Nicolas Sarkozy en Guyane
Par Sarkozy-president.org, vendredi 30 juin 2006 à 18:20 :: General :: #65 :: rss
__Interview de Nicolas Sarkozy, Ministre d’Etat, de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire FRANCE GUYANE – 29 juin 2006__
Le taux de criminalité en Guyane est devenu le plus élevé de France. Les Guyanais attendent des mesures urgentes. Qu'êtes-vous en mesure de leur proposer ? Si l'on examine les infractions, hors celles liées à l'immigration irrégulière, le taux de criminalité est de 69 pour mille, ce qui situe la Guyane dans la moyenne nationale. Si l'on intègre les infractions au séjour irrégulier (il y a en eu 4800 sur les cinq premiers mois), alors le taux augmente mais cela dénature complètement les choses. On ne peut pas reprocher aux forces de police d'être actives en la matière! En revanche, il est vrai que la délinquance en Guyane se caractérise par la gravité des violences commises. Cette situation n'est pas acceptable et nourrit un sentiment d'insécurité que je comprends.
Outre les moyens humains supplémentaires déjà consentis: - je viens de ramener des gendarmes de St Pierre et Miquelon sur la Guyane, ce qui fait que nous avons maintenant cinq escadrons au complet dans le département ; - 14 gendarmes supplémentaires viendront renforcer les pelotons mobiles et 9 autres la compagnie de Saint-Laurent-du-Maroni ; - 20 policiers viendront créer la 3ème section de la compagnie départementale d'intervention, 24 iront renforcer les services de la PAF, étant entendu que je veillerai au remplacement, nombre pour nombre, des personnels quittant le département. J'ai aussi décidé la création d’un Groupe d’Intervention Régional (GIR) qui sera opérationnel dès cet été, la création d'un poste de gendarmerie à Matouri (en attendant la réalisation d'une brigade) et la création d'un centre opérationnel de la gendarmerie qui permettra une couverture permanente du territoire. Je vais, par ailleurs, signer un accord avec le Ministre de la police et de la justice du Surinam pour intensifier la coopération sur le contrôle de la frontière. J'ai demandé à la Ministre de la défense de renforcer la participation des forces armées à nos missions de souveraineté et cela sera acté dans un protocole opérationnel. J'ai également fait adopter de nouvelles dispositions pour renforcer encore la législation en matière de lutte contre l'immigration clandestine. J'ai, enfin, fixé des objectifs très concrets au préfet et aux forces de l'ordre pour mettre en oeuvre une politique de fermeté.
Un procès d'assises vient de s'achever à Cayenne : un homme a été condamné à cinq ans de prison avec sursis pour avoir tué un squatter voisin. Face à la délinquance, la réaction exacerbée des habitants, l'auto-défense, est-elle justifiable ? Les décisions de justice sont souveraines et je n'ai pas à commenter un jugement d'un jury populaire. En revanche, je suis très clair : il n'est pas concevable d'imaginer que nos concitoyens puissent se faire justice eux mêmes. Je n'accepterai aucune dérive de quelque nature que ce soit dans ce domaine. C'est à l'Etat d'assurer la sécurité de tous.
Lors de votre dernière venue, des manifestants ont ouvertement soutenu la « méthode Kärcher ». La méthode forte de la mairie de Cayenne qui a détruit, en avril, sans autorisation, le squat où venait d¹être tué le policier Robinson, est-elle acceptable ? Il y a dans notre pays des procédures de droit qui s'imposent à tous, à commencer par les détenteurs de l'autorité publique. Nous devons être exemplaires, ce qui n'empêche pas de faire preuve de grande fermeté dans le respect de la Loi. J'ajoute que si la loi, à un moment donné, ne permet plus d’appréhender les problèmes qui se posent concrètement dans une société, alors le législateur peut l'aménager. C'est ce que nous avons fait, par exemple, avec le volet outre-mer de la loi immigration et intégration, récemment votée.
Selon vous, les démolitions d¹habitations illégales, par l¹Etat, doivent-elles reprendre en juillet, après la trêve de trois mois ? Dès lors que les procédures de droit ont été respectées, je demande au Préfet de faire appliquer sans délai les décisions de Justice en prenant en compte les réalités de terrain.
Le dernier congrès des élus guyanais a demandé la construction de commissariats dans les communes de plus de 10 000 habitants (quatre sont concernées en Guyane). Etes-vous d¹accord ? J'ai pris connaissance avec intérêt des propositions des élus Guyanais. Je rappelle qu'il y a aujourd'hui, en Guyane, un taux de forces de sécurité beaucoup plus élevé qu'en métropole. Il n'y a aucune raison de substituer des forces de police aux forces de gendarmerie qui remplissent bien leur mission dans un contexte très spécifique. Par ailleurs, je rappelle que j'ai fait le redéploiement dans 66 départements de métropole et d'outre-mer et que je me suis attaché, à chaque fois, à donner plus cohérence en matière de sécurité aux territoires concernés. Il n'y a aucune raison de ne pas agir de la même façon en Guyane.
