occasion de s’engager pour une cause qui lui tient à cœur.

Jeunes Français, la République est à vous. La République c’est vous. Vous la trouvez austère et exigeante, intransigeante parfois, mais vous lui devez beaucoup. En lui donnant un peu de vous-même vous manifesterez votre appartenance à cette communauté d’hommes libres, égaux en droits et en devoirs. Car la République est l’affaire de tous. Votre pays a besoin de vous. La société a besoin de vous. Soyez au rendez-vous de la France.

Ne vous y trompez pas, sans la République vous n’aurez pas plus de liberté individuelle, pas plus de justice et de démocratie. Vous aurez le communautarisme, la loi des tribus, chacun renvoyé à ses origines ethniques, à sa religion, vous aurez la citoyenneté à géométrie variable, vous n’aurez pas moins d’intolérance mais davantage. La République n'est pas un choix. Pour chacun de nous, ce doit être une exigence et un devoir.

Avec vous je veux construire la République du 21ème siècle où sera reconnu le droit pour chacun de faire quelque chose de sa vie et non le droit pour tous de se laisser vivre. Pour cela je vous propose cinq droits nouveaux.

Le premier de ces droits est le droit à l’excellence dans l’éducation et la formation.

Vous voulez être libres ! Vous avez raison. Sachez que cette liberté se mérite. L’ignorant ne peut pas être libre.

L'éducation c'est d'abord la famille si fragilisée par la vie moderne, et pourtant si précieuse pour l'enfant par l'amour, par la protection, par la solidarité qu'elle lui offre, par les valeurs qu'elle est la seule à pouvoir transmettre. Dans le désarroi d'une partie de la jeunesse, il y a des familles désemparées qui n'arrivent plus à faire face à l'éducation de leurs enfants. Ces familles, il faut les aider. Il faut aider la jeune mère trop vite sortie de la maternité. Il faut aider les jeunes parents dans ces premières années d'éducation qui vont peser si lourd par la suite. Je propose qu'on fasse faire les devoirs à l'école pour que l'enfant dont les parents travaillent ne soit pas livré à lui-même. Mais le meilleur service que l'on puisse rendre aux familles c'est la qualité de l'école.

Contre l'angoisse des familles qui s'inquiètent pour l'avenir de leurs enfants, contre le nivellement par le bas, contre la dévalorisation des diplômes, je vous propose un projet éducatif fondé sur l’excellence. Je ne veux pas installer une sélection qui ne serait que le paravent d’une politique malthusienne qui réserverait les études supérieures à une toute petite fraction de la jeunesse. Mais je ne veux pas non plus d'études supérieures qui soient synonymes d'échec, de déqualification et de chômage. Je veux qu'un nombre plus important de jeunes aient accès à l'enseignement supérieur. Mais je veux que ce soit pour accroître leurs chances de réussite.

