M. le Député Jean-Jacques DESCAMPS

J'ai assisté hier, à Tours, à la remise par Jacques Chirac des décrets de naturalisation à plus d'une centaine d'immigrés en Touraine. J'ai chanté avec eux( pas tous, mais pas tous les assistants à cette cérémonie non plus!)la Marseillaise. C'était à la fois émouvant et instructif. Il y avait des immigrés de l'Est et du Sud, certains d'Europe, d'autres d'Afrique, quelques uns d'Asie. Bref une grande diversité de races et de niveau de vie. Le Président a insisté sur les droits mais surtout les devoirs liés à cette naturalisation. Il a eu raison. Mais il n'a pas évoqué la question des règles qui prévalent pour avoir droit au statut de long séjour des étrangers et/ou à la nationalité française. Or le problème se pose avec acuité ces derniers jours, avec l'affaire des enfants scolarisés de clandestins. La loi prévoit des aides au retour ou des reconduites à la frontière lorsque les immigrés clandestins n'ont pas de raison valable de séjourner en France (droit d'asile politique, regroupement familial, etc..). Ce qui est normal, sauf à accepter toute la misère du monde dans notre pays. Mais certains de ces clandestins ont leurs enfants à l'école et ceux-ci se sont souvent bien intégrés dans la vie de celle-ci et dans le pays. D'où les craintes exprimées par des enseignants ou des parents de les voir perdre ces acquis de culture en repartant chez eux, pour un avenir incertain. D'où les demandes de régularisation automatique de ces familles. Mais accepter sans problème de les garder en France avec leurs parents serait ouvrir un nouvel appel d'air pour une immigration clandestine qui s'accompagnerait d'une inscription à l'école, qui est de droit. Ce ne serait pas acceptable. Nicolas Sarkozy s'est donc saisi de ce problème pour traiter ces situations au cas par cas avec l'aide d'Arno Klarsfeld comme médiateur, pour vérifier que ces enfants sont scolarisés depuis un temps suffisant, qu'ils sont bien intégrés scolairement, que les familles sont sans problèmes d'intégration aussi, etc.. La difficulté imprévue est le nombre de familles dans cette situation, beaucoup plus élevé que les estimations faites avant la loi, ce qui demande des délais de traitement plus longs pour trouver la solution pour chacun: acceptation, retour avec accord des intéressés, ou renvoi de force. Le gouvernement et le Ministre de l'intérieur ont pris, à mon sens, le bon chemin, entre la régularisation automatique des clandestins, version socialiste, et le renvoi systématique, version Le Pen. La conclusion de tout cela, c'est qu'on a trop sous estimé depuis longtemps le problème de cette immigration non choisie, que certains veulent maintenant traiter ou trop brutalement ou avec seulement de la compassion, sans lucidité. Le mérite de Nicolas Sarkozy est, par une application de la législation existante, de faire apparaître la réalité des choses et ensuite de traiter la question avec méthode et avec humanité. Ne laissons ni les bonnes âmes non responsables et un peu démagogues, ni les partisans du "y a qu'à les renvoyer chez eux" sans autre forme de procès, envahir les médias. En revanche, travaillons sérieusement à remettre de l'ordre dans la maison France en apurant le passé avec tact et humanité, et en mettant en place pour les années à venir une politique volontariste d'immigration et de naturalisation choisie. Ce sera l'honneur de notre Pays que de résoudre un aussi difficile problème. Ne compliquons donc pas la tâche du gouvernement et de son Ministre de l'Intérieur par des débats politiciens sur un sujet aussi grave pour notre avenir comme pour celui de ces familles.

Texte du 30 juin 2006 publié avec l'aimable autorisation de l'auteur.