Quand obtiendra-t-on l'hélicoptère de la Sécurité civile promis il y a trois ans ? L'hélicoptère EC 145 de la gendarmerie arrivera sur le département dès sa livraison, dans le deuxième semestre 2007. Des retards imputables à des raisons budgétaires ont été pris, je le regrette. Pour pallier l'insuffisance en moyens héliportés, j'ai veillé à ce que le Préfet puisse affréter un appareil civil. Pour la sécurité civile, il n'y a pas de moyens prévus dans l'immédiat et la perte accidentelle en service de 2 machines ôte, dans l'immédiat, toute marge de manœuvre. Cela étant, la situation n’est pas figée.
Si les forces de l'ordre bénéficient de davantage de moyens, ceux de la justice suivront-ils, alors qu¹il y a quelques jours, un homme a été remis en liberté simplement parce que les interprètes du tribunal, non payés, étaient en grève ? La cohérence de la chaîne pénale est cruciale à mes yeux. C'est la raison pour laquelle le Garde des Sceaux et moi-même avons envoyé une mission mixte forces de sécurité/justice. Il nous paraît indispensable que la Justice dispose de moyens lui permettant de faire face à l'augmentation de l'activité policière dans le département.
Après l'assassinat de deux piroguiers de la réserve des Nouragues, des voix s'élèvent de nouveau, réclamant la Légion comme seul moyen de lutte efficace contre l'orpaillage clandestin, estimant la Guyane « en état de guerre ». Qu' en pensez-vous ? Je réfute la notion "d'état de guerre". Il faut garder aux mots leur sens. En revanche, je suis pleinement d'accord pour dire que l'exercice de notre souveraineté nationale exige d'apporter des réponses à la hauteur des enjeux aujourd’hui. C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité que l'on intensifie l'implication des forces armées dans la surveillance du territoire et la lutte contre l'immigration clandestine. Ce concours se fera naturellement dans le respect de nos principes républicains.
Expulsés, les étrangers en situation irrégulière du Brésil et du Surinam peuvent facilement revenir en Guyane, en vingt-quatre ou quarante-huit heures. Comment est-il possible de contrôler les frontières du territoire ? Le contrôle d'un territoire aussi vaste que celui de la Guyane nécessite une triple approche. Tout d'abord, il faut se donner les capacités de contrôler efficacement les passages frontière sur le plan policier. La nouvelle loi sur l'immigration renforce, à cet égard, les moyens de contrôle. Il faut, ensuite, approfondir la coopération internationale. C'est ce que je vais faire, par exemple, en signant un accord de coopération policière avec le Surinam. Enfin, il faut agir sur le principal moteur de cette immigration qu'est le travail clandestin. Et ça, je tiens à préciser que c'est l'affaire de tous.
Combien coûtent à l'Etat 7500 reconduites à la frontière, votre objectif pour cette année ? Le coût de l'effort historique de 7500 reconduites est réel et est assumé par l'Etat. Il est certainement inférieur aux coûts économiques et sociaux de l'inertie.
Le centre de rétention, qui accueille les clandestins, est inadapté. Des rapports l'accablent. Comment remédier à cette situation ? Le centre de rétention de Rochambeau sera, dès la fin de l'année, aux normes requises. Par ailleurs, il fera l'objet d'une extension l'année prochaine.
L'aide au développement des pays voisins n'est-elle pas la meilleure solution au problème de l' immigration clandestine ? L'aide au développement est indéniablement un des outils de régulation des flux migratoires sur le long terme. J'ai eu l'occasion de le dire très clairement lors d'un récent voyage en Afrique, et je travaille actuellement à mettre au point des outils renouvelés de développement. Cela ne doit pas cependant nous dispenser d'une action déterminée à court terme.
Doit-on remettre en cause le droit du sol dans les Dom-Tom, comme l'avait suggéré François Baroin l'an dernier ? La remise en cause de ce principe du droit français n'est pas d'actualité comme l'a montré le récent débat au Parlement.
Lors de votre visite, pourquoi avoir choisi Saint-Laurent plutôt que l¹est du pays ? Devant signer un accord avec le Surinam, il était indispensable que je me rende à Saint-Laurent-du-Maroni. Par ailleurs, ayant du réduire le format de ma visite en raison de contraintes incontournables, je n'ai pu, comme cela était initialement prévu, me rendre à Saint-Georges de l'Oyapock. Je le regrette vraiment. Mais j'aurai l'occasion de revenir.
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