Oui, je l'assume, je veux relever le niveau d’exigence de sorte que chacun soit incité à l’effort et au dépassement de soi, de sorte aussi, pourquoi ne pas le dire, que ceux qui n’ont pas envie de travailler ne puissent pas empêcher ceux qui veulent étudier de le faire. Je propose d’en finir avec le passage en 6e d’enfants qui ne savent ni lire ni écrire, car c'est les condamner à un échec certain. Je propose d’en finir avec le passage automatique dans la classe supérieure jusqu’en 3e des élèves qui n’arrivent pas à suivre, car c'est les condamner à en faire des exclus au sein de notre école républicaine. Je propose que lorsque les handicaps sont trop lourds on organise des classes de 15 élèves et que soient créés pour les bons élèves issus de familles modestes des internats d’excellence, pour que chacun ait la chance de bénéficier d'un environnement favorable. Je propose d’en finir avec l’abaissement du niveau du bac pour pouvoir le donner plus facilement à tout le monde. Je propose d’en finir avec l’obligation pour l’université d’accueillir des étudiants qui ne sont pas suffisamment préparés aux études supérieures, au point que les deux tiers d'entre eux abandonnent avant la fin de la deuxième année. A l'amertume s'ajoute la perte de temps. Je propose que l’Université reçoive davantage de moyens mais qu’elle soit plus autonome, plus proche du monde de l’entreprise, plus impliquée dans la recherche, qu'elle puisse réguler l’accès à certaines filières dont les débouchés sont faibles, pour qu’enfin tant d’étudiants ne se retrouvent plus engagés dans des voies sans issues. Je propose de construire ensemble un projet éducatif qui aura pour finalité de faciliter le passage de la jeunesse à l’âge adulte, non de le retarder. Je veux construire une école qui donne envie d’apprendre. Je veux construire une école qui renoue avec une conception exigeante de la culture et du savoir. Je veux construire une école capable d'être le creuset d’une culture commune. Chacun est libre de mettre ce qu’il veut dans le mot « culture », libre de trouver son plaisir où il l'entend. Je n’ai jamais partagé l’idée selon laquelle la culture populaire serait une sous-culture, la chanson serait un art mineur, et la valeur d’une œuvre d’autant plus grande qu’elle serait ésotérique et confidentielle. Chaque génération invente des formes de pensée, d’art et de culture, des idéaux, des manières de vivre qui lui sont propres. Vous êtes en train d’inventer les vôtres.

Vous êtes la génération de la communication et des marques. Vous êtes la génération d’internet, du portable, du rap et de la techno. Nul ne refera le monde d’avant les SMS, les blogs et les jeux vidéo. Nul ne refera le monde d’avant la société de consommation, d’avant la globalisation. Mais il faut s’entendre sur le rôle de l’école. L’école n’est pas faite pour apprendre aux jeunes à être jeunes. L’école est là pour vous donner les moyens de penser par vous-même, pour vous mettre en contact avec les plus grandes œuvres de l’esprit, pour vous apprendre à faire la différence entre Madame Bovary et un compte-rendu de fait-divers dans un journal, entre Antigone et Harry Potter. Après, vous lirez ce que vous voudrez. La démocratisation de la culture c’est se donner les moyens de faire comprendre et aimer Sophocle, Shakespeare ou Racine au plus grand nombre. Ce n’est pas supprimer Sophocle, Shakespeare ou Racine des programmes pour qu’un plus grand nombre d’élèves puisse suivre plus facilement. Ce n’est pas alléger le programme de mathématiques pour faciliter la vie de ceux qui doivent faire un effort. C’est faire aimer et comprendre les mathématiques même à ceux qu’elles rebutent. La démocratisation de la culture c’est qu’un nombre de plus en plus grand de jeunes s’engage dans la vie avec dans la tête des notions de science et d’humanité qui leur permettront de se comprendre et de comprendre le monde. C’est qu’un nombre de plus en plus grand de jeunes affrontent l’existence avec l’esprit ouvert pour accueillir toute la beauté du monde et les moyens d’exprimer ce qu’ils éprouvent.

Les maîtres qui ont enseigné à ma génération nous ont fait un cadeau dont alors nous n’imaginions pas le prix en nous faisant réciter les fables de La Fontaine et quelques vers de Verlaine ou de Victor Hugo. C’est le drame d’une partie de la jeunesse actuelle de n’avoir pour s’exprimer que la violence ou le repli sur soi parce qu’on ne lui a pas donné la culture. Vous ne perdrez jamais votre temps avec les grandes œuvres de l’esprit. Elles auront toujours quelque chose à vous inspirer. Vous ne perdrez jamais votre temps avec les peintres, les poètes et les musiciens parce que les peintres, les poètes et les musiciens vous feront voir la beauté des choses. Ils vous apprendront à exprimer l’indicible. Vous ne perdrez jamais votre temps avec les savants et les philosophes. Ils vous apprendront à chercher votre vérité. Mais je veux construire une école qui n’opposera pas le corps et l’esprit et qui ne confondra pas le sport avec l’éducation physique. Je veux construire une école où le sport sera considéré comme une discipline fondamentale parce que le sport est une morale de l’effort et une éthique. Parce que le sport c’est le dépassement de soi et le respect des autres. Je veux construire une école où la culture technique sera partie intégrante de la culture générale et qui fera découvrir aux élèves les cultures et les métiers de l’artisanat pour que chacun puisse choisir sa voie en fonction de ses goûts et pas seulement à travers la sélection par l’échec. Je veux que l’apprentissage soit une vocation et non un pis aller. Au fond je veux que l’apprentissage devienne une filière d'excellence

Vous voulez trouver un emploi ! C'est une juste revendication. Et ma plus grande ambition c'est que dans 5 ans le taux de chômage soit tombé dans notre pays à 5 %. Vous voulez vivre de votre travail ! Ce doit être un droit pour chacun.

Alors je vous propose de relever le défi du chômage de la seule façon possible, en revalorisant le travail parce que c’est le travail qui crée le travail. Je vous propose de moins taxer le travail pour enrichir le contenu en emploi de la croissance. Je vous propose de gagner plus si vous travaillez plus. Je vous propose de ne plus payer aucun impôt ni aucune charge sur les heures supplémentaires. Je vous propose d’encourager l’embauche en sécurisant les parcours professionnels plutôt que les emplois, c'est-à-dire en faisant en sorte que chacun ait un emploi, tout en acceptant que l'emploi change. Je vous propose de remplacer la logique du partage par celle de la croissance, car il faut créer la richesse avant de la distribuer. Je vous propose de relever le défi de la société de la connaissance. Dans la société de la connaissance c’est la formation qui fait la compétitivité. Dans la société de la connaissance c’est le capital humain qui fait la croissance. Dans la société de la connaissance on ne peut pas s’arrêter d’apprendre. Dans la société de la connaissance on ne peut pas vivre sur ses acquis. Dans la société de la connaissance l’inégalité d’accès au savoir est la pire des inégalités. Dans la société de la connaissance l’égalité des chances c’est donner à chacun tout au long de sa vie l’accès au savoir.

Le deuxième droit nouveau que je vous propose, c’est le droit à l’éducation et à la formation tout au long de la vie.

Je vous propose non un nouveau droit pour la jeunesse, mais un droit pour tous grâce auquel la jeunesse d’aujourd’hui pourra construire le monde de demain. Je propose que soit reconnu à chacun un droit à l’éducation et à la formation, que chacun reçoive un compte épargne formation c'est-à-dire un capital initial de formation par exemple de 20 années qui s’épuisera au fur et à mesure des années d’études et qui se reconstituera au fur et à mesure que les années d’activité professionnelle amèneront de nouveaux droits. Je propose que ces droits soient librement transférables, qu’ils soient applicables à tous les types de formation qu’elles soient intellectuelles ou professionnelles, sous forme scolaire, sous forme de stages ou en alternance. Je propose qu'en même temps que seront améliorées les bourses et les facilités de logement des étudiants, l'on crée pour eux un système de prêt à taux zéro garanti par l'Etat. Il s’agit d’opérer une véritable révolution culturelle. Il s’agit de changer les mentalités et les comportements. Il s’agit de passer entre la société et les jeunes qui veulent étudier, qui veulent se former, un contrat qui comporte des droits et des devoirs. Le droit à la formation tout au long de la vie va du reste obliger toute la société à une réflexion en profondeur sur l'autonomie de la jeunesse étudiante.

Il faut que soit reconnu un véritable droit à la deuxième chance. C’est le troisième droit nouveau que je vous propose. Je propose que soient étendues et multipliées les formules comme le Conservatoire National des Arts et Métiers ou la capacité en droit qui permettent à n’importe quel âge de poursuivre les études supérieures sans le bac. Je propose que le compte épargne formation comporte un volet qui soit un capital deuxième chance. Je propose que soit développé sur une grande échelle le système de l’école de la deuxième chance. Marseille a créé avec succès la première d’entre elles. Le moment est venu de tirer les leçons de cette expérience réussie et de la généraliser avec le soutien de l’Etat. L’objectif devrait être de créer au moins une école de la deuxième chance par département en cinq ans et une par bassin de 100 000 habitants en dix ans.

Le quatrième droit nouveau que je vous propose, c’est le droit à la première expérience professionnelle.

Je propose que chaque jeune puisse utiliser son droit à formation pendant les six premiers mois de sa première expérience professionnelle. Je propose que le service civique obligatoire contribue à rendre effectif ce droit à la première expérience pour tous. Ce droit aura pour contrepartie le devoir pour la société en particulier pour l’Etat, les collectivités locales, les associations qui reçoivent de l’argent public et les entreprises qui bénéficient de la commande publique d’offrir une place à tous les jeunes qui veulent se confronter au monde du travail.

Le cinquième droit nouveau que je vous propose, c’est le droit à la création.

Vous voulez être des créateurs ! Je veux vous donner les moyens de réaliser vos projets parce qu’ils portent en eux le monde de demain. Je vous propose de construire une société de créateurs et d’entrepreneurs.

Je vous propose que chaque université soit dotée d’un dispositif d’aide à la création d’entreprise. Je vous propose que les projets à buts non lucratifs soient autant soutenus que les projets à buts lucratifs. Je vous propose que des écoles de projets vous aident à réaliser vos ambitions. Je vous propose de développer le micro crédit pour financer les micros projets. Je vous propose des prêts aux jeunes créateurs à taux zéro, parce que l’intérêt c’est le prix du temps, parce qu’un taux zéro c’est un acte de foi dans l’avenir. Malraux voulait créer partout des Maisons de la culture pour mettre la culture à la portée de chacun. Dans notre époque où c’est l’intelligence collective qui enfante l’avenir, où c’est le métissage des cultures et des idées, le mélange, le brassage qui est la principale force de création dans tous les domaines, je propose de créer partout des Maisons des créateurs où se retrouveront tous ceux qui aspirent à inventer, à créer, à entreprendre dans tous les domaines, où ils pourront trouver des soutiens, des conseils, des formations, des aides, mais aussi où ils échangeront, où ils croiseront leurs expériences, leurs idées, leurs projets, où ils formeront des projets communs, où ils inventeront ensemble l’avenir.

Vous voulez être citoyens du monde. Vous le serez par votre engagement dans le combat contre la dégradation de la planète. Il faut sauver la planète des conséquences d'une suractivité humaine. Chaque être raisonnable et responsable peut et doit partager ce constat. Car la Terre est menacée de mort lente par asphyxie, par épuisement des ressources, par disparition des espèces. Quand la moitié des forêts primitives ont déjà disparu de la surface du globe, quand les glaces du Groenland fondent, quand on prévoit que les émissions mondiales de gaz carbonique vont augmenter d’au moins 75 % dans les 25 ans à venir alors que la situation est déjà critique, vous sentez bien qu’on ne peut plus attendre. L’effet de serre, la pollution des océans, le pillage des ressources naturelles n’auront pas pour effets que le changement climatique, la désertification, l’appauvrissement de la biodiversité, la dégradation de la santé ou la mise en péril de la vie des plus fragiles comme ce fut le cas lors de la canicule il y a 3 ans. Les guerres de la faim et les guerres de l’eau qui menacent le monde à venir pourraient bien être les plus terribles que l’humanité ait connues parce que ce seront des guerres désespérées. Pour éviter demain une société de privation, il nous faut organiser aujourd’hui une société de modération. Vous sentez bien que le problème de l’environnement n’est plus seulement désormais le problème de la qualité de la vie mais le problème de la vie tout court. Votre génération ne doit pas refaire les erreurs que nous avons faites. C’est à vous qu’il appartient en priorité de sauver l’avenir. C’est à vous qu’il appartient de faire la leçon aux générations précédentes et de faire triompher le point de vue de la vie. En matière d’environnement, ce sont les jeunes qui font l’éducation de leurs parents. Quand le tri sélectif réussit à s’imposer, c’est grâce aux enfants. Quand il s’agit de sauver des espèces